Test de Call of Duty : Ghosts

Depuis le premier Modern Warfare, donc Call of Duty 4, la franchise d’Activision n’a cessé de battre des records de vente et de mouvements de foule lors de chacune de ses sorties. Se partageant ce juteux gâteau, ce sont alternativement Infinity Ward et Treyarch qui, tous les ans, alternent la garde du joufflu bébé. Et cette année, c’est Infinity Ward qui s’y colle, et autant dire qu’après la fin de la série Modern Warfare, tout le monde attend de pied ferme la première vraie création de l’ancien studio de Vince Zampella et Jason West.

Les méchants, les gentils, touçatouça…

Call of Duty est avant d’être un jeu plébiscité pour son multijoueur, un titre proposant un solo ayant quasiment inventé la mode des FPS à grand spectacle. Véritable marque de fabrique de la franchise, la recette n’a pas changé depuis le premier épisode de la série et tout cela commence à sentir légèrement le faisandé. Mêmes ficelles usées jusqu’à la corde, même script que l’on voit arriver à des kilomètres, tout est fait ici pour rassurer le fan ou au contraire énerver le joueur voulant un peu de sang neuf. Pourtant, le titre d’Infinity Ward veut prendre un peu de hauteur par rapport à ses aînés. Dans Ghosts, vous incarnerez Logan, jeune frère de Hesh et fils d’Elias, un militaire à la retraite. Et alors que tels les scouts, vous écoutez dans la forêt votre paternel vous conter l’histoire de la terrifiante unité Ghosts, le monde vacille autour de vous et la terre semble vouloir s’ouvrir de toutes parts.

Après la fin de ce préambule assez rapide, vous allez remonter le cours du temps et partir dans l’espace pour découvrir ce qui a provoqué ce cataclysme. En aparté, le jeu aime à multiplier les points de vue d’une même action pour montrer le ressenti de différents personnages, comme dans le film Angles d’attaque ou encore la série canadienne Flashpoint. Mais revenons-en à notre histoire. Pour se protéger d’ennemis voulant mettre à mal l’American Way of Life depuis longtemps disparue, les américains ont créé dans le vide spatial un satellite appelé Odin, crachant des barres de tungstène à très haute vélocité, et capables de rayer des villes entières un peu à la manière de mini météorites.

Sauf que justement, les ennemis (une coalition des pays d’Amérique du sud nommée Fédération) sont partis dans l’espace pour détourner ledit satellite, et s’en servir pour « nettoyer » les Etats-Unis. Heureusement pour vous, pour nous, pour eux, vous allez pouvoir diriger de fiers cosmonautes pour détruire l’engin de mort. Mais le mal est fait, et les Etats-Unis se retrouvent quasiment relégués à l’état de pays du tiers monde. On avance alors dans le temps, plusieurs années après l’attaque. Vous faites maintenant partie de l’armée des USA (en tout cas ce qu’il en reste), et devez avec votre frère et le Rintintin du jour nommé Riley, repousser les attaques des chicanos venus terminer le boulot. Très rapidement, vous allez intégrer la fameuse unité Ghosts, et partirez défendre votre pays sur terre, sur mer et dans l’espace contre un ancien combattant d’élite passé entre temps, dans le camp des ennemis.

Dit comme cela, vous nous direz bon, c’est pas plus bête qu’un autre FPS ? Et bien si. Call of Duty Ghosts fait penser à ce genre de jeu n’inventant rien et ne passant son temps qu’à copier ce que les autres ont fait. Le plus pathétique dans tout cela, est que le titre s’auto-parodie à la virgule près, si ce n’est reconditionne carrément une scène déjà vue dans Modern Warfare 2. On aura tout ici : la phase dans la jungle à la Black Ops 2 , le passage où vous devrez vous cacher dans les hautes herbes à la Modern Warfare 1, l’attaque du porte-avions à la Battlefield 4 ou encore celui de l’assaut en tank à la Battlefield 3.

