Test de Deadly Premonition

C’est le jeu « hype » de cette fin d’année. Malgré une sortie incognito il y a quelques semaines, Deadly Premonition jouit aujourd’hui d’un bouche à oreilles très élogieux. Un anonymat tel que l’éditeur n’avait pas jugé bon de nous envoyer une version au moment de la sortie. On connaît bien ce procédé, il est même habituel lorsque les jeux en question sont de gros navets bien affreux. Aussi, nous ne fondions pas d’espoirs démesurés au sujet de ce titre sorti un peu de nulle part. Puis sont arrivés les premiers retours, les premières louanges. « Le jeu de l’année » pour certains, « parfait » pour nos confrères américains de Destructoid dont le 10 sur 10 attribué à l’époque trône fièrement sur la jaquette du jeu. Le buzz a fini par atteindre un tel niveau que nous ne pouvions plus décemment rester dans l’ignorance. Une vingtaine d’heures de jeu plus tard, il est l’heure de livrer un verdict. OVNI génial ? Titre potable mais surestimé ? Bouse intersidérale ? Ce que l’on peut déjà  dire, c’est que ce soft divise et divisera toujours. A titre personnel, je peux vous assurer que donner un avis et attribuer une note à un jeu n’a jamais été difficile qu’à cette heure-ci. Mais le mieux reste encore d’expliquer, le plus sincèrement possible, les états d’âme que Deadly Premonition nous fait traverser.

Premier stade : l’abomination

« C’est super moche ton truc. » « Pourquoi t’as ressorti la Dreamcast ? » « Ah ! Mes yeux ! Mes yeuuuuux ! » Jouer à Deadly Premonition peut provoquer ce genre de réactions chez votre entourage. Mais qui pourrait blâmer les spectateurs passifs de cette bouillie infâme indigne du 21e siècle ? Il faut dire les choses comme elles sont : le jeu a un effet répulsif extrêmement puissant qui nous prend à la gorge dès les premières secondes. Passée une cinématique d’intro, intrigante mais laide comme un pou, on se retrouve tout de suite plongé au cœur d’une forêt atroce. Des textures qui bavent comme c’est pas permis, des couleurs immondes, du clipping, une pixelisation outrancière… On a beau chercher, on ne voit pas quel jeu peut se targuer d’afficher une plastique aussi lamentable en 2010. Et la suite des événements ne fait que confirmer cet effroi initial. Même à la toute fin du jeu, on arrive encore à  être sidéré par certains décors, quand un ciel de tempête violet défile à toute allure au-dessus d’un paysage orange, ou bien quand un personnage tente de décocher un sourire amical qui lui déforme le visage en un rictus indéfinissable.

Mais la laideur permanente du titre n’est pas son seul souci esthétique. La bande-son mériterait des pages entières d’adjectifs désobligeants. D’autant plus que les morceaux, non contents d’être immondes à  l’oreille, semblent se lancer aléatoirement, sans aucune cohérence avec l’émotion voulue ou avec la situation à l’écran. Affligeant. On continue ? Deadly Premonition se traîne aussi une rigidité cadavérique au niveau des commandes. Les séquences de Survival-Horror rappellent les tous premiers Resident Evil, avec l’obligation d’être à l’arrêt pour armer, tirer ou recharger. Les collisions étant en outre gérées avec les pieds, les gunfights prennent parfois des allures pathétiques, lorsque l’on ne peut enjamber le pied d’un ennemi gisant au sol. On a aussi droit à des QTE navrants dans le cadre de séquences de fuites franchement ridicules, où des trottoirs et des caisses en bois sont autant d’obstacles à contourner… Bref, c’est terriblement agaçant et mal fichu. Et comment ne pas parler des longues (looooongues) phases en voitures. Là aussi, on est frappé par la mollesse et la rigidité de la chose, avec une gestion cataclysmique de la vitesse et des virages. Bon allez, ça suffit ! Inutile de s’appesantir davantage. Deadly Premonition est le jeu le plus mal gaulé depuis un bail. On peut même se demander comment un tel projet a pu être mis en circulation. En fait, la réponse est toute simple et se résume à un nom : Hidetaka Suehiro. Autrement dit un Japonais fauché mais plein d’ambition, boss du petit studio Access Games, qui a cru dur comme fer à  son projet et qui peut être drôlement fier de lui aujourd’hui.

Deuxième stade : la stupéfaction

Oui, fier. Parce qu’en dépit de tout ce que nous venons de dire, Deadly Premonition est un excellent titre qui mérite vraiment que l’on s’y intéresse. Ne serait-ce que pour son héros qui peut prétendre sans conteste au titre de protagoniste le plus intéressant et fouillé de l’année. Il s’appelle Francis York Morgan. C’est un agent du FBI, un profiler pour être exact, qui est envoyé dans la cambrousse pour élucider un meurtre sordide. Une femme a été éventrée et crucifiée dans la forêt. York (c’est comme ça qu’il veut qu’on l’appelle) va donc devoir enquêter en faisant équipe avec le shérif local et sa bande de sous-fifres. A ce stade-là, on se dit que le pitch n’a rien de très original. Le flic de la ville qui débarque chez les bouseux, on l’a déjà vu de nombreuses fois. Mais ce qui change ici, c’est que le héros est complètement fou. Déjà, il fume comme un pompier, se shoote au café, café dans lequel il pense lire l’avenir. Incollable sur les séries B des années 80, ancien punk repenti (NDRC : Repenti ? C’est pas un crime d’être punk !), il est aussi atteint d’une schizophrénie avancée. Il s’entretient en effet régulièrement avec un dénommé Zach, ami imaginaire et confident perpétuel.

