Test de Crysis 3

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6.9

Avec le temps, on acquiert un certain savoir-faire pour dénicher les jeux mal dégrossis et  faisant pourtant soit disant partie de l’élitiste caste des triples A.  Un des indices nous mettant la puce à l’oreille au sujet de ces titres souvent bancals est la date de réception du jeu. Ainsi, plus un titre nous est envoyé tard, plus nous subodorons un produit d’une piètre qualité. Pour preuve, ce pauvre Aliens : Colonial Marines, noté 9 sur 20 par mes soins sur le site, est arrivé à la rédaction le jour même de sa sortie. Je ne sais pas si les attachés de presse nous prennent pour des abrutis congénitaux, mais cette tactique du reculer pour mieux chuter ne marche pas vraiment dans les rédactions. Et quand Crysis 3 est arrivé chez nous un seul petit jour avant sa sortie officielle, nous avons eu quelques sueurs froides pour le dernier bébé de Crytek…

Test de Crysis 3

L’histoire sans fin…ou plutôt pas finie

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, revenons sur la série Crysis et son histoire qui s’est un peu perdue en chemin. Au commencement, il y eut donc Crysis premier du nom, fils spirituel de Far Cry et qui nous proposait de gambader sur une île paradisiaque à la recherche de Nord-coréens et d’extraterrestres aussi aimables qu’un percepteur réclamant votre troisième tiers provisionnel. Pour vous aider à vaincre vos ennemis plus ou moins terrestres, vous pouviez compter sur votre nano combinaison de combat aux aptitudes surhumaines et faisant de vous un vrai F16 sur pattes. L’occasion pour Crytek d’étrenner son propre moteur graphique à même de faire pleurer les plus puissantes cartes 3D de l’époque, tout en proposant une aventure de premier plan. S’en suivit une petite suite nommée Warhead permettant de prolonger de quelques heures l’aventure sur l’île de Ligshan, puis vint la boulette Crysis 2.

Se déroulant à New York, le jeu gagna en linéarité ce qu’il perdit malheureusement en liberté. Fini l’île paradisiaque et les vastes étendues, et bonjour les couloirs ne permettant que quelques rares chemins de traverses bien balisés. Un semi-échec aussi bien par son histoire de relation homme extraterrestre à la petite semaine, que par sa linéarité et ses combats devenus très génériques. Avec Crysis 3, Crytek reprend peu ou prou le même écheveau quelques années plus tard, et nous propose d’affronter l’ultime menace CEPH (les extra-terrestres) dans un New-York mis sous cloche sous un dôme et retourné à l’état sauvage (un petit goût de Last of Us là-dedans). Pour raccrocher les wagons de son histoire, Crytek nous place dans la peau du héros du deuxième épisode quelques années après sa capture. Il a entre temps pris la personnalité de Prophet, le premier propriétaire de la nano combinaison s’étant donné la mort dans Crysis 2. Vous suivez toujours ?  C’est à ce moment que vous me direz que l’histoire c’est une chose, mais qu’avant tout, Crysis 3 vous intéresse pour ce qu’il propose manette / clavier-souris en main. Si seulement vous aviez raison…

Le premier jeu au cheat code intégré

Si vous avez un tant soit peu suivi les différentes bandes annonces du jeu, vous ne pouvez être passé à côté de deux choses : la nano combinaison de combat et l’arc prédateur. Pour la combinaison que j’appellerais neuneu combinaison, elle a, depuis Crysis 2, été amputée de bon nombre de ses pouvoirs actifs pour n’en garder que deux : l’armure et le camouflage.  Exit le mode course qu’il fallait sélectionner ou le mode force qui permettait dans le tout premier Crysis d’attraper les ennemis et de jouer avec leurs petits corps. Votre armure est ici pré-équipée d’origine du super coup de pied au cul, de la course spéciale « j’humilie Usain Bolt sur 100 mètre »  et cela de manière passive et sans choisir une mode combinaison particulier.  Pour faire simple, vos choix de pouvoirs se résumeront entre foncer comme un bourrin en activant votre armure ou bien vous la jouer furtif en sélectionnant votre camouflage optique. Chaque utilisation d’un de ses deux pouvoirs consommera une barre d’énergie qu’il faudra laisser recharger pour escompter continuer à se la jouer surhomme.

