Test de Donkey Kong Country Returns

Avec New Super Mario Bros. (sur Wii ou DS, peu importe), Nintendo a une nouvelle fois démontré tout son savoir-faire, à  défaut d’innover. Science innée du level-design, minutie du détail, le géant japonais livrait ici un véritable travail d’orfèvre où chaque chose venait admirablement trouver sa place. Chez Nintendo, le jeu prime avant tout et c’est pourquoi la princesse Peach se faisait encore une fois kidnapper par l’indécrottable Bowser. Les intentions de Donkey Kong Country Returns ne semblent pas différentes. A commencer par son histoire, totalement secondaire, où la famille Kong voit à  nouveau sa réserve de bananes se faire dévaliser sous ses yeux. Petite nouveauté malgré tout, ce n’est plus le terrible King K. Rool l’auteur de ce vol mais une armée de Tikis (sculptures sur bois représentant une tête humaine) qui ont hypnotisé les animaux de l’île pour emporter leur butin. Ni une ni deux, Donkey et Diddy partent immédiatement récupérer leurs biensÂ…

C’est beau !

Comme on le disait, le scénario du jeu s’efface donc rapidement derrière le jeu. Il n’y a que ça qui intéresse Nintendo et compte tenu du résultat obtenu, on ne pourra pas une nouvelle fois difficilement leur en tenir rigueur. Donkey Kong Country Returns reprend le gameplay 2D de ses ancêtres autrefois développés par Rare. Et depuis tout ce temps, rien n’a vraiment changé, enfin presque. Le titre gagne d’abord en profondeur. Mais nulle question de se déplacer librement sur plusieurs plans à  la manière d’un LittleBigPlanet. Car, si le gorille et le jeune chimpanzé se retrouvent parfois projetés (grâce aux fameux tonneaux) dans l’arrière plan, le jeu reste campé sur une jouabilité 2D. Cela n’empêche pas Donkey Kong Country Returns de s’afficher dans une 3D admirable pour offrir ni plus, ni moins que l’un des plus beaux titres de la Wii. Attardons-nous d’ailleurs un instant sur sa beauté esthétique (la palette de couleurs sublime) à  tel point que, chose rare, le jeu n’a pas à  rougir de ses concurrents HD. Chaque monde porte évidemment sa propre patte graphique et chacun des niveaux qui le composent en exploite la thématique avec une inventivité artistique sans cesse renouvelée. Pour se convaincre de la réussite visuelle du titre, il suffit d’admirer le niveau du coucher de Soleil où décors et personnages apparaissent sous la forme d’ombres chinoises (petit détail qui fait la différence, seule la cravate rouge de Donkey affiche sa couleur). Pour conclure sur la direction artistique du jeu, les compositeurs nous offrent de brillantes réinterprétations des morceaux les plus connus de la série.

Précis comme une horloge

Mais Donkey Kong Country Returns n’a pas qu’un physique (ce qui ne gâche rien, bien au contraire), il apparaît surtout comme l’un des jeux de plateforme les plus brillants de sa génération et, lâchons-le après tout, l’un des jeux de plateforme les plus brillants tout court. C’est dit. Sa réussite tient à  plusieurs choses. Et en premier lieu, sa maniabilité. Qu’on prenne la Wiimote à  l’horizontale ou à  la verticale avec un Nunchuk, le jeu de Retro Studios reste à  chaque instant un modèle de précision absolue. Pourtant, la jouabilité diffère légèrement d’un Mario. Le poids de Donkey et la légèreté de Diddy se font ici davantage sentir, ce qui modifie légèrement les sensations de saut, leur donne une différente amplitude directement inspirée des jeux Super Nintendo (on retrouve à  l’identique la roulade de Donkey qui lui permet de « rebondir » dans le vide pour ainsi attraper un quelconque objet). Sans une jouabilité aussi précise, les niveaux de Donkey Kong Country Returns seraient un véritable calvaire tant le level-design s’articule autour de celle-ci. Fidèle à  sa réputation, Nintendo nous glorifie d’un level-design proprement prodigieux. Chaque ennemi, chaque plateforme, tout a été pensé et réfléchi autour d’une mécanique qui a su prendre en compte toutes les trajectoires réalisables. A vrai dire, il est impossible de prendre le level-design en défaut, il a toujours une longueur d’avance sur le joueur et finit souvent par le rattraper lorsqu’il s’y attend le moins. La performance inouïe du jeu tient alors dans cet équilibre où le niveau se laisse en apparence appréhender en un coup d’Âœil pour mieux nous surprendre (une plateforme instable, un obstacle qui surgit, etc.).