Là où les choses deviennent encore plus stupéfiantes, c’est lorsque l’on se rend compte que l’histoire personnelle du héros et celle entourant le meurtre sont étroitement mêlées. Chose relativement rare aussi, York donne sans arrêt le sentiment d’en savoir plus sur l’affaire que nous qui sommes derrière nos manettes. Ce n’est qu’en progressant dans le récit que l’on commence à décrypter le personnage incarné et que l’on apprend son passé. Tour à tour hilarant, bizarre, inquiétant, voire même poignant, York nous embarque dans son délire insensé. On le suit aussi bien lorsqu’il interroge des suspects potentiels le plus simplement du monde ou bien lorsqu’il pénètre dans des otherworlds façon Silent Hill, où des zombies fantômes et autres réjouissances veulent s’introduire en lui par voie buccale (!) Du début à  la fin, York révèle les richesses de son personnage et justifie presque à lui seul que l’on surmonte les défauts du jeu. Juste pour le plaisir de déchiffrer un héros comme on en voit que trop rarement.

Troisième stade : la fascination

Au-delà de York, Deadly Premonition s’avère également très bien écrit. L’intrigue est complexe et conserve des zones d’ombre jusqu’au dénouement. Au fil de l’enquête, on soupçonne de nombreux personnages, à  tort ou à raison. Il est amusant de remarquer comme le titre lui-même se joue de nous, en nous emmenant sur de fausses pistes et en nous agitant sous le nez des indices trop gros pour être vrais. Si cela fonctionne, c’est également parce que les seconds couteaux sont vraiment creusés. Les personnages dévoilent progressivement leurs névroses, leurs déviances. Et s’ils ne se livrent pas volontairement, on peut leur forcer la main en mettant à profit nos temps libres pour aller leur tirer les vers du nez, en les rejoignant au bar ou, de façon plus malsaine, en allant les espionner chez eux, le visage collé à  leurs fenêtres. Paradoxalement, c’est par ce biais si dérangeant que l’on s’attache aux habitants du coin.

A ce titre, le fait que le jeu ait opté pour une gestion chronologique quasiment en temps réel prend ici tout son sens. L’horloge ne s’arrête pas de tourner entre deux chapitres et ne nous laisse pas l’éternité pour comprendre les rouages, les légendes et le fonctionnement de la région. On ne peut donc comprendre que ce que le tic-tac de la montre nous autorise à découvrir, entre une sieste et un petit déjeuner chez Polly l’aubergiste. Car, oui, le sommeil et la faim sont des données à prendre en compte, même si cela reste très superficiel, reconnaissons-le. Enfin, difficile de ne pas saluer également les références de surréalisme que les développeurs ont disséminé un peu partout dans le jeu. Twin Peaks de David Lynch transpire par exemple par tous les pores du jeu tandis que certaines scènes, certains dialogues, notamment ceux extraits des scènes se déroulant dans le monde parallèle, sont absolument fascinants. Et l’on ne mentionnera pas le climax et les ultimes rebondissements de l’aventure, aussi curieux que captivants.

Quatrième stade : l’acceptation

Au final, que reste-t-il de Deadly Premonition une fois que le générique de fin a défilé ? Le sentiment d’avoir été au bout d’une expérience unique et mémorable ? Le regret que le jeu n’ait pas bénéficié d’une forme décente qui aurait pu illuminer un fond aussi passionnant ? La satisfaction de voir, qu’à une époque pourtant nécrosée par les jeux formatés, des bizarreries de la sorte arrivent encore à voir le jour, comme à  l’époque de la PS2 et de ses Haunting Ground et autres Rule of Rose ? Et cela, au prix raisonnable de 30 euros. C’est sans doute un mélange de tous ces sentiments qui nous anime en fin de compte. Définitivement, Deadly Premonition est un titre qui gagne à  être connu et qui n’a vraiment pas usurpé la sympathique réputation qui l’accompagne aujourd’hui. Si vous vous sentez prêt à  accepter qu’un jeu vous égratigne les rétines des heures durant, qu’il vous massacre les oreilles à  coups de bande-son abominable, qu’il vous fasse enrager et somnoler dans la même minute à  cause de sa maniabilité calamiteuse. Si vous pensez pouvoir surpasser tout cela, foncez découvrir Deadly Premonition, un jeu d’une rare richesse et qui ne ressemble décidément à aucun autre.

En résumé !

Test de Deadly Premonition

Attention étrangeté ! Avec Deadly Premonition, la Xbox 360 accueille l’un des titres les plus bizarres de son catalogue. Ou quand une plastique affreuse pour accoucher d’un trésor insoupçonné.
0
Awful
Points Positifs :
Points Négatifs :

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