Test de Deus Ex : Human Revolution

Sortir un jeu tel que Deus Ex : Human Revolution en 2011 est un sacré pari. A l’époque du jeu pop corn triomphant et de la surenchère hollywoodienne, le jeu d’Eidos Montreal ne cherche pas à  séduire à  n’importe quel prix. Dès les premières heures de jeu et plus encore au fil de son évolution, le constat s’impose : Deus Ex : Human Revolution n’est pas un jeu de 2011, et si les influences sont nombreuses tant d’un point de vue artistique que ludique, DXHR est avant tout un Deus Ex. Et cela est déjà  énorme en soi !

Je monterai au sommet des nuages, je m’égalerai au Très-haut

Tel le Deckard de Blade Runner, Adam Jensen, le héros de Deus Ex : Human Revolution n’est a priori qu’un rouage d’une machine bien huilée. Chef de la sécurité de Sarif Industries, une société à  la pointe des augmentations corporelles et ayant perdu sa compagne suite à  un attentat puis bio modifié suite à  ce même attentat, il commence l’aventure comme un simple exécutant. Mais comme le Adam du Jardin d’Eden, très vite, en faisant appel à  son libre arbitre, il va changer le cours de son destin. Et de choix, il va être question très régulièrement pendant les quelques 30 heures que va durer votre immersion dans un futur pas si lointain. Dès lors, il en résulte une expérience unique où le joueur est à  la fois influencé par ses préférences de gameplay mais également par des choix moraux ou, osons les grands mots, des choix politiques.

Le visible et l’invisible

Un des premiers choix qui va vous être offert est celui de l’approche armée : allez-vous préférer la discrétion et la furtivité ou, au contraire, celui de l’action débridée. Si ce dernier choix peut sembler plus simple car plus immédiat, il est en fait source de nombre de désagréments. Le premier, et pas le moindre, est la difficulté du jeu. Deus Ex : Human Revolution n’étant pas conçu comme un FPS (ni même un TPS), toute approche façon CoD est immédiatement sanctionnée d’une mort évidente. D’autre part, le système de rétribution par points d’expérience incite fortement à  l’infiltration et à  l’exploration. Ces mêmes points d’XP vous permettant de débloquer de nouvelles augmentations ou d’améliorer celles que vous possédez, mieux vaut alors souvent chercher à  contourner un problème plutôt que de l’affronter directement. Pour cela, vous allez très souvent faire appel aux pouvoirs découlant des augmentations précédemment citées.

Volonté de puissance ou puissance de la volonté

Votre corps ayant été bio-modifié, vous pouvez donc agir sur plusieurs de vos membres ou organes afin d’acquérir certains facultés. Cela peut améliorer vos capacités d’infiltration (être invisible, voir au travers des murs,..), de piratage (accès à  des terminaux de niveau élevé), de combat (résistance accrue aux tirs, meilleure visée,Â…) ou encore de conversation (meilleure appréhension du caractère de votre interlocuteur). Chaque amélioration ou acquisition de pouvoir ayant un coût, le choix se révèlera bien souvent cornélien. Et c’est là  que Deus Ex : Human Revolution fait étalage de toute son incroyable richesse. Allez-vous améliorer votre force pour déplacer le réfrigérateur qui cache un passage secret dans les conduits d’aération ? Allez-vous améliorer vos compétences de hacker pour retourner des tourelles et des robots contre vos ennemis ? Allez-vous augmenter votre temps d’invisibilité pour passer incognito au nez et à  la barbe de ces ennemis ? Tous ces choix n’appartiennent qu’à  vous tant chaque situation notable peut être appréhendée d’une multitude de façons différentes. Et, pour avoir recommencé le jeu après l’avoir fini, je peux l’affirmer avec certitude : on peut totalement traverser Deus Ex : Human Revolution de façons radicalement différentes. On ne peut qu’être admiratif devant une telle richesse de level design qui laisse place à  une liberté presque totale.

Par-delà  bien et mal


Mais, de richesse, il n’en est pas question que dans le gameplay tant DXHR sait également se montrer généreux en terme d’univers. Certes, les influences sont nombreuses, outre le Blade Runner (et donc Philip K. Dick) précédemment cité : Ghost in the shell, l’übermensch de Nietzsche, Maurice G. Dantec, les divers théories du complot, les écrits humanistes de la Renaissance ou bien évidemment le Deus Ex original, mais l’Âœuvre d’Eidos Montreal évite le piège du « à  la manière de » pour proposer son propre univers original et cohérent. A ce titre, la somme de travail effectuée est juste colossale : chaque pièce regorge d’informations, que ce soit au travers des médias (tv, journaux électroniques,Â…), des mails personnels ou professionnels ou encore de diverses discussions. Cette accumulation d’informations cruciales et de détails infimes concourt à  la fabrication d’un monde dans lequel il est parfois délicieux de se perdre. Cette richesse rend d’ailleurs parfois le scénario légèrement obscur. Mais ce manque de clarté est voulu, brouillant encore plus les pistes sur les motivations de chacun. Qui sont les bons ? Qui sont les méchants ? Y a-t-il des bons et des méchants d’ailleurs ? Qui tire les ficelles ? Y a-t-il un complot ? Toutes ces questions s’accumulent pour, au final, aboutir à  une seule question : qui est Adam Jensen ? Et c’est la réponse que vous apporterez à  cette question mêlant interrogations philosophiques et politiques qui va déterminer tout votre cheminement.

