Test de Flashback HD

Tester le remake d’un jeu qui a bercé sa prime jeunesse est toujours délicat, les souvenirs du titre passé semblant souvent meilleurs que les sensations procurées par la nouvelle version, syndrome du vieux con oblige. Alors au moment d’aborder Flashback HD, on est tenaillé par la peur d’être déçu, d’autant plus qu’un culte s’est développé autour du Flashback original. Et pourtant, malgré toutes ses qualités, le jeu d’action-aventure vu de côté de 1993 n’était pas exempt de défauts, et le principal bourreau était la maniabilité.

Les joies du remake

Conrad B. Hart, héros amnésique plongé en pleine conspiration intergalactique, n’était pas aidé dans sa quête de vérité dans la version originale, la faute à des contrôles rigides et lents (les standards de l’époque) qui ne facilitaient pas les choses. C’est sur ce point-là que Flashback HD se montre le plus intéressant. Paul Cuisset et son équipe de VectorCell ont en effet totalement revu le système de contrôle, le mettant ainsi au goût du jour. Finies les heures perdues à se mettre précisément en dessous du bord d’une plateforme pour espérer pouvoir grimper dessus (à l’instar du premier Prince of Persia), Conrad est désormais plus souple dans ses exigences et grimpe/saute bien plus aisément. Pareil pour les roulades qui disposent dorénavant de leur propre bouton, permettant de les faire plus facilement.

Le constat est le même pour les phases de shoot : auparavant, Conrad ne pouvait tirer que tout droit, il peut désormais envoyer des pruneaux à 360° autour de lui grâce aux nouveaux contrôles plutôt réussis (stick droit pour viser, RT pour tirer). Les munitions du pistolet étant toujours illimitées, autant dire qu’il y a de quoi jouer les cowboys du 22ème siècle. Les développeurs ont également ajouté un tir chargé pour frapper plus fort ou détruire certaines portions du décor. A signaler aussi qu’il sera aussi possible de se la jouer infiltration en éliminant les ennemis par derrière, ou en les tirant dans le vide en étant suspendu à une plateforme.

Flashback ne se résume pas à sauter ou tirer, et Conrad peut également compter sur divers accessoires pour se faciliter la tâche ou pour résoudre les quelques énigmes relativement simples. On peut ainsi compter sur les objets de lancer (grenades, pierres pour détourner l’attention des ennemis, fruits explosifs), le téléporteur,  le champ de force (bouclier à déclencher manuellement qui dure quelques dixièmes de seconde), mais aussi des nouveautés comme les lunettes moléculaires pour scanner l’environnement et ainsi détecter les éléments importants.

Une autre grosse évolution de ce remake se trouve dans l’interface. Totalement épuré dans l’original, elle hérite ici de nombreux éléments qui ne rendent que plus agréable la progression : barre de vie, mini-carte, itinéraire à suivre, affichage des objectifs, icône pour signaler quand on peut monter sur une plateforme, laser de visée, trajectoire de lancer… Vector Cell a eu la bonne idée de rendre l’affichage de ces éléments facultatifs, les vieux de la vieille pourront donc s’en passer pour s’offrir une douceur à la saveur hardcore.

La frustration de la nostalgie

On pourrait aussi s’attarder sur le nouveau système d’évolution (avec gain d’expérience et capacités à améliorer), le level design légèrement revu et étoffé, l’ajout de checkpoint régulier pour sauvegarder la progression (plutôt que des bornes de sauvegardes dans l’original) ou la moitié des doublages qui est assuré par le doubleur de Jeff Goldblum, mais on préfère s’arrêter sur la narration. Car si les améliorations précitées sont salvatrices et nous font oublier la rigidité de l’original, le remaniement du scénario est un peu décevant. La trame reste sensiblement la même (l’ajout d’une pseudo histoire d’amour n’était pas obligatoire…), mais alors que VectorCell promettait un approfondissement et une meilleure exposition des faits permise par les technologies actuelles, le résultat final n’est pas très convaincant, notamment les flashbacks racontés sous forme de dessins en noir et blanc pas vraiment esthétiques et qui manquent de clarté.

C’est sensiblement le même reproche que l’on fait aux nouveaux graphismes en 3D. Non pas que ce soit moche, c’est même plutôt joli, mais ça manque de charme, le pire étant la tête de PNJ de Conrad. D’ailleurs, quand sa barbe est rasé, il ressemble à Ryu Hazuki de Shenmue. On n’a rien contre ce dernier, mais son design date de plus de dix ans… Mais rassurez-vous, il n’y a rien de rédhibitoire dans les graphismes, c’est juste que le charme graphique de la version originale est difficilement oubliable malgré ses 20 ans.

Au final, ce Flashback est un bon titre tout à fait agréable à traverser, mais les diverses améliorations dans son gameplay ont une incidence directe sur sa durée de vie : à peine 5 heures en mode normal. Heureusement, il y a quelques arguments qui justifient d’y rejouer : le mode difficile, la possibilité de garder son expérience et ses capacités dans une nouvelle partie après avoir terminé le jeu, la centaine d’yeux Morphs à dégoter dans les niveaux, les défis de la réalité virtuelle, et surtout la présence du jeu original pour ceux qui voudrait se faire mal à l’ancienne. Tout cela pour 800 points (10€), ce qui reste raisonnable vu que le jeu a été complètement remanié. Mais personnellement, je reste tout de même tiraillé entre « c’est moins gratifiant que l’original » et « heureusement que c’est plus maniable ». Oui, le vieux con ne sait pas ce qu’il veut.