John Riccitiello quitte Electronic Arts

Après plusieurs mois de rumeurs, John Riccitiello, le PDG d’Electronic Arts, vient d’annoncer son départ loin de l’éditeur de jeux vidéo américain. Chronique d’une chute annoncée.

Il y a quelques heures, Electronic Arts a donc annoncé le départ de John Riccitiello du poste de CEO (l’équivalent de PDG) de la société qu’il occupait depuis 2007. A noter qu’il avait déjà quitté EA en 2004, après 7 ans d’activité en tant que COO (Directeur Général) mais ce départ s’était fait alors dans de toutes autres conditions. En effet, il semble bien que le contexte global à la fois économique et médiatique dans lequel baigne EA depuis quelque temps ait eu un rôle majeur dans ce départ. Rappelons quelques faits récents :

Star Wars The Old Republic : Lancé en décembre 2011 après de nombreux reports, le titre est considéré comme le jeu vidéo le plus coûteux jamais produit, les estimations variant entre 150 et 200 millions de dollars. Après un départ fulgurant (1 million d’abonnés en 3 jours), l’intérêt retombe assez vite chez les joueurs. Fin juillet 2012, on apprend que le nombre d’abonnés est passé en dessous de la barre du million, même si le jeu reste profitable à partir de 500 000 abonnés selon EA. En novembre 2012, le MMO adopte le modèle optionnel free to play. Présenté comme le grand rival de WoW, SWTOR n’aura finalement jamais fait de l’ombre à la machine de guerre de Blizzard.

Une politique commerciale décriée : Comment EA qui avait gagné le cœur des joueurs avec des jeux tels que Mass Effect, Dead Space ou encore Mirror’s Edge a-t-elle pu être élue pire société selon les consommateurs américains en 2012 ? La multiplication de DLC en tous genres n’y est sans doute pas étrangère, donnant à juste titre l’impression de ventes de jeux non finis. D’autant plus quand des DLC sont disponibles le jour même du lancement d’un jeu… Encore récemment, la sortie de Dead Space 3 et son système de micro-paiements a choqué bon nombre de joueurs. La gestion des DRM est également cause de bon nombre de plaintes, comme l’a malheureusement illustré la sortie plus que chaotique de SimCity il y a quelques jours.

Des choix éditoriaux controversés : Un seul jeu peut résumer cela : Medal of Honor Warfighter. Tout a été dit ou presque sur le drôle de message véhiculé par le jeu mais au-delà de ça, l’image renvoyée par EA à cause de ses collaborations avec des vendeurs d’armes a été désastreuse. Tout cela pour un résultat de moins de deux millions de ventes… On ne comparera pas ces chiffres avec ceux de CoD ou même de Battlefield 3 mais à titre informatif, un certain Homefront présenté comme un bide s’est écoulé à près de 2,5 millions d’exemplaires. Par ailleurs, la volonté d’imposer de l’action à tout prix dans certaines séries phares telles que Dead Space ou Dragon Age a fait fuir des joueurs fidèles à ces licences.

Un lent déclin économique : Dès l’été 2012, des rumeurs récurrentes faisaient état d’un départ contraint de John Riccitiello. Il faut dire que l’action de la société atteignait alors son plus bas niveau historique aux alentours de 13$ contre 20$ un an plus tôt. L’action est remontée depuis pour atteindre environ 18$ mais on reste à des années lumières des performances des années 2003-2008. On s’attend d’ailleurs à ce que les chiffres divulgués lors du prochain bilan financier de la société soit bien en deçà des prévisions.

Il serait toutefois injuste de ne pas mettre au crédit de la présidence de John Riccitiello quelques actions positives. On retiendra notamment la prise de risques inhérente au lancement de nouvelles licences, même si cela n’a pas toujours été couronné de succès. On saluera également une courageuse campagne de lutte contre l’homophobie, la société ayant été également harassée par des groupes religieux extrémistes à cause de possibilité de relations homosexuelles dans plusieurs de ses jeux (Sims, Mass Effect, SWTOR). Sur un plan économique, EA est également un des rares gros éditeurs à avoir su bien négocier le virage du jeu sur mobile et casual avec des succès tels que les Simpsons ou les jeux PopCap. Un bilan contrasté donc pour John Riccitiello qui sera temporairement remplacé par Larry Probst en attendant qu’un nouveau dirigeant soit nommé.

Le 19/03/2013 à 10:26:41 – Par Rodolphe Donain @RodolpheDonain