Le dérapage de la GDC

La scène indépendante vient de se signaler de la plus mauvaise des façons lors d’un panel à la Game Developers Conference.

Phil Fish, du studio montréalais Polytron Corporation, s’est autorisé à  humilier publiquement un développeur japonais en piétinant la qualité des jeux produits actuellement dans ce pays. L’histoire est racontée par Develop.

Après la diffusion d’un documentaire consacré au jeu vidéo indépendant, Phil Fish a pris la parole pour répondre à  une série de questions sur un ton ouvert et dans la bonne humeur. Intervient alors un développeur japonais non identifié. Celui-ci a commencé par complimenter le documentaire et s’est dit heureux de voir que de nombreux développeurs indépendants s’inspirent toujours de classiques fondateurs comme Super Mario Bros. et Zelda. Puis, lorsqu’il demande aux animateurs de la conférence leur opinion sur le jeu vidéo japonais moderne, l’intervenant étranger espère sans doute entamer un dialogue constructif. Pas de chance, en face, Phil Fish est d’humeur taquine et lui balance : « vos jeux sont juste pourris. »

Une réplique pleine de classe qui causa une réaction audible dans la salle. On parle également de quelques rires, sous le coup de la surprise, espérons. Après avoir pu entendre des critiques que Develop ne retranscrit pas dans son article, le développeur japonais malmené remercie néanmoins ses interlocteurs et retourne s’asseoir.

S’il reconnait sur Twitter avoir été un peu rude, Phil Fish persiste et signe lorsqu’il catalogue l’ensemble des jeux japonais actuels dans une même catégorie de médiocrité, n’hésitant pas à en rajouter une couche. Sur son profil deviantART, Philippe Poisson (de son vrai nom) mentionne REZ, Ico et Katamari Damacy parmi ses jeux favoris. Des jeux issus de la précédente génération, effectivement. Le studio Polytron Corporation travaille sur FEZ, un jeu de plateforme destiné au XBLA.

Difficile de savoir ce qui est le plus déprimant : l’indélicatesse de la remarque publique, ou se dire qu’un porte-parole du jeu vidéo indépendant n’est pas capable d’apprécier les qualités de quelques jeux japonais modernes ? Un jeu vidéo japonais dont les séries mythiques sont loin d’être éteintes, dont le talent créatif est loin d’être tari et qui reste le seul maitre à bord dans plusieurs genres.

Le débat sur l’état du jeu vidéo japonais a éclaté au grand jour lorsque Keiji Inafune entamait une série de déclarations très virulentes. « Notre industrie est fichue », estimait-il tout en retenue, après s’être promené dans les allées du TGS 2009. Il est notoire que les studios japonais ont, dans leur majorité, bloqué sur le plan technique face aux défis posés par les consoles HD, ce qui a valu au marché de se recroqueviller sur consoles portables, et notamment sur PSP entre 2010 et 2012. Shuhei Yoshida de Sony Computer admettait ce constat sans détour : l’amour actuel des japonais pour les portables est avant tout la conséquence de leur incapacité à  s’en sortir proprement dans l’exploitation des consoles HD. Cependant, certains développeurs japonais commencent à  en avoir assez de cette dictature du masochisme et de la déprime nationale. Ainsi, des équipes comme celles de la Team Ninja ou encore PlatinumGames affichent très ouvertement un ton fier et positif et veulent passer pour des créateurs sûrs de leur force et de leur identité culturelle.

Et si on ne trouvera sûrement pas de sitôt une réponse japonaise à  des productions comme Red Dead Redemption ou Battlefield 3, on peut aussi chercher très longtemps un équivalent occidental à  Metal Gear Solid 4, Bayonetta ou Super Mario Galaxy.

Le 07/03/2012 à 02:25:01 – Par Steeve Mambrucchi @Steeve_JVN