Merci LucasArts

La disparition de LucasArts ayant été officialisée hier, nous nous devions de rendre hommage à cet éditeur mythique. Un hommage forcément très personnel tant il aura laissé des traces dans les mémoires d’une génération de joueurs.

Voir un pan de sa jeunesse disparaître est toujours un moment étrange à vivre. Penser de nouveau à un tentacule aux ambitions démesurées, un lapin sarcastique ou un motard taciturne m’ont pour ma part, replongé dans une période où j’étudiais encore. Et puisqu’on n’écrira jamais mieux qu’un génie, redonnons à Proust l’occasion de nous parler de sa fameuse madeleine : « Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir. » Avec l’annonce de la disparition de LucasArts hier soir, c’est l’odeur des grosses boîtes cartonnées qui me remonte à l’esprit, indissociable dans mon souvenir de celle de l’encre des magazines Joystick que je dévorais alors. Les temps ont bien changé, certes…

LucasArts fait partie de ces éditeurs de jeux qui m’ont donné envie de faire ce métier, toute une génération de trentenaires / quadragénaires étant sans doute habitée par le même sentiment. C’est surtout un de ces rares éditeurs qui, à une époque, justifiait l’achat d’un jeu uniquement par le prestige lié à son nom. Pour d’autres, et à d’autres périodes, ce fut Capcom ou Rockstar, pour moi, ce fut LucasArts. Et en un temps où le piratage était bien plus généralisé que maintenant (je plaide coupable, j’étais étudiant sans le sou), on achetait un jeu LucasArts en signe de reconnaissance envers un éditeur pas comme les autres. Le XXIème siècle fut évidemment bien loin de procurer autant de plaisirs, l’avalanche de jeux dispensables ternissant l’image prestigieuse de l’éditeur.

Pourquoi cet éditeur a-t-il pu faire naître des vocations ? Sans doute en magnifiant un genre, celui des jeux d’aventure à un tel point que 15 ou 20 ans après, aucun concurrent n’est sérieusement venu les remplacer dans le cœur des joueurs. Certes, on n’oubliera pas les jeux Sierra mais dans le visuel comme dans l’humour,  aucun ne peut sérieusement rivaliser avec un Sam & Max, un Day of the Tentacle ou un Monkey Island. Tous ceux qui ont joué à ces jeux se souviennent du concours de crachat de l’un, de la perruque en spaghettis de l’autre ou encore d’une certaine plus grosse pelote du Monde. A l’énoncé de ces exemples, vous vous en doutez, l’humour des jeux d’aventure made in LucasArts était inévitablement teinté d’absurde. Le contrecoup qui en découlait était la difficulté des énigmes, répondant parfois à une logique toute particulière, encore plus quand l’action se déroulait à trois époques distinctes comme dans Day of the Tentacle. On s’est arraché les cheveux pour résoudre certaines énigmes mais encore maintenant, je me souviens d’un certain hamster à décongeler ou d’un arbre à peindre…

Bien évidemment, LucasArts ne se résume pas à ses fabuleux jeux d’aventure et nombre de ses jeux Star Wars ont également contribué à son prestige. Si la série des Wing Commander ne m’a jamais passionné, la sortie de X-Wing fut un véritable choc pour moi, rendant palpable le monde imaginé par George Lucas. Jouer avec ses boucliers pour contenir les assauts ennemis, détruire des Tie Fighter pour finir par l’attaque de l’Etoile Noire, autant de souvenirs impérissables. Dark Forces fut également une très belle expérience, moins marquante que celle de X-Wing pour ma part car Doom l’avait précédé. On pourrait citer aussi les passionnants KOTOR ou encore Rogue Leader mais restons en là pour l’inventaire des jeux estampillés Star Wars.

Aujourd’hui, j’ai eu envie de ressortir mes vieilles boîtes de jeux PC, non pas par nostalgie mais simplement pour ressentir sans doute une dernière fois le doux contact du carton de jeux LucasArts. Une sensation que seuls les livres ou les pochettes de vinyles peuvent procurer. Une manière aussi de dire adieu à un des rares éditeurs qui m’a donné envie d’intégrer à ma façon le milieu des jeux vidéo. J’aurais pu tracer une toute autre voie professionnelle mais le destin et l’envie créée par LucasArts et quelques autres en ont décidé autrement. Rien que pour cela, merci LucasArts.

Le 04/04/2013 à 17:58:22 – Par Rodolphe Donain @RodolpheDonain