Test de Dead Rising 3

Commençons par rassurer ceux qui ont gardé un goût amer du premier Dead Rising. Ce nouvel épisode est soigneusement débarrassé de certaines règles absurdes imposées dans le concept initialement mis en place par Keiji Inafune et Yoshinori Kawano, que ce soit en termes de gestion du temps ou des sauvegardes. Dans Dead Rising 3, le gouvernement a prévu d’envoyer une bombe sur Los Perdidos, Californie, pour éradiquer toute trace de l’épidémie qui s’y est répandue, bombe qui explosera une semaine après le début du jeu. Dans Dead Rising 3, l’heure tourne, même en mode Histoire. Mais le temps s’écoule en fait suffisamment lentement pour ne pas mettre de pression inutile sur le joueur souhaitant profiter au maximum de son bac à sable gore. Le clan h4rdc0re n’est pas oublié pour autant et trouvera son bonheur avec le mode Cauchemar : temps limité, difficulté accrue et sauvegardes accessibles uniquement dans les planques et les sanitaires éparpillés dans la ville. A noter que si Dead Rising 3 peut être savouré sans rien connaitre des autres opus, Capcom Vancouver a pris soin de lui trouver une vraie place dans la trilogie en reliant son scénario avec les événements des deux autres. Et si elle n’a évidemment rien d’exceptionnel, l’histoire, qui se déroule dix ans après Dead Rising 2, réserve une ou deux surprises sympathiques pour les fans.

L’autre grosse nouveauté de Dead Rising 3, c’est que son monde ouvert l’est désormais véritablement. Terminé le découpage par sections et les écrans de chargement. Une évolution qui change la vie, notamment quand Nick Ramos est accompagné d’un survivant. Les laborieuses escortes de Dead Rising font, Dieu merci, partie du passé. Un survivant, qu’il s’agisse d’un motard revanchard, d’un cuistot à la recherche d’une nouvelle cuisine ou d’une cowgirl apeurée, sont maintenant capables de vous suivre à travers des rues anormalement surpeuplées de zombies et de carcasses de voitures. Dommage en revanche que ces NPC ne prennent aucune initiative, que ce soit pour s’équiper en arme ou pour restaurer leur santé en dévorant un aliment. S’il n’y a plus besoin de se retourner pour veiller sur eux en permanence, il faut donc encore les biberonner quand leur jauge de vie commence à trop se vider. Du coup, on finit rapidement par favoriser le voyage solitaire plutôt que l’entraide.

Mais pour renvoyer un survivant au repos, encore faut-il accéder à une des planques du jeu. Chaque planque comporte une armoire pour changer de vêtements, un casier pour faire le plein d’armes et donc un tableau qui recense les rescapés et permet de les gérer. Ces planques clandestines marquées d’un tag rouge sont l’oeuvre des illégaux, des citoyens en situation irrégulière qui refusent de porter la puce que le gouvernement impose à la population pour la protéger de l’infection. Parmi ces illégaux figure Annie, une petite blonde à capuche qui se trouve dans le groupe des survivants de Nick Ramos. Quand le jeu débute, toute la population de Los Perdidos a déjà été changée en morts-vivants. Le mécano Nick a pu se mettre à l’abri avec la patronne de son garage, la solide Rhonda, mais aussi un routier peu finaud nommé Dick, que le second joueur incarnera en cas de campagne en coopération. Avant de commencer à jouer, on vous proposera de choisir quel type de partenaire en ligne vous souhaitez voir rejoindre votre partie (du complétiste acharné au joueur détendu) sachant que l’on peut bien évidemment désactiver l’apparition des autres joueurs.

La surface de jeu proprement dite n’est pas particulièrement grande, Dead Rising 3 étant surtout une histoire de densité. Les développeurs de Capcom Vancouver savaient dès le départ comment exploiter les capacités de la toute nouvelle Xbox et ses 8 Go de mémoire : en blindant les rues avec un nombre absolument déraisonnable de zombies. Difficile de ne pas se montrer admiratif devant la quantité de morts-vivants que le jeu est capable d’afficher à l’écran. Dead Rising 3 s’amuse à mettre en place des troupeaux de putrides à perte de vue et il est tout simplement impossible de faire deux pas sans devoir jouer des coudes pour se frayer un chemin. N’envisagez même pas de nettoyer les rues tant le réservoir à zombies est de toute façon inépuisable. Les zones sûres sont quasiment inexistantes et le jeu prend un malin plaisir à nous mettre constamment la pression. Peut-être un peu trop même, dans le sens où il arrive souvent que l’on perde de vue son objectif à cause du nombre d’ennemis à découper.

