Dishonored : On l’a vu !

Depuis sa révélation l’année dernière, Dishonored nous intrigue. Alors, quand l’occasion se présente de découvrir plus en détail le jeu d’Arkane, l’oeil se fait plus perçant et l’oreille plus attentive !

Déshonoré, discrédité, souillé. Voici les qualificatifs qui s’imposent immédiatement pour désigner Corvo, le héros de Dishonored, pour notre rencontre initiale avec lui. Et cette rencontre, vous l’avez déjà vécue car c’est avec la première vidéo diffusée il y a quelques jours qu’a commencé la présentation du jeu dans le cadre prestigieux et magnifique des Invalides. Pour résumer la situation, Corvo, garde du corps de l’Impératrice, est accusé à tort du meurtre de celle-ci. Et pour mener à bien à sa vengeance, il va devoir arpenter les rues pestiférées de la ville de Dunwall.

Oppression. C’est l’impression qui se dégage immédiatement dès les premiers pas de Corvo dans Dunwall, guidé par un employé de chez Arkane. Jamais, depuis l’exceptionnel Half-Life 2 et sa séquence d’introduction magistrale, je n’avais ressenti cette sensation d’immersion dans un univers totalitaire. Immeubles écrasant de tout leur poids l’individu, lumière blafarde, omniprésence de caméras de surveillance, bienvenue dans une ville infestée par la peste et broyée par une aristocratie viciée. Alors que le peuple subit les terribles ravages de la peste propagée par les rats, d’autres nuisibles, humains ceux-là , vivent en effet à l’abri dans leurs quartiers résidentiels, protégés par d’impitoyables gardiens. Et c’est là que va nous mener la première mission.

Cette première mission se situe aux environs du premier tiers du jeu et a été déclinée de deux manières différentes par les équipes d’Arkane : tout d’abord, l’infiltration et ensuite la méthode rentre-dedans. Dans les deux cas, un seul but : éliminer les jumeaux Pendleton, deux membres corrompus du parlement. Pour ce qui nous concerne, cette première approche se décline sur le mode de la discrétion et Arkane nous affirme qu’il y a entre 6 et 8 moyens de s’infiltrer dans le sauna vous faisant face, le Golden Cat Bathhouse. Toujours est-il que Corvo dévoile très vite un de ses passe-temps favoris, celui de dérober tout ce qui peut l’être, l’argent jouant un rôle important sur lequel nous reviendrons plus tard. En attendant, quelques sauts (y compris des doubles sauts !) vous amènent à l’intérieur du bâtiment dans une pièce où vagabondent quelques rats. C’est là que vous allez pouvoir utiliser un de vos premiers sorts : la possession. Et votre cible sera un des rongeurs qui grouillent. Dans la peau de ce Rémy (Ratatouille) pas vraiment appétissant, vous allez pouvoir vous faufiler jusqu’à un petit salon où discutent quelques jeunes filles de petite vertu. Mais ce n’est pas pour jouer les voyeurs que vous êtes là mais pour découvrir où se terre une de vos cibles.

Sorti de votre corps de rat, vous allez devoir très rapidement user d’un autre sort pour éviter les patrouilles de gardes : le blink. Cette magie vous permet de vous téléporter à très courte portée vers un lieu que vous aurez choisi. Enoncé tel quel, cela donne l’impression de donner un avantage énorme au joueur et, effectivement, contourner les dangers ou se rapprocher très rapidement dans le dos d’un ennemi afin de l’assommer nous a semblé beaucoup trop simple. D’autant plus que la « Dark Vision », un autre pouvoir, vous permet également de voir au travers des murs… On espère que l’Intelligence Artificielle (pas vraiment au top sur cette démo) sera à la hauteur pour proposer des challenges relevés par la suite. Après quelques téléportations et autres possessions de gardes (détail amusant, ils vomissent une fois que vous quittez un corps), vous voilà à proximité d’un des deux frères, en charmante compagnie dans un sauna. Afin de pousser le concept de l’infiltration jusqu’au bout, on nous montre alors qu’on peut l’éliminer en faisant croire à un accident. En récupérant une valve, vous pouvez alors envoyer un jeu de vapeur brûlante dans la pièce où il se trouve et le faire passer de vie à trépas façon langoustine.

