Test de Broken Age : Acte 1

En 2012, Double Fine, le studio de Tim Schafer, a révolutionné le monde du financement participatif en proposant le premier jeu vidéo qui a gagné un succès massif sur Kickstarter : Double Fine Adventure, comme on l’appelait à l’époque, avait récolté plus de 3,3 millions de dollars alors que l’objectif était de 400.000$. Ce qui a attiré autant de monde, c’est la promesse de Tim Schafer : proposer un point’n click « à l’ancienne », genre dans lequel il a excellé au début de sa carrière comme le reflète les titres cités plus haut.

Broken Age est donc un jeu d’aventure à l’ancienne, 90’s style, à savoir que l’on contrôle un personnage qui doit trouver dans le décor des objets à utiliser pour résoudre diverses énigmes, mais aussi interagir avec les autochtones. Ici, en l’occurrence, ce n’est pas un mais deux personnages que le joueur incarnera puisque le jeu suit le destin croisé de deux jeunes à l’adolescence brisée : Vella et Shay. Chacun vivra son aventure de son côté, sans interaction avec l’autre (contrairement à un Day of the Tentacle où les trois personnages pouvaient s’échanger des objets), et chacun possède son propre inventaire (accessible en bas à gauche de l’écran ou via un clic droit). On peut quand même passer de l’un à l’autre à tout moment si l’on souhaite varier les plaisirs, ou simplement afin d’éviter pour un temps une situation bloquée, pour essayer de s’aérer le cerveau.

Elle répondait au nom de Vella

Galanterie oblige, commençons par Vella, une jeune demoiselle pas gâtée par la nature. Enfin si, au contraire, elle est toute mimi, débrouillarde et apparemment intelligente (je n’ai pas eu l’occasion de débattre de la crise politique ukrainienne avec elle), mais tous ses charmes ne lui valent que d’être sélectionnée pour le rite sacrificiel local. Tous les 14 ans, un monstre répondant au nom de Mog Clothra fait en effet la tournée des villages du coin pour se bouloter quelques jeunes filles en fleur, et Vella fait partie des élues pour le bucolique village de Sucreval, paisible contrée peuplée de pâtissiers.

Bien que ce soit considéré comme un honneur de faire partie des élues puisque ça permet de contrôler la colère du Mog et donc d’éviter un carnage, la famille de Vella ne semble pas enchantée par cette perspective même si elle ne laisse rien transparaitre (à part l’éternel papy râleur). Mais Vella a elle les idées bien claires et n’est pas résignée contrairement à son entourage : elle ne se fera pas bouffer toute crue par le Cthulhu local.

Les gens du coin n’voulaient pas lâcher Shay là

Bien loin de Sucreval, flottant dans l’espace, un vaisseau erre. Un vaisseau spatial quasiment vide puisque le seul occupant de chair et d’os est Shay, un adolescent trop couvé par l’intelligence artificielle du vaisseau qui se prend pour sa mère. Shay est totalement infantilisé, dorloté, protégé, au point que tout est automatisé, que la décoration est digne de celle d’un jardin d’enfants et que sa vie n’est qu’une succession de fausse missions de sauvetage bidons. Et on ne parle même pas de sa cuillère robotisée qui lui assène des conseils nutritionnels pendant qu’il mange… Bref, il est séquestré dans un confortable cocon qui finit par le lasser. Shay ne cache pas son ennui et est tout à fait conscient de sa situation, voire de son incarcération, mais ses plaintes n’y changeront rien. Non, ce qui fera avancer les choses, c’est une mystérieuse rencontre…

Les deux adolescents (appelons-les Shayla, voulez-vous ?) se retrouvent donc dans une position similaire et sont rongés par un sentiment d’injustice, mais ils sont aussi tous les deux sûrs de leur conviction et comptent bien se dépêtrer de ces situations peu engageantes.

Flacon finement ciselé mais ivresse limitée

Ça n’y parait peut-être pas comme ça, mais l’histoire de Broken Age est assez captivante (on veut savoir ce qui va leur arriver), et l’aspect graphique ne gâche rien. C’est tout simplement charmant, et on en arrive au point d’avoir l’impression de contrôler un dessin animé, la synchronisation labiale des doublages n’aidant que plus à l’immersion. Et derrière cet univers charmant se cache bien évidemment la touche Tim Schafer avec un humour déjanté omniprésent et quelques passages grinçants qui font mouche, pour peu que l’on adhère aux atmosphères du créateur. Quand on s’attarde sur le cadre de Broken Age, il n’y a finalement que les musiques qui sont un peu en retrait, mais la discrétion n’est pas forcément un mal dans un titre où l’on peut passer de longues minutes à écouter un même thème en boucle. En revanche, pour ce qui est du gameplay, le constat n’est pas aussi reluisant…

Dans ses mécaniques, Broken Age est tout ce qu’il y a de plus classique, le gameplay est donc des plus traditionnels avec quelques raccourcis propres à accélérer certaines phases redondantes : double-clic pour passer directement à un autre tableau sans subir la lenteur des déplacements des personnages, et barre espace pour couper court aux dialogues. RAS à ce sujet, à part peut-être ce bug d’affichage qui dévoile la solution d’une énigme alors même que l’on n’a pas les objets nécessaires.

Là où le bât blesse véritablement, c’est que le nombre d’objets à disposition est limité, les combinaisons d’outils se comptent sur les doigts d’une main, et les énigmes ne sont pas nombreuses et généralement faciles à résoudre. De plus, l’aire de jeu est assez cloisonnée ce qui permet certes d’éviter les pénibles allers-retours inhérents au genre, mais qui limite d’autant plus la marge d’action. Pour le deuxième acte qui sera transmis via une mise à jour gratuite, on attend donc de Double Fine un peu plus d’imagination et de consistance sur ce point. C’est agréable de se laisser porter, surtout dans un univers réussi, mais un peu plus d’interaction et de réflexion ne serait pas de refus.

En résumé !

Test de Broken Age : Acte 1

Monkey Island, Day of the Tentacle, Full Throttle, Grim Fandango… Autant de point’n click mythiques qui ont tous un point commun : Tim Schafer a participé à leur création. Plus de 15 ans après sa dernière production du genre (Grim Fandango est sorti
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Awful
Points Positifs :
Points Négatifs :

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