Densité aussi par rapport au nombre de secrets à découvrir. Le radar du jeu affiche distinctement la localisation de tous les petits à-côtés. Il peut s’agir des statuettes de Frank West, des hauts-parleurs du gouvernement à détruire, des cadavres spéciaux à admirer sur une note de piano tragique ou bien sûr des très convoités plans, indispensables pour créer des combinaisons d’armes ou de véhicules. Récolter la totalité de ces éléments prendra un temps fou, d’autant plus que si le radar indique la position de l’objet, il ne précise pas sa hauteur. A chaque fois que l’on rentre dans un bâtiment en pensant trouver l’objet indiqué sur le radar, on se rend compte qu’il se cache en fait à l’étage. Ou peut-être sur le toit. A moins que ce ne soit en sous-sol ? Trouver comment accéder au bon niveau d’un bâtiment demande souvent une observation minutieuse du pâté de maisons, tâche loin d’être facilitée par le pressing permanent des zombies. Si on ajoute à cela les 24 survivants à récupérer puis à ramener sain et sauf et les nombreuses quêtes secondaires, Dead Rising 3 fait preuve d’une richesse de jeu qu’on ne rencontre quasiment jamais au lancement d’une console. Et quand bien même les deux titres ne cherchent pas la même atmosphère, le fait est que Dead Rising 3 évolue à un tout autre niveau qu’un ZombiU, autre jeu de zombies lancé l’an dernier en même temps qu’une nouvelle console.

Au rayon exclusivités, Dead Rising 3 affiche ainsi sa nette supériorité sur un titre comme Ryse, prototype du jeu de lancement poudre aux yeux : dopé visuellement, mais court et sans profondeur. Dead Rising 3, lui, ne saurait être qualifié de magnifique. Visuellement, le jeu est très correct sans jamais décrocher la mâchoire et parait même en retrait sur les effets spéciaux ainsi que sur sa gestion franchement basique de l’éclairage. A ce propos, selon votre TV, Dead Rising 3 pourrait présenter par défaut un réglage gamma anormalement faible. Veillez bien à calibrer la luminosité dans les options, sans quoi vous risquez de passer la plupart du temps dans la pénombre, même de jour. Niveau performance, Dead Rising 3 n’arrive pas non plus à maintenir en toutes circonstances ses 30 images par seconde. Certaines zones subiront aussi un affichage tardif des textures, notamment quand on arrive à toute vitesse au volant d’un véhicule. Malgré l’absence de fossé générationnel sur le strict plan des effets visuels, Dead Rising 3 n’en reste pas moins un vrai jeu nouvelle génération dont la conjonction monde ouvert + quantité délirante de zombies n’aurait jamais été possible sur une Xbox 360.

S’il était au départ apparu comme un jeu plus sombre que ses prédécesseurs, Capcom ayant même déclaré de façon maladroite vouloir s’adresser « au public Call of Duty »,  Dead Rising 3 est en réalité un jeu profondément second degré qui flirte souvent avec le crétinisme d’un Saints Row, mais avec en plus le feeling « seul contre tous » d’un Dynasty Warriors. Cela se traduit non seulement par les multiples délires au niveau des armes, des tenues et des véhicules, mais aussi par un scénario de série Z totalement assumé et des personnages qui n’en finissent plus d’aligner les stéréotypes. Et comme les cinématiques en temps réel prennent en compte les choix vestimentaires du joueur, on peut rencontrer quelques situations intéressantes quand Nick a revêtu une petite jupe ou le maillot une pièce de Borat. Au niveau de la prise en main, l’inventaire va au plus simple avec une roue des armes qui permet de jongler entre quelques ustensiles. A l’instar d’un The Last of Us, la création d’un objet s’effectue d’une simple pression sans avoir à mettre le jeu en pause, et le processus ne dure que deux secondes. Mais quitte à offrir une gestion des objets basique, on aurait aimé que les aliments se consomment immédiatement, plutôt que de se confondre avec les armes et d’occuper une case de l’inventaire. Ensuite, les amateurs de boss pourront croiser la route des Psychos, sept timbrés qui représentent chacun un pêché capital. Pas vraiment intégrés au scénario, ces ennemis sont optionnels pour la plupart et flirtent avec un mauvais goût certain chacun à leur manière. Contrairement aux affrontements laborieux du premier Dead Rising, la difficulté des boss de Dead Rising 3 a le mérite d’être correctement dosée. Il faut dire que le jeu est globalement assez généreux en objets de soin.

