Edito : Objectif Nul

Au premier rang des mythes associés à notre profession trône celui de l’objectivité. Ici, on vous explique pourquoi c’est un mot à proscrire quand il s’agit de parler de jeux vidéo.

Pendant très longtemps, on a résumé le travail de journaliste dans notre milieu à celui de testeur de jeux vidéo. Personnellement, le terme testeur m’a toujours hérissé les quelques poils que j’ai sur les bras. En effet, il renvoie, selon moi, au métier de beta testeur, honorable profession s’il en est mais dont le rôle premier consiste à répertorier tous les bugs d’un logiciel. Un travail minutieux et nécessaire pour proposer aux consommateurs un produit fini mais dont le dessein n’a finalement pas grand chose à voir avec celui du critique, une des facettes du métier de journaliste. Un des points essentiels de discordance tient dans l’obligation d’objectivité dans le métier de testeur. Un bug est ou n’est pas, on est dans la logique binaire pure. Et l’objectivité dans le journalisme est un non-sens.

Et oui, toi lecteur (on va se tutoyer si tu permets) qui as cru bon de nous féliciter d’un commentaire tel que « Très bon test, vraiment très objectif », sache que tu es en partie responsable de ma ride du lion, cause de trop de froncements de sourcils. La façon dont nous appréhendons une critique de jeu sur JVN a toujours été la même, il s’agit de faire partager notre ressenti. Certes, il existe bien quelques critères d’appréciation qui échappent à cette grille de lecture purement personnelle. Si un jeu a une animation fluide ou poussive, cela se voit à l’écran, quelle que soit la personne tenant le pad ou la souris. Toutefois, chacun est libre d’apprécier si les qualités ou défauts de cette animation ont finalement un impact sur le plaisir de jeu. Résumer un jeu vidéo à un catalogue de considérations techniques, c’est également lui dénuer tout caractère artistique et le contraindre au statut de logiciel.

Dès lors, il ne peut y avoir de critique intéressante pour le lecteur que si elle est empreinte d’une forte subjectivité. Et à l’objectivité, on doit largement préférer le terme honnêteté, garant de toute velléité de prosélytisme. La subjectivité sera d’autant mieux reçue qu’elle s’accompagnera d’une argumentation réfléchie afin que les débats puissent reposer sur de bonnes bases. C’est à cet instant précis de l’édito que vous devez être prêt à me jeter à la face l’exemple des news, ces petits articles évoquant un fait marquant ou anecdotique de l’actualité. Là encore, il convient pourtant de faire intervenir la subjectivité du journaliste en commentant, analysant ou simplement en enrichissant quelque peu le fait brut. Le but est de ne pas tomber dans le syndrome de l’accumulation de dépêches tel qu’on peut le voir dans certains quotidiens gratuits (même si la situation a évolué).

Face à toute les difficultés rencontrées par nos médias ces dernières années et que j’évoquais dans un précédent édito, la revendication d’une subjectivité peut être un moyen de lutter contre l’uniformisation de l’information. Reste à savoir si vous n’y voyez pas d’objection.

Le 07/10/2013 à 16:44:34 – Par Rodolphe Donain @RodolpheDonain