Test de Epic Mickey

La tradition veut que toutes les belles histoires commencent par « Il était une fois ». Il était une fois, donc, une petite souris que rien ou presque ne prédestinait à  la célébrité. 80 ans après sa création, cette souris est sans doute le seul personnage « vivant » à  être devenu plus célèbre que Jésus Christ, pour reprendre l’expression de John Lennon. Symbole d’un empire médiatique, icône du pop art, ses oreilles sont aussi fameuses que le sourire de la Joconde. Mais cette canonisation médiatique a également engendré son côté sombre et c’est sous couvert d’un jeu de plates-formes et d’aventure que Warren Spector a choisi de nous faire découvrir l’envers du décor, au propre comme au figuré. Bienvenue dans Epic Mickey.

Fantasia chez les toons

Nul n’échappe aux conséquences de ses actes, c’est en substance ce que nous narre le début d’Epic Mickey. Insouciant et curieux, Mickey a en effet gaffé en voulant observer le monde créé par un grand magicien. Il a malencontreusement déversé un flacon de dissolvant sur ce qui pourrait passer a priori pour une simple maquette. Or, cette maquette est un vrai microcosme, celui du monde de la désolation. Et comme son nom l’indique, tout est loin d’y être rose bonbon. Toujours est-il que dans l’immédiat, Mickey n’a pas conscience des dégâts qu’il a commis et ce ne sont que des années plus tard qu’il va être rattrapé par son destin. Celui-ci se matérialise sous la forme d’un fantôme qui, tel le lapin blanc d’Alice va entraîner littéralement Mickey de l’autre côté du miroir et le plonger dans le monde de la désolation.

Une si belle désolation

Avoir fait du monde de la désolation le lieu de vos aventures dans Epic Mickey est sans doute l’idée la plus audacieuse du jeu de Warren Spector. En effet, bien loin de l’imagerie renvoyée par les Parcs Disney et les médias officiels de l’empire de l’oncle Walt (chaînes TV, magazines,Â…), rien n’est sucré / merveilleux / joyeux dans cet univers. C’est en fait tout le passé disparu de la compagnie qui y a trouvé refuge. Vous y croiserez donc des personnages oubliés ou devenus de vagues souvenirs (Horace), des « versions » de personnages connus devenus désuets (Pat électrique, P’tit Pat, Dingo Robot…). Tout ce petit monde est régenté par Oswald, le lapin chanceux. Si Mickey ne le connaît pas, Oswald est son prédécesseur dans l’Âœuvre de Disney, son premier personnage emblématique. Malheureusement pour lui, à  cause d’une sombre histoire de droits avec Universal, Oswald va voir sa popularité naissante vite se ternir, remplacé dans le cœur des enfants par une petite souris.

Trait de génie

Dans l’immédiat, Mickey va devoir remettre de l’ordre dans le chaos qu’il a engendré à  cause de sa maladresse. Il va avoir, pour cela, à  sa disposition deux liquides : la peinture et le dissolvant. Chacun d’entre eux a son utilité et sa symbolique. La peinture représente la création et aura pour fonction de faire réapparaître des éléments du décor disparus ou de ranger à  vos côtés certains ennemis. De son côté, le dissolvant, symbole de la destruction et de l’oubli, vous permettra d’effacer des parties du décor et de supprimer vos adversaires. La plupart des quêtes (principales ou optionnelles) qui vous seront proposées dans Epic Mickey repose sur l’utilisation de ces deux liquides mais vous serez également parfois amené à  des phases de course ou de plate-forme pure. L’ensemble s’avère riche et passionnant, si ce n’est quelques missions consistant d’aller d’un point A à  un point B où il faudra chercher un objet au point C pour obtenir un autre objet en B et débloquer la situation en A. Heureusement, cela est très rare tout au long de la grosse douzaine d’heures qu’il vous faudra pour venir à  bout du jeu et de découvrir une de ses fins.

Dans ses mécaniques, Epic Mickey est souvent très proche d’un Mario, on pense notamment au Super Mario Sunshine du GameCube, le rapprochement se faisant dans la mission de nettoyer / donner vie aux décors. On retrouve également l’attaque tournoyante du plombier de Super Mario Galaxy ou ses plates-formes tournoyantes. Les alternances entre 2D et 3D concourent également à  rapprocher les deux univers puisque Epic Mickey propose de magnifiques courtes séquences en 2D qui font office de transition entre deux niveaux. Chacune d’entre elles prend place dans un vieux cartoon de Mickey. On retrouve donc le premier d’entre eux : Steamboat Willie (premier dessin animé parlant également) mais aussi d’autres bien moins connus comme Alpine Climbers. Si le rapprochement est tout à  fait légitime dans le domaine des mécaniques, il faut bien avouer que le jeu de Junction Point souffre de la comparaison dans le domaine de la gestion de la caméra. Si celle-ci est loin d’être handicapante la plupart du temps grâce à une gestion manuelle permettant de bien la recadrer, son manque de suivi de l’action est un véritable souci lorsqu’il faut affronter un boss ou des adversaires en nombre. Il faut alors souvent fuir à  l’aveuglette et prendre de la distance avant de pouvoir enfin recadrer correctement l’action. De plus, certains choix s’avèrent discutables car pas vraiment instinctifs ni correctement expliqués comme celui de devoir appuyer deux fois sur C pour recentrer la caméra ou sur 1 pour passer en vue à  la première personne. De même, vous devrez un peu tatonner avant de savoir correctement déposer une télé dans le décor, faute d’explication précise. Cela pourra d’ailleurs rebuter les plus jeunes à  qui le jeu n’est finalement pas expressément destiné.


Who’s the leader of the club that’s made for you and me

Si l’on excepte ce problème ponctuel de caméra, Epic Mickey est davantage source d’émerveillement que d’énervement. Le travail artistique abattu est considérable et aboutit sans doute à  un des plus beaux jeux de la Wii et sans aucun conteste à  celui qui a la plus belle bande-son. Chaque niveau, jusqu’au plus infime élément du décor est une déclaration d’amour à  l’Âœuvre de Disney et à  tout ce qu’elle a pu engendrer. Vous trouverez même dans un dépotoir de vieilles cartouches NES de jeux Mickey, des reliquats de produits dérivés ou des couvertures de magazines. L’incroyable tour de force de la direction artistique est d’avoir réussi à  rendre cohérent un monde fait de bric et de broc, celui des oubliés du star system des cartoons avec, au premier rang d’entre eux, Oswald. Sans rien vous dévoiler de l’histoire, sachez que la relation Oswald – Mickey et son évolution est également une des bonnes surprises du jeu. Au delà  de la beauté même de l’ensemble, c’est aussi ce subtil mélange de découverte et de madeleine de Proust ramenant à  l’enfance qui incite naturellement le joueur à  la progression.

M-I-C-K-E-Y M-O-U-S-E

Bien loin de l’esprit d’un jeu à  licence, Epic Mickey est finalement un des jeux les plus subtilement audacieux à  avoir vu le jour cette année. Renonçant sans cesse à  la facilité tout en confrontant une icone à  un monde de anti-héros, il aurait pu ouvrir une nouvelle ère chez Disney si les dernières nouvelles n’étaient guère rassurantes avec le départ de Graham Hopper. Disney Interactive tient avec Junction Point l’équivalent de ce que sa maison mère a pu connaître avec les studios Pixar. Pour un même destin ? C’est tout ce que l’on souhaite…

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