Dans un monde ouvert, la ville est souvent considérée comme le personnage principal du jeu. Celle de Dead Rising 3 a pour défaut de manquer de souplesse dans sa structure. Les quatre quartiers qui composent la ville de Los Perdidos ne sont reliés que par une seule et même voie rapide. Conséquence, on repasse sans cesse aux mêmes carrefours, devant les mêmes groupes de zombies, face aux mêmes situations et avec les mêmes véhicules qui réapparaissent aux mêmes endroits. Un système routier un peu plus complexe n’aurait pas été de refus, histoire de varier un peu les nombreux voyages d’une zone à l’autre. Surtout si on se met en tête de tout fouiller et de répondre à chaque appel de détresse pour ne laisser aucun survivant périr. Le fait que la carte ne soit pas immense n’est pas un problème en soi, mais la redondance des trajets finit quand même par se faire sentir. Pourtant, Dead Rising 3 reste terriblement accrocheur, notamment parce qu’il récompense le joueur en points de compétences et que Nick dispose de nombreux paramètres à faire évoluer. En amassant de l’expérience (les fameux PP) après chaque zombie éclaté, objet trouvé ou quête réalisée, Nick gagne des niveaux et donc des points de compétences à dépenser pour élargir sa jauge de vie, augmenter le nombre de cases dans la roue des armes, gagner de nouvelles techniques au corps à corps, s’améliorer dans le combat à distance, devenir plus agile, endurant et encore plein d’autres choses. On retrouve aussi les bienfaits de la lecture grâce aux livres à collectionner. Sélectionner un livre permet de bénéficier d’un effet bonus particulier, par exemple un gain de PP plus important ou des armes qui résistent plus longtemps.

Car oui, les armes, comme les véhicules, s’abîment et se brisent assez rapidement à l’usage, ce qui fait que Dead Rising 3 impose un renouvellement naturel de l’action. Notez qu’une fois une arme trouvée ou créée, il sera possible de remettre la main dessus à volonté grâce aux casiers situés dans les planques. Comme ses prédécesseurs, ce Dead Rising 3 se caractérise toujours par le plaisir de ramasser tout ce qui traîne pour tester la résistance des zombies, de l’objet le plus anodin (sac de voyage, shampooing) à la trouvaille qui fait plaisir (katana, fusil d’assaut). Notons que chaque arme dispose d’un coup faible et d’un coup fort, avec parfois des possibilités de combos ou bien sûr une visée à l’épaule pour les armes à feu. Avec un mécano en guise de héros, l’accent est évidemment mis sur les combinaisons. A chaque fois que Nick met la main sur un plan, et il y en a plus de 100 au total, il trouvera généralement les deux ou trois éléments adéquats juste à côté pour tester illico son nouveau jouet. Et croyez-le ou pas, mais combiner une tête de dragon chinois avec un parasol, un katana et des pétards permet de donner naissance au mecha dragon ultime. Admirez plutôt. Ce type de délire jouissif est également possible en bricolant des véhicules. La fusion d’une moto et d’un rouleau compreseur donnera par exemple naissance à l’imparable moto-compresseur. Et une fois qu’on a expérimenté une scène comme celle-là, il semble difficile de revenir aux autres jeux de zombies. Au fait, pour ceux qui ne sont pas encore familiers avec la Xbox One, précisons que ces deux séquences de jeu ont été enregistrées avec la commande vocale « Xbox – Enregistrer cet élément » qui permet de sauvegarder ses 30 dernières secondes de jeu.

Dead Rising 3 ne fera en revanche pas spécialement de publicité à Kinect. Le capteur est supposé écouter ce qu’il se passe dans votre salon de façon à alerter les zombies, volontairement ou non. Sauf qu’on est loin d’être dans une ambiance de survival et que les zombies sont toujours à vos trousses, l’intérêt de la chose est donc peu évident ici. La possibilité de crier une provocation spécifique à chaque boss pour le déstabiliser est un peu plus intéressante, mais donne l’air particulièrement idiot. Pour l’anecdote, Kinect a aussi tendance à mettre le jeu en pause tout seul au moindre bruit inhabituel dans la pièce, comme quelqu’un qui se mouche ou qui parle trop fort. Bref, vous pouvez laisser Big Brother débranché sans trop de regrets.