Le gros problème par rapport aux épisodes précédents, surtout comparé au premier Crysis, est que cette barre d’énergie qui se vidait à vitesse grand V, dure ici un temps tout à fait affolant; en tout cas, pour vos ennemis. C’est bien simple, si vous ne courez pas, ne sautez pas et prenez votre temps pour avancer dans une zone en planifiant les temps de recharge de votre combinaison, vous pourrez quasiment traverser un niveau en évitant les ennemis et sans tirer un seul coup de feu. Le pire dans tout cela est que vous pourrez récupérer, en fouillant les recoins du jeu, des points d’optimisations qui rendront vos pouvoirs encore plus performants. Vous voulez augmenter votre temps d’invisibilité de 20% ? Pas de problème, dépensez quelques points et vous deviendrez quasi indétectable dans le jeu.

Le pire est que les différents pourcentages pour chaque pouvoir passif ou actif, pourront encore être augmentés en remplissant quelques faits d’armes. Et déjà que le jeu n’est pas bien compliqué, la nano combinaison, ou plus exactement le pouvoir de furtivité tue toute notion de challenge. Pour preuve, certains joueurs en « rushant » le titre l’on bouclé en moins de 3 heures… Mais comme si cela ne suffisait pas, Crytek nous a sorti son arc prédateur. Et là, j’annonce cheat code à flèches. Cet arc qui vous rend indétectable en cas de tir, a le bon goût d’emmener différents type de carreaux allant de la flèche standard à la flèche explosive et j’en passe et des meilleures.

Mais vous vous dites, une flèche, c’est bien gentil, mais ça ne tue pas un mec en combinaison anti-balistique ? Et bien si ! Car là nous parlons d’un arc à haute vélocité dont les flèches, en choisissant le mode de tir le plus puissant, peuvent décapiter la tourelle d’un char à 100 mètres. Rajoutez à cela qu’en tirant une flèche de « base » sur un ennemi et en la récupérant sur sa victime, elle viendra de nouveau garnir votre carquois. Autant dire qu’en éliminant vos adversaires silencieusement et en récupérant vos flèches, vous n’êtes pas contraint d’utiliser vos autres armes. Cela en tête, combinez cet arc avec votre le mode camouflage de la combinaison, et vous comprendrez que les dés sont pipés et que vos ennemis ont déjà perdu la partie. En quand, en plus, vous vous rendrez compte qu’ils sont bêtes à bouffer du foin…

CELL bordel !

Bon c’est là que vous pourriez me dire, franchement, il y a la combinaison et l’arc qui sont cheatés, mais si l’IA assure, tout n’est pas perdu. Et bien si mes bons amis ! L’IA est ici d’une bêtise confondante (c’est-à-dire dans la moyenne de beaucoup de FPS modernes). Soit ces derniers ont le bon goût de ne pas bouger en vous tournant le dos pendant que vous leur jetez une poubelle sur la couenne, soit ils avancent vers vous comme des automates pour une séance de tir aux pigeons, ou canardent votre position sans discontinuer et sans chercher à vous débusquer, quitte à tirer pendant deux heures sur un mur vous protégeant. Ceci en tête, libre à vous de vous montrer en tuant un ennemi, puis d’enclencher votre camouflage pour prendre position à revers de vos adversaires et de continuer le massacre.

Il n’y a vraiment que si vous le cherchez et vous faites entourer par une armée de ces adversaires décérébrés que vous pouvez vous faire un peu de mouron pour vos abattis. Au moins, la connerie de vos ennemis est interplanétaire car elle touchera à part égale les humains du CELL que les extraterrestres CEPH. De plus, votre combinaison vous permettant de pirater les défenses ennemies pour les retourner contre eux, vous conviendrez que vos adversaires n’ont été mis là que pour vous retarder, tout au plus. Et si vous pensiez vous rabattre sur la quantité à défaut d’avoir la qualité, sachez que le jeu ne dispose que de sept petites missions. Maintenant, vous n’êtes pas obligé de foncer tête baissée pour torcher le jeu en 3 heures. Pour ma part, il m’aura fallu 7 heures pour clore les aventures de Prophet. Car en cherchant les différents renseignements du CELL éparpillés dans les niveaux, les bonus d’augmentation de votre nano combinaison, ou en complétant les missions secondaires, vous pourrez vraiment rallonger la durée de vie du titre. Après, est-ce que vous en aurez envie, c’est une autre histoire.

