Test Beyond : Two Souls

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8.2

Voici maintenant déjà plus de trois ans et demi sortait Heavy Rain, jeu atypique et difficile à juger avec la grille de lecture traditionnelle utilisée pour les autres productions. Si le temps a passé, les avis sont toujours autant tranchés sur la production de Quantic Dream. Pour ma part, j’avais adoré le jeu, malgré des défauts évidents, me laissant porter par l’histoire d’un père cherchant à sauver son fils des griffes d’un tueur en série. L’utilisation des ressorts du whodunit dans un jeu avaient comblé le fan de polar que je suis. Et le pari d’impliquer émotionnellement le joueur avait été réussi pour ce qui me concerne. Après le tueur à l’origami, place donc à Jodie et Aiden lancés dans une quête identitaire s’étalant sur dix petites heures.

Beyond Two Souls : un jeu narratif avant tout

Jodie et Aiden forment un couple empêtré dans une relation mêlant amour et haine. Depuis sa naissance, Jodie Holmes (Ellen Page) est liée à une entité invisible, Aiden. Si ce lien se révèle parfois être un don en permettant à Jodie de se protéger contre des agressions, il constitue la plupart du temps une malédiction, empêchant la jeune fille de lier toute relation sociale ou amoureuse. Quel que soit son âge ou son environnement, sa différence provoque le rejet des autres (enfants, adolescents, amoureux, famille,…). Seuls les employés d’une unité de recherche sur le paranormal menée par Nathan Hawkins (Willem Dafoe) ont réussi à tisser des liens avec Jodie, intégrée à la structure dès son enfance. Qu’est donc Aiden, comment et pourquoi est-il lié à Jodie ? Pour répondre à ces questions, Quantic Dream a choisi de dérouler son jeu dans un ordre non chronologique. Se pose alors une question évidente : quelle est la liberté du joueur dès lors que le passé et le futur sont déjà écrits ? La réponse est simple : il n’y en a pas. Certes, ce découpage favorise le dénouement de l’intrigue en procédant à la façon d’un puzzle, même si toutes les pièces sont loin de s’emboîter, mais il est symptomatique d’une œuvre où le joueur se sent bien souvent plus spectateur qu’acteur.

Ce découpage a également pour conséquence de renforcer l’aspect quelque peu fourre-tout d’un jeu qui ne sait jamais trop où se situer. On passe de séquences réussies, le plus souvent intimistes à d’autres réellement ratées car trop prévisibles ou improbables. Un exemple éloquent est celui de la fête d’anniversaire. Rassurez-vous, ce qui suit ne dévoile rien d’essentiel dans le jeu. Jodie, adolescente cloîtrée au centre de recherches, est donc invitée à une fête d’anniversaire organisée par la fille d’une employée dudit centre. On vous passe les détails sur les actions sans aucun intérêt à effectuer lors de la fête entre ados (allumer la chaîne hi-fi, boire, dragouiller, danser,…). Tout à coup, en quelques secondes et avec une logique totalement improbable, la situation bascule, faisant de Jodie la tête de turc de toute l’assemblée. C’est dur à dire mais au cinéma, une telle scène renvoie à l’ouverture magistrale de Carrie de Brian de Palma. Tout y est parfait : l’érotisme, le traumatisme, la mise en scène qui renforce le malaise. Dans Beyond, tout tombe à plat, et même le jeu remarquable d’Ellen Page ne peut sauver la scène. Et le seul choix qui s’offre alors au joueur est celui de se venger ou pas après avoir été maltraité. Bien trop peu pour nous impliquer émotionnellement et bien loin d’Heavy Rain qui mettait le joueur face aux conséquences de ses choix ! De plus, lorsque le jeu tente de nous émouvoir, il le fait avec de si grosses ficelles que cela n’aboutit qu’à de l’indifférence. On vous épargnera les clichés contenus dans le chapitre du bar ou celui avec les indiens dont on cherche encore la raison de la présence ou encore certaines incohérences criantes du scénario…

De l’action et du spectacle

Outre quelques scènes ratées, le jeu en propose aussi parfois d’autres plus spectaculaires et donc davantage tournées vers l’action. De ce point de vue, Quantic Dream a fait des progrès depuis Heavy Rain mais là encore, le jeu alterne le bon et le moins bon. S’il subsiste encore quelques petits QTE, les combats à mains nues se déroulent désormais d’une manière originale. A l’approche d’un coup (asséné ou reçu), le joueur doit prolonger à l’aide du stick le mouvement initié par Jodie alors que l’action ralentit. Quelques passages manquent un peu de lisibilité mais en général, cela fonctionne plutôt bien. Le recours à Aiden lors de certaines situations telles que la mission à l’ambassade est également parfois bien orchestré même si le jeu les exploite insuffisamment.

