Edito : Dawn of the dead

C’est demain la Toussaint, l’occasion de parler des morts. Même quand ils errent aux alentours d’un supermarché, rêvant de pouvoir accéder à des produits de consommation, ils ont encore des choses à nous apprendre.

La première fois que j’ai vu Zombies, ce devait être au mitan des années 80, sans doute via une VHS que mon cousin avait loué dans un vidéo club. Certes, je n’avais pas vraiment l’âge légal pour le voir mais l’attrait de la transgression et l’opportunité d’avoir un cousin plus âgé m’avaient fait découvrir ce chef d’œuvre de Romero. A l’époque, je n’y avais vu qu’un film de zombies gore et plutôt cool car se déroulant dans un supermarché. Sorti de l’âge bête où, par essence, le cerveau humain ne brille pas par la subtilité de ses analyses, j’ai eu l’occasion maintes fois de revoir Zombies et d’en découvrir cette fois un aspect bien plus profond, celui de la critique de la société de consommation. Bien évidemment, Romero n’est pas Baudrillard mais la force des symboles était telle que le message n’en était que plus éclatant.

Reclus dans un centre commercial, des survivants de l’apocalypse zombie pensent avoir trouvé un petit îlot de tranquillité au milieu des vagues de morts-vivants qui s’échouent aux alentours. Dans ce temple de la consommation, les derniers humains se servent sans retenue dans les rayons, quand bien même en dehors de la nourriture, tous ces biens n’ont finalement plus que peu d’importance. De l’autre côté des baies vitrées, les zombies s’amassent petit à petit à l’entrée du centre commercial, mus par leur instinct grégaire et leurs réflexes de consommateurs. On les voit alors s’agglutiner contre les entrées du supermarché, désireux de mâchouiller de la chair humaine mais surtout d’accéder à toutes ces représentations du consumérisme. Bien évidemment, et suite à l’arrivée d’une bande de bikers, les portes finissent par céder, entraînant le chaos. Je ne vous raconterai pas ce qui s’ensuit, après tout, vous n’avez peut-être pas vu le film ni son remake de l’horrible Zack Snyder.

Après plus de trois décennies, le film n’a toujours pas perdu la force de son propos et les soldes sont souvent l’occasion de voir des consommateurs ayant débranché toute connexion neuronale se jeter à corps perdu dans les temples de la consommation. Et le rapport avec le jeu vidéo, me direz-vous ? Vous le cherchez peut-être mais le poids de certaines images est parfois bien plus massif que de longs discours. Quand le jeu vidéo ne se résume plus plus qu’à un produit de consommation, il ne faut sans doute pas être surpris qu’il attire, lui aussi, des morts-vivants.

Le 31/10/2013 à 18:07:07 – Par Rodolphe Donain @RodolpheDonain