Le gros problème, dans tout cela, en plus de nous donner l’impression de l’avoir déjà fait cent fois, est que le jeu est à la ramasse techniquement. Je passerai outre le soit disant nouveau moteur graphique qui n’est qu’un recyclage du moteur précédent pour parler un peu de physique. Lors de l’attaque des tanks, attaque où l’on doit ressentir la surpuissance de ces monstres blindés, on se retrouve à piloter des trucs un peu bâtards, n’ayant aucune physique et transformant cette phase en vaste foire de tir aux pigeons.

Vraiment pathétique quand on la compare à son homologue autrement plus impressionnante de BF3, cette phase est au visage du reste du jeu  on avance, on tue des ennemis idiots entre deux scripts et on attend en vain ce frisson d’excitation qu’on a pu ressentir dans les précédents Call of Duty. Reste quelques objets à trouver comme les enregistrements de Rorke qui vous font vivre vos exploits à travers les yeux d’autres soldats prenant part au conflit, et des cinématiques vraiment classes introduisant les niveaux. Il y a bien aussi les passages dans l’espace, sous l’eau ou dans l’immeuble de nuit qui font illusion mais oui, c’est peu au final. Et quand en plus on finit le solo et que l’ultime image introduit clairement un Ghosts 2, on se dit qu’on a pas fini d’en baver… Heureusement, ce qui suit est bien meilleur !

Le multi, LA valeur refuge

Avec son solo expédié en 5 petites heures, nous étions pour le moins impatients de nous plonger dans le multijoueur de ce Ghosts, pour voir si le ramage était toujours à la hauteur du plumage. Et il l’est ! Pas révolutionnaire mais « évolutionnaire », le multi de cette version apporte quelques modifications bienvenues et relançant l’attrait pour ce mode. En terme de nouveautés, on pourra par exemple customiser son avatar de la tête aux pieds (en débloquant des options grâce à vos prouesses sur le terrain), et lui donner enfin, un visage féminin ! Vraiment agréable et mine de rien dans les faits, c’est plutôt plaisant de ne pas se retrouver avec les mêmes clones de soldats, archétypes de classes plus ou moins clairement définies. On croise ainsi rarement son double, et c’est plutôt une bonne chose.

Au niveau des armes, c’est du classique avec des pétoires plus ou moins existantes ou déclinées dans ce que pourront être nos armes dans une ou deux générations. Autre « nouveauté » de cet épisode, en plus de trouver les classiques mitrailleuses lourdes, fusils d’assaut ou de précision, et tout un tas de grenades, vous dénicherez une nouvelle classe d’armes appelée Fusil de tireur d’élite. Cette classe qui dixit le jeu, comble le vide entre les fusils d’assaut et les fusils de précision, recycle en fait des armes semi-automatiques qui avaient un peu le cul entre deux chaises. Rien de très nouveau, mais permettant de créer une famille de fusil de précision plus pratique lors des engagement à mi-distance.
Pour les autres changements majeurs, pratiquement tout dans le jeu s’achète avec des points d’escouade donnés lors de vos parties, points permettant d’acheter des armes, des accessoires et des atouts. Notez que les atouts pourront être débloqués soit en passant des grades, soit en étant achetés. D’autre part, les atouts, suivant leur avantage, « coûteront » plus ou moins de points et vous ne pourrez répartir que 8 points lors de la confection de votre set d’aptitudes. Autant dire qu’il va falloir faire des choix !

Pour les modes, nous trouvons en plus des classiques match à mort en équipe, match à mort en individuel ou encore contrôle de position, le mode enragé vous octroyant des bonus à chaque tué mais déclenchant un chrono de 30 secondes vous faisant exploser si vous ne tuez pas un nouvel ennemi, le mode Éclair vous demandant de passer dans le téléporteur adverse pour marquer des points ou encore le mode recherche et sauvetage mixant Sabotage et Élimination confirmée. Trois nouveaux modes vraiment très bons à jouer, tout comme Infectés, qui vous demandera de résister à l’attaque d’un seul ennemi qui en tuant un autre joueur, l’infectera et le fera changer de camp et ainsi de suite jusqu’à éliminer avant la fin du chrono (ou pas) le dernier porteur sain.