Aiden permet d’interagir avec des objets, de posséder des êtres vivants ou encore d’étouffer des ennemis. Là encore, tout est imposé par le jeu, les interactions sont très limitées et on ne peut posséder ou tuer des personnages que quand un halo de couleur les entoure. Pourquoi ceux-là et pas les autres ? Rien dans le scénario ne le justifie. A l’identique, pourquoi Aiden peut parfois s’éloigner fortement de Jodie alors qu’à d’autres moments, son rayon d’action reste très limité ? Nous n’avons aucune réponse.

De plus, contredisant les propos de David Cage sur un certaine overdose d’utilisation d’armes à feu dans les jeux, Beyond propose également des passages d’action / infiltration où on tire ou on assomme des ennemis. Les interactions y sont tellement limitées (on se met à couvert avec une touche et on élimine automatiquement l’ennemi sans viser avec une autre touche) que leur intérêt ludique est encore très pauvre.

De plus, aucune vraie sanction n’est attribuée au joueur par trop défaillant. Dès lors, comment s’impliquer ? C’est un des domaines où le jeu souffre le plus de la comparaison avec une autre exclusivité de la PS3 : The Last of Us. Là où le jeu de Naughty Dog offrait de vrais challenges avec une narration certes traditionnelle mais suscitant une vraie empathie pour son duo de personnages, celui de Quantic n’arrive que très rarement à susciter le même intérêt tant ludique que narratif.

Un jeu de comédiens poussé

S’il est bien un domaine dans lequel Beyond : Two Souls est épatant, c’est bien celui de la technologie de retranscription du jeu des comédiens et globalement de la modélisation des visages. Certains d’entre eux sont juste sublimes, dépassant de très loin tout ce qui a pu être réalisé en la matière jusqu’alors. Ellen Page et Willem Dafoe étant réellement convaincants malgré les faiblesses du scénario, l’utilisation de la technologie de « Full Performance Capture » restitue parfaitement à la fois leurs expressions faciales et leurs gestuelles. On en vient d’ailleurs parfois à se demander si Beyond n’est finalement pas avant tout qu’une brillante démonstration des techniques de captures de mouvement de Quantic Dream. C’est d’autant plus dommage que le travail réalisé sur la partie artistique mérite également les éloges. L’atmosphère sonore, déjà admirable sur Heavy Rain, est ici encore superbe. Que ce soit la musique, les bruitages ou encore les voix (vous pouvez opter pour la v.o. ou la v.f.), le design sonore a réellement bénéficié d’un travail exemplaire. Les nombreux effets (neige, poussière, feu) sont également magnifiques poussant parfois la PS3 dans ses derniers retranchements. Qu’il est dommage que ce très bel écrin accueille un jeu aussi inégal.

Avec Beyond : Two Souls revient inévitablement l’antienne du rapprochement entre le jeu vidéo et le cinéma. Pourtant, voilà finalement deux formes d’expressions artistiques qui, à mon sens, n’ont en commun que l’utilisation occasionnelle de mêmes moyens techniques. Le propos, la perspective ou la mise en scène de l’un ne peuvent pas être transmis de l’un à l’autre tels quels. On a vu des sources d’inspiration bien moins prestigieuses que Brian de Palma (Carrie, Furie) mais il aurait alors fallu rester fidèle de bout en bout à cette ligne directrice. En voulant y adjoindre des éléments scénaristiques et ludiques hétéroclytes, Beyond s’est finalement perdu en route.

Beyond : Two Souls est un jeu qui souhaite avant tout proposer une expérience unique aux joueurs. On découvre alors une aventure plaisante et touchante qui est marqué par une réalisation graphique et sonore de très bonne qualité. On note malgré l'accessibilité assez prononcée du jeu peut dérouter les joueurs les plus expérimentés : gameplay peu exigeant entre autres. Mais finalement l'histoire en vaut la peine.
Graphisme
9
Scénario
9
Gameplay
7
Durée de vie
7.5
Bande Son
8.5
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0
Une aventure agréable et dépaysante
Une excellente réalisation graphique et sonore
Une expérience à 2 joueurs super sympa
Un Gameplay très ou trop grand public
Peu de conséquences visibles sur le long terme
Problème de caméra par moment apportant une certaine frustration
8.2