Rythm’n jump

A cette mécanique parfaitement huilée, Retro Studios a ajouté un dynamisme qui relève autant d’un rythme de jeu soutenu (en multipliant les phases de saut, par exemple) que d’une volonté de faire participer l’environnement, lequel vient alors influer sur la progression des deux singes. On citera notamment ce passage où des vagues énormes se dirigent vers l’écran obligeant Donkey à  se réfugier derrière des murets (parfois friables). Et puis aussi ce niveau où, telle une Némésis, une pieuvre géante poursuit le gorille en tentant de lui barrer le chemin avec ces tentacules. Enfin impossible de ne pas mentionner cette séquence époustouflante où le joueur se retrouve sur un chariot coincé sur un rail circulaire incomplet dévalant un niveau à  toute vitesse. Le plus fort dans tout cela, c’est que jamais le titre ne perd de sa précision. Les éléments ont beau se déchaîner, l’action s’intensifier, tout reste parfaitement sous contrôle et régi par une rigueur qui, au fur et à  mesure de l’avancée dans l’aventure, requiert un geste de plus en plus proche de la perfection. Avec la Wii, on a beaucoup critiqué Nintendo de ne proposer que des jeux casuals (et donc très accessibles). Pourtant avec Donkey Kong Country Returns, le constructeur livre l’un des titres les plus hardcore gamers de cette génération (encore plus difficile qu’un Super Mario Galaxy 2 ou qu’un New Super Mario Bros. Wii).

Ce n’est pas à  un vieux singe qu’on apprend à  faire des grimaces

Loin d’être gratuite, la difficulté du jeu participe aussi à  sa réussite. Lors des passages les plus délicats, l’ingéniosité (le sadisme ?) déployée par les développeurs confine véritablement au génie. Et malgré une difficulté progressive (bien qu’on sente dès les premiers niveaux que l’on part sur des bases déjà  élevées), le Super Guide fait son apparition après huit vies perdues successivement dans un niveau. Sa présence semblait inévitable pour que les plus jeunes n’abandonnent pas devant l’arduité du titre, lequel prend un malin plaisir à  espacer de plus en plus ses checkpoints (les célèbres niveaux à  chariots rendent fous). Pourtant, faire appel à  cette aide retire toute la satisfaction apportée par le succès. Beau, maniable et terriblement accrocheur, Donkey Kong Country Returns s’avère également d’une richesse incroyable. Ainsi, pas moins de huit mondes vous attendent, tous dotés de niveaux d’une longueur et d’une variété époustouflantes. Mais ce n’est pas tout puisqu’un neuvième monde pourra ensuite être débloqué. Pour cela, il faudra réunir dans chacun des niveaux les lettres formant le mot « KONG » afin de faire apparaître un niveau spécial permettant de récupérer une sphère (il faut en acquérir huit au total). Inutile de préciser que ces niveaux spéciaux, garantis sans checkpoints (comprendre qu’il faut les traverser d’une traite), repoussent un peu plus la difficulté du jeu dans une virtuosité ahurissante. A tout cela, il faudra également ajouter des pièces puzzle à  récupérer, des temps chronos à  battre (accrochez-vous pour obtenir la médaille d’or) mais aussi un mode coopération bien venu, même si on y perd parfois en lisibilité entre les deux singes. Vous l’aurez compris, Donkey Kong Country Returns s’impose comme un très, très grand jeu de plateforme.

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