Pour régler son compte au deuxième frangin Pendleton, le chemin est encore pavé de sauts, de téléportations et de possessions mais c’est aussi l’occasion d’admirer l’arbalète en action, avec des carreaux qui endorment les ennemis. Il faudra d’ailleurs penser à cacher leurs corps, dans la grande tradition des Splinter Cell et Metal Gear Solid. Une fois parvenu sur un rebord à proximité de votre seconde cible, vous allez pouvoir de nouveau ruser. En prenant possession de son corps, vous allez pouvoir le mener au bord d’un balcon sous le regard interloqué de sa compagne. Il suffit ensuite de reprendre les traits de Corvo et, placé dans le dos de votre ennemi d’utiliser un sort de souffle puissant, le Windblast, pour le précipiter dans le vide et donc maquiller le tout en suicide. Il n’y a désormais plus qu’à sortir de la zone pour clore la mission.

On ne vous narrera pas dans le détail l’intégralité de cette mission revue à la sauce action. Sachez qu’elle nous a permis de découvrir d’autres pouvoirs et armes. Rayon arsenal, vous pourrez donc utiliser l’arbalète avec des carreaux enflammés, des pistolets, des grenades ou encore une épée pour des combats au corps à corps avec décapitation à la clé ! En ce qui concerne les sorts, le plus important d’entre eux semble être le Time Bend qui stoppe momentanément le cours du temps et vous permet donc de viser précisément un ennemi. Moins classe mais bien plus spectaculaire, le Devouring Swarm permet d’invoquer une meute de rats qui dévoreront le personnage le plus proche. Yummy ! Pour vous soigner, vous devrez faire appel à Sokolov, un croisement improbable entre Tesla et Raspoutine ou à son frère ennemi, Piero, spécialisé dans le traitement de la peste. Votre argent, patiemment gagné à force de rapines, vous servira également à améliorer vos armes. Pour approfondir l’aspect FPS de Dishonored, nous avons également pu avoir un bref aperçu d’un autre environnement bien plus désert : le Flooded District. Face aux Tall Boys, ces guerriers perchés sur de gigantesques échasses mécaniques, le combat se fait bien plus rude. Armés d’arbalètes et bien protégés par leurs armures, ils se révèlent des adversaires redoutables qui auront vite fait de massacrer notre pauvre démonstrateur. Fermez le ban, il est temps de passer à l’aspect le plus magistral de Dishonored : sa direction artistique !

Avec Viktor Antonov, célèbre pour la direction artistique d’Half-Life 2 et Sébastien Mitton, directeur artistique chez Arkane Studios, il était ensuite temps de parler de l’art de Dishonored, l’aspect du jeu qui nous a assurément le plus séduit. L’univers ainsi créée, bien que nourri par de nombreuses influences a une personnalité assez exceptionnelle dans le petit monde ultra codifié des jeux vidéo. On a employé, à tort, le terme de Steampunk pour parler de Dishonored. Mais point de machines à vapeur ici, on baigne dans une société proto révolution industrielle où c’est la mécanique qui impose les codes, le carburant de base s’avérant l’huile de baleine. En prenant Londres comme ville de référence pour imaginer Dunwall, Antonov a su en garder l’aspect parfois oppressant avec l’omniprésence de caméras ou encore les rues architecturées comme des canyons, avec des décors très verticaux. Mêlant Renaissance digérée à la sauce anglaise, tableaux de Dean Cornwell, illustrations de Charles Dana Gibson, couvertures de romans Pulp et même véhicules de la seconde guerre mondiale, le style de Dishonored éblouit, tant par sa puissance visuelle que par sa cohérence. Le souci du détail est porté jusqu’à un niveau artisanal, dans le sens noble du terme avec le passage préalable par du « vrai » dessin avant même toute intervention informatique. Les créateurs ont même été jusqu’à retrouver des véritables photos d’identité judiciaire pour modéliser les voyous ou à photographier en catimini un videur d’un bar écossais pour en faire un prototype de « gueule ». Pour achever de vous convaincre, sachez que le souci du détail s’est même porté dans le design des balles. On pourrait encore s’épancher sur le sujet mais on vous invite à suivre l’interview de Viktor Antonov que nous diffuserons bientôt.

Il est toujours difficile d’avoir un avis sur un jeu sans avoir véritablement mis la main dessus. Pour Dishonored, vous l’aurez compris, c’est avant tout son univers qui nous a d’ores et déjà conquis. Loin des suites formatées dont on nous abreuve à longueur d’années, le jeu d’Arkane prend le parti pris risqué de l’originalité. Avant même de savoir si ce pari sera gagnant, il nous tarde en tout cas de plonger à notre tour dans son monde gangrené par les vermines de tout poil.

Le 26/04/2012 à 17:00:02 – Par Rodolphe Donain @RodolpheDonain