Une intelligence artificielle

Il est toutefois dommage que l’énorme ambition derrière Deus Ex : Human Revolution se heurte à  quelques soucis d’ordre technique. L’intelligence artificielle hoquette parfois de manière un peu trop visible. Les ennemis, par exemple, ne peuvent vous atteindre si vous êtes dans un conduit d’aération car ils ne peuvent s’accroupir. De même, les réactions des gardes laissent parfois apparaître de manière trop évidente des zones de détection. Voir un garde reprendre tranquillement sa ronde alors que l’on vient de supprimer plusieurs de ses comparses non loin de lui n’est pas chose rare. L’autre problème évident qui saute aux yeux tient dans le choix du moteur graphique, bien loin des ténors actuels. Les animations sont parfois assez sommaires ou dépassées, à  la manière dont Adam Jensen monte une échelle, par exemple. L’aliasing est assez présent et certains visages sont modelés de façon bien trop sommaire. Et c’est d’autant plus dommage que la direction artistique de DXHR touche parfois au sublime. Mais de tout cela, on en parle dans le paragraphe qui suit.

Cyberpunk’s not dead

On l’a dit tout au long de nos previews et reportages, le travail réalisé en matière artistique sur Deus Ex : Human Revolution est incroyable, alliant ainsi le fond et la forme dans l’excellence. Bien évidemment, c’est la période de la Renaissance qui a été la plus grande source d’inspiration et cela transparaît à  la fois dans les décors et les costumes mais également les représentations chirurgicales ou techniques. Chacune des villes que vous traverserez, depuis l’Asie jusqu’à  l’Amérique du Nord possède sa propre personnalité au travers d’une architecture unique. Le sens du détail, une fois de plus, confère au jeu une patte unique même si on se dit qu’avec un moteur à  la hauteur, on aurait pu atteindre des sommetsÂ… L’utilisation du filtre doré divisera sans doute mais ce parti pris a au moins le mérite d’éviter de tomber dans l’écueil de la représentation caricaturale d’un univers cyberpunk. Ajoutez à  cela des musiques inspirées et une VF correcte (bien qu’inférieure à  la VO malheureusement indisponible !) et vous obtenez sans nul doute une des références artistiques de l’année dans le petit monde du jeu vidéo.

La mort ne vous va pas si bien

On l’a dit : Deus Ex HR n’est pas un jeu facile et vos morts se compteront sans doute par dizaines (sans doute de l’ordre de 70 en ce qui me concerne). Mais ces échecs ne sont bien souvent que la conséquence de choix un peu trop audacieux ou de la mauvaise analyse d’une situation. Hormis un cas très particulier, celui des affrontements avec des boss. Si l’on peut comprendre la volonté d’offrir des climax dans le déroulement du jeu, ces rencontres sont davantage une source de frustration que de plaisir. La faute à  une difficulté bien trop élevée, notamment pour le troisième boss et à  un moteur pas du tout conçu pour de l’affrontement direct par manque évident de souplesse. Dès lors, on peste contre l’absence de « pattern » évident pour ces boss dans des combats qui, au final, n’apportent rien, voire manquent de cohérence par rapport au reste du jeu…

Libertas a necessitate

On ne saurait finir cette critique de Deus Ex : Human Revolution sans s’attarder quelque peu sur son aspect politico-philosophique. En effet, si les débats sur la bio éthique ne sont finalement pas si nouveaux que cela puisque leurs prémices datent du XIXème siècle, le rapport du corps de l’homme avec la machine est, quant à  lui, terriblement actuel. Tout au long du jeu vont vous être exposés différents points de vue sur la technologie des augmentations, allant du racisme primaire envers les augmentés, à  son exploitation mercantile et/ou sexuelle en passant par son utilisation bénéfique pour surmonter des handicaps. Tout cela sans aucune forme de jugement, comme le ferait le Créateur face à  sa création. Dès lors, c’est à  vous qu’incombera d’influer sur l’avenir de la Condition Humaine, une fois encore grâce à  votre libre arbitre. Rarement un jeu nous aura placé face à  de telles responsabilités et interrogations métaphysiques d’une manière aussi subtile. Rien que pour cela, Deus Ex : Human Revolution est un jeu qui marquera les esprits. Deus Ex tient enfin un digne successeur.

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