Car il faut bien l’avouer, le jeu nous fait enchaîner des missions pas vraiment passionnantes tout en enrobant le tout dans un délire mystico extraterrestre lors des visions symbiotiques entre le héros, sa combinaison et les CEPH. Et je ne parlerai pas des rares moments où vous aurez l’occasion de conduire certains véhicules pour casser la monotonie de votre massacre à grande échelle. Crytek dans un moment de folie a dû se dire « tiens Roberto, tu me mettras des buggies et des blindés à piloter dans le jeu. Les d’jeunes, ils aiment ça les trucs qui roulent et qui pètent  le feu ». Et franchement, là aussi c’est loupé. Les buggies font un bruit infernal et pourtant se traînent comme des larves, et les blindés en de rares occasions, arrivent à exploser si on frôle un caillou d’un peu trop près. Et je passe sous silence le « rail shooting » final dans les airs qui ferait passer le moindre Ace Combat pour une simulation quasi militaire.

Le salut viendra du nombre

Mais si il y a bien un point où le jeu se rattrape, en plus de sa qualité graphique mais nous y reviendrons plus tard, c’est celui du multijoueur. Dans l’absolu, ce dernier n’invente rien et ne fait que décliner sous une autre forme les habituelles captures de drapeau, de zone ou d’objectif, mais il le fait avec un certain talent et une vraie nervosité retranscrite pendant les combats. Que les deux équipes soient équipées ou pas de nano combinaisons, les cartes assez bien pensées, surtout par leur  verticalité, permettent des engagements violents s’articulant autour de plusieurs axes. Mais le fin du fin sera sans aucun doute le mode chasseur. Pour faire simple, le gros de la troupe en treillis devra repousser les attaques de chasseurs équipés d’arcs et de nano combinaisons. A chaque mort d’une bleusaille, le joueur deviendra alors chasseur, clairsemant d’autant plus les rangs des combattants normaux. En résulte une survie de plus en plus tendue pour les humains non modifiés qui devront repousser les assauts ennemis  pendant quelques secondes. Un mode vraiment bien pensé et très stressant quand on est la proie. Pour le reste du multi, c’est du classique avec des grades à passer, des options à débloquer etc.  Enfin, vous connaissez la musique.

Vos rétines vont pleurer de bonheur

Deuxième gros point positif du jeu, ses graphismes. Pour être tout à fait honnête, Crysis 3 est un des plus beaux jeux que nous ayons pu voir ces dernières années. Un constat d’autant plus vrai sur PC qui dispose de la version la plus aboutie du titre. C’est beau, fin, les effets de particules sont hallucinants, la tessellation est impressionnante de réalisme, enfin, on en prend plein les mirettes dès que l’on s’attarde sur le moindre objet du jeu.

Cela a malheureusement un coût et il faudra un PC de compète pour tirer toute la quintessence du moteur graphique CryEngin3. Mais même en LOW, le jeu reste magnifique sur micro et redonne le sourire aux PCistes en mal de versions un tantinet optimisées pour leur machine. Du côté des consoles, le jeu est aussi très joli mais le gouffre séparant les versions PS3/360 et le PC est infranchissable.

Pour autant, le jeu est vraiment réussi malgré quelques concessions faites par les développeurs pour que le titre tourne à peu près correctement sur consoles. Vous trouverez ainsi  un crénelage très visible, des textures basses def’ qui font quelquefois tâche, et un framerate qui peut s’avérer poussif en certaines occasions. Au final, une bien belle vitrine technologique malgré tout proposée par Crytek, mais qui sert un jeu en demi-teinte et pas réellement passionnant. Dommage que le fond ne rejoigne pas la forme car nous aurions pu avoir un sérieux concurrent à Far Cry 3 qui reste, à l’heure actuelle,  le mètre étalon des FPS modernes.

Crysis 3 aurait pu être une pépite, le jeu n'est pas mauvais mais on y trouve de nombreux petits défauts qui viennent ternir l'expérience. L'histoire est courte, l'IA est horrible. C'est dommage, heureusement on apprécie énormément les graphismes exceptionnels que l'on a l'habitude de voir avec la saga Crysis.
Graphisme
8.5
Gameplay
6
Scénario
6
Durée de vie
6.5
Bande-Son
7.5
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0
Magnifique au niveau des graphismes mais à condition d'avoir une config musclée
Quelques armes agréables
Un très bon multi
Un scénario pauvre et mal construit
Une IA catastrophie
Le mode Campagne est très, très court
6.9