En ce qui concerne les cartes, très classiques et pas assez verticales à notre goût, elles disposent d’éléments censés, un peu à la manière de Battlefield 4, changer la zone de combat. Alors très franchement, mis à part faire tomber un bus ou exploser une station service, nous sommes bien loin de la fameuse option « Levolution » de BF4. Reste que certaines cartes tout de même peuvent changer du tout au tout en déclenchant un tir de missile, mais cela reste quand même accessoire au final. Que dire d’autre de ce multijoueur ? Hyper efficace et toujours aussi plaisant à jouer, il est au XXIème siècle ce que Quake était au XXème et reste la référence des FPS arcade. Quoi que maintenant, il y a Warface sur le créneau. Et il est gratuit en plus…

Des escouades et des clans

Pour les joueurs qui ont un peu la trouille d’aller se prendre une grosse fessée en multijoueur, Ghosts introduit le mode Escouade. Dans ce dernier, vous affrontez des escouades adverses composées de bots (personnages contrôlés par l’ordinateur) et d’un joueur humain. Vous rapportant des points d’escouade et des niveaux comme lors d’un match normal, tout ce que vous pourrez faire en multijoueur, vous pourrez le faire en escouade pour vous entraîner et découvrir les cartes. Alors les bots sont certes moins fourbes que les humains sur une carte, surtout dans leur déplacement, mais ne vous attendez pas pour autant à participer à une séance de tir aux pigeons. Les bots tirent bien, juste même, et il n’est pas rare de se prendre un coup de couteau d’une IA rigolarde. Vous pourrez bien sûr en jouant inviter des amis à prendre la place de bots pour augmenter vos chances de victoire. Et vous risquez d’en avoir sacrément besoin dans le mode Protection, un mode Horde n’en disant pas le nom mais vous obligeant à repousser les différentes vagues ennemies qui défileront sur vous. Classique, mais vraiment jouissif à l’usage.

L’autre chose à savoir avec ce mode escouade est que, quand vous créerez un soldat supplémentaire pour le multijoueur classique, et que vous l’équiperez avec un set précis d’armes et d’atouts, et bien ce soldat sera repris dans le mode escouade et calquera son jeu au set que vous aurez pris soin de lui donner. Autant dire un jeu agressif si votre avatar est armé d’un fusil à pompe, ou plus lointain avec un fusil de précision ! Un petit effet de manche pas désagréable et permettant de voir un de ses personnages non sélectionné pour la partie, prendre vie à vos côtés. Bien joué Infinity Ward. Pour les clans, un gros effort a été fait par le studio pour qu’ils soient au cœur du jeu. Créer un clan, le gérer et participer à la guerre des clans vous permettra d’asseoir votre domination dans des matchs d’eSport bien sympathiques. Au passage, la guerre des clans en opposera deux qui, de manière journalière (la guerre des clans dure deux semaines), devront conquérir le plus de territoires (cartes) possible pour remporter la victoire finale. Le clan vainqueur se verra décerner des bonus d’expérience ainsi que quelques grimages visuels exclusifs pour ses différents avatars. Les clans récolteront aussi des points, points leur permettant de gravir les échelons du ladder mondial. De quoi se mesurer aux meilleurs à travers la planète ou tout simplement de voir si les quiches avec lesquelles on joue sont aussi mauvaises qu’on le pense ! Notez qu’un responsable de clan sera désigné, et qu’il pourra gérer la vie de son équipe via, entre autres, une application sur smartphone. Encore une fois, ce nouveau CoD n’innove que par petites touches, mais améliore sa recette pour la rendre de plus en plus incontournable pour les tournois eSport.

Dawn of the Alien

Dire que le mode Zombie de Call of Duty initié par Treyarch est un succès, serait un doux euphémisme. Et pour ne pas rester sur la touche, Infinity Ward revisite à sa sauce ce célèbre mode solo/coop/multi en écartant les morts vivants et en les remplaçant par des extra-terrestres. Le but de cette mission durant un seul chapitre, et de futurs en DLC c’est à parier, sera de détruire des nids d’aliens avec une foreuse, puis de revenir à l’hélico de départ pour clore le niveau. En tout, vous devrez détruire dans les quatorze nids pour voir la fin du chapitre, et affronter différents extra terrestres plus ou moins costauds.

