Critique d’Au nom de ma fille : Une reconstitution intense et soignée

Un jour de juillet 1982, André Bamberski apprend la mort de sa fille Kalinka. Elle avait 14 ans et passait ses vacances en Allemagne auprès de sa mère et de son beau-père le docteur Krombach. Rapidement, les circonstances de sa mort paraissent suspectes. L’attitude de Dieter Krombach ainsi qu’une autopsie troublante laissent beaucoup de questions sans réponse. Très vite convaincu de la culpabilité de Krombach, André Bamberski se lance dans un combat pour le confondre. Un combat de 27 ans qui deviendra l’unique obsession de sa vie…

Daniel Auteuil est touchant et impeccable !

Après s’être intéressé à l’affaire Outreau (avec « Présumé coupable » en 2011) puis à l’affaire Clearstream (avec « L’enquête » en 2015), Vincent Garenq adapte un autre fait divers hors norme, celui du combat d’André Bamberski, un homme qui a traqué pendant près de 30 ans le meurtrier de sa fille, le docteur Krombach résident en Allemagne, pour permettre qu’il soit jugé en France. Cette affaire a constitué un véritable feuilleton judiciaire pendant plus de 30 ans, entre 1982 et 2014. Ce qui a particulièrement séduit Vincent Garenq dans cette histoire, c’est la persévérance d’André Bamberski, qu’il a pu rencontrer, comme il l’explique : « Pendant trente ans, il n’a jamais démordu, il s’est battu comme un forcené pour que la vérité soit faite et que justice soit rendue à sa fille. Au fil du temps, il est devenu un spécialiste du droit, il en savait souvent plus que ses avocats. Aucun obstacle ne l’a arrêté. Et il a finalement réussi à vaincre l’immobilisme des justices française et allemande ! C’est du pain béni pour un scénariste. Il y’a une dimension héroïque, très cinématographique, mais c’est aussi une histoire de paternité, ce qui me touche infiniment et qui est un sujet qui me hante et qui est au cœur de tous mes films ».

« Au nom de ma fille » débute par une histoire extra-conjugale, où André Bamberski découvre que sa femme le trompe avec un médecin. Alors que celle ci va lui promettre de ne plus recommencer, le couple va alors déménager du Maroc jusqu’en France pour redémarrer sa vie. Seulement, Dany Bamberski va récidiver avec ce même docteur Krombach, ce qui marquera la fin de leur couple. Les deux enfants du couple vont alors passer des vacances avec leur mère et leur nouveau beau-père en Allemagne. Ce drame conjugal va se transformer en tragédie bien pire, puisque Kalinka, la fille du couple Bamberski, va être retrouvée morte un bon matin dans des circonstances plus qu’étranges. Soupçonnant l’implication de Krombach, dans cette autopsie bâclée où il n’a même pas été vérifiée si elle a été violée ou non.

Tout d’abord, le film bénéficie d’un montage assez intelligent, en nous montrant toutes les étapes qui ont permis de faire éclater la vérité. Cette histoire, dont j’ignorais totalement l’existence, se révèle aussi bien choquante qu’émouvante, dans la violence des faits évoqués et dans le combat désespéré du père de Kalinka. Outre l’histoire extrêmement forte, l’autre gros point positif du fil réside dans l’interprétation magistrale de Daniel Auteuil, criant de vérité et par moment véritablement bouleversant. Bien seul dans son combat, son ex-femme et son fils lui conseille d’abandonner cette lutte désespérée de justice alors que sa nouvelle compagne, qui veut un enfant, ne parvient pas à se faire une place dans le cœur d’André Bamberski, prêt à sacrifier sa vie pour le respect de la vérité.

Sans longueur, ni temps morts, « Au nom de ma fille » bénéficie d’un récit à la fois ample dans la durée de cette quête de justice et en même temps ramassé sur une durée d’1h30 qui lui sied parfaitement, avec de nombreuses ellipses narratives sans jamais occulter toutes les étapes de l’affaire.Avec ce film, Vincent Garenq prouve une nouvelle fois son talent à reconstituer des enquêtes judiciaires. Ici, il appuie allègrement sur les failles et les lacunes de la justice française et cette complicité cachée qui existe entre les pays. Le film devient alors peu à peu révoltant dans ce fait divers où les silences de la justice et des gouvernements accentue le désespoir (et en même temps le renforcement de sa lutte) d’André Bamberski.

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