Là encore, tout l’art de la progression en équipe sera au cœur du jeu et la complémentarité des classes essentielles. Pour cela, vous devrez choisir des compétences à votre joueur, compétences pouvant être améliorées à chaque nid détruit en récoltant puis en dépensant des points dans ces dernières. En passant des niveaux, indépendants des autres modes de Ghosts, vous débloquerez de nouvelles compétences renforçant encore un peu plus votre efficacité sur le terrain. Comme pour le mode Zombie, chaque mort que vous ferez vous permettra de récolter de l’argent pour acheter des armes traînant sur les côtés des niveaux, ou bien vous servir de bonus là encore faits pour vous aider. Poser des munitions ou utiliser un piège de la carte, tout cela aura un coût.

Autant dire qu’en plein cœur de l’action, ce sera casque et micro obligatoire pour coordonner vos actions avec vos partenaires. Car plus vous avancerez dans les niveaux, plus les ennemis deviendront puissants et demanderont bien plus que votre seul skill pour être vaincu. A noter qu’avant d’employer la foreuse pour nettoyer un nid, vous pourrez au préalable poser différents pièges pour préparer le terrain, un peu comme dans un certain Left for Dead lorsque vous vous apprêtiez à affronter un tank ! Un mode dans l’absolu pas incroyablement novateur, mais oh combien plaisant à jouer en équipe.

Élève un peu feignant qui doit progresser

L’heure de conclure le test arrive et au final, que penser de ce Ghosts et de ce premier travail 100% nouveal Infinity Ward ? Très franchement, après être sorti de l’expérience, pas toujours stable Battlefield 4, jouer à Ghosts est un douloureux retour dans le passé. Étriqué, avec un solo aussi pitoyable que BF4 mais en plus desservi par un moteur graphique et physique aux fraises, nous étions partis pour sabrer ce nouveau Call of sans aucun état d’âme. Pourtant, quand on commence à joueur au multijoueur, au mode escouade, extinction et que l’on se tente à mettre le doigt dans un clan (NDRC : Vous ne voulez pas un whisky d’abord?), il faut bien avouer que le mayonnaise prend toujours et seuls les plus blasés, ou ceux voulant faire parler d’eux, noteront très durement ce titre. Maintenant, il n’empêche que malgré ses qualités de jeu d’arcade tonitruant, la recette Call of Duty commence vraiment à sentir le réchauffé. Alors, que manque-t-il au titre ? Un moteur graphique et physique digne de ce nom ?

Un univers ouvert à la BF4 et autre PlanetSide 2 ? Difficile de se prononcer mais une chose est sûre, Battlefield quoique différent et un peu moins arcade, va commencer sérieusement à grignoter des parts de marché à ce Ghosts, érosion qui risque de s’accentuer avec les épisodes suivants si la franchise n’évolue pas. Après, c’est n’est que mon avis « d’expert », avis dont le grand public n’a cure car Call of Duty a depuis longtemps dépassé le stade de simple jeu vidéo, pour s’installer dans celui de phénomène culturel. Mais le passé nous rappelle que les challengers ne le restent pas indéfiniment, et que les premières places sont faites pour être perdues. PES sait de quoi nous parlons… Dernière petite chose entre nous : j’ai eu le plaisir de discuter avec Tina Palacios, Community Manager d’Infinity Ward, et à ma question « Pourquoi sur PC le jeu pèse 30go et demande des spécifications matérielles très poussées, ce n’est quand même pas pour son moteur graphique ?», cette dernière m’a répondu en souriant que la version PC contenait les textures « 4K » pour pouvoir jouer en très haute résolution sur ces nouveaux écrans hors de prix (les écrans 4K ont une résolution de 3840 pixels sur 2160, bien supérieure aux téléviseurs Full HD ne dépassant pas les 1920 pixels par 1080). Quid des versions Next Gen ? Réponse dans quelques jours. En tout cas, pour avoir testé Ghosts sur Xbox One, sachez que c’est presque aussi propre que sur PC, mais que l’écran scintille étrangement. Peut-être l’upscaling ? A voir.

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