Test de Forza Motorsport 5

Des nouvelles consoles, je n’en ai acheté aucune. Trop chères et dépourvues d’un catalogue digne de ce nom, la raison me dicte de garder mes brouzoufs et d’attendre des lendemains plus radieux. Mais la raison est une chose et la passion en est une autre. Et s’il y a bien une série qui me passionne depuis bon nombre d’années, c’est Forza. Ayant depuis longtemps mis un violent coup de volant à Gran Turismo, le titre de Turn 10 est actuellement LA référence sur consoles. Bon sur PC, des titres comme Project CARS ou rFactor 2 (pour ne citer qu’eux) font passer les volets de la série Forza pour de gentils jeux d’arcade, mais comme on n’est pas raciste à JVN, nous n’en parlerons pas ici. Une fois ce petit tacle placé, il faut bien reconnaître avec un minimum d’objectivité que Forza 5 démonte quand même pas mal ma bonne dame. Beau, techniquement abouti (mais pas dénué de quelques défauts) et faisant ressentir des sensations de conduite plus que satisfaisantes et ce, même avec un pad en mains, il faudrait vraiment être une sale vouivre des jeux vidéo pour ne pas reconnaître ses indéniables qualités. Oui, il faudrait être une sale vouivre… Et ça tombe bien, car j’en suis une.

Tiens, ma télé n’est plus floue !

Le moment de régler mes comptes n’est pas encore venu aussi me permettrez-vous de commencer ce test en douceur avec quelques mots au goût de miel. Forza est pour un jeu récent supporté par une console récente, une vraie réussite. Beau, fin et je n’entrerai pas dans le débat pur ou faux 1080p, le jeu du studio américain fait véritablement honneur à la machine qui l’anime. Tout est « criant » de vérité à l’écran (quoiqu’un peu trop coloré), et il suffit de s’immerger dans la vue intérieure renommée tableau de bord par mon tonton Jacky, pour tout de suite être dans l’ambiance. Que ce soit le volant, les sorties d’air ou les compte tours, tout est parfaitement modélisé. Et vu de l’extérieur, ce n’est pas mal non plus. Chaque écrou de chaque bolide semble être au bon endroit et les circuits sont suffisamment détaillés pour être crédibles. Mention particulière au tracé Tchèque de toute beauté. Attention car tout n’est pas non plus parfait et quelques relents d’aliasing et de « fourmillement » sur certaines courbes perdurent, mais à moins que l’on ne cherche la petite bête là où elle n’est pas, ces quelques petits défauts sont vraiment une goutte d’eau dans la mare d’excellence graphique et technique du titre. Car oui, en plus d’être fin est beau, Forza 5 est techniquement plutôt réussi. L’animation ne souffre d’aucun ralentissement et ce malgré le nombre (assez bas il faut le reconnaître) de véhicules à l’écran et les différents effets crachés par les puces graphiques de la machine. D’une manière plus générale, que ce soit en solo ou multijoueur, le jeu tient la route. Bon il y a bien certains lags dès que l’on joue en ligne, mais nous doutons que cela vienne de la One mais plutôt d’un serveur ou d’une connexion défaillante. Seul petit bémol dans cet idyllique tableau technique, les temps de chargement. Pour faire simple et malgré une installation sur le disque dur de la console de quelques grassouillets Go de données, le jeu se paye le luxe d’être vraiment trop long entre les différentes phases de jeu. On nous promettait du plaisir immédiat et sans temps morts sur cette nouvelle génération mais la réalité est toute autre. Nous pouvons même vous dire que vous allez pester contre les temps de chargements de votre sauvegarde, d’un circuit ou toute autre phase de jeu. Attention, nous n’allons pas vous faire croire que tout cela se compte en heures, mais il faut bien reconnaître que c’est extrêmement long et qu’on était en droit de s’attendre à beaucoup mieux au vu des annonces faites par Microsoft avant le lancement de la machine.

DriveBâtards… Ah, au temps pour moi, c’est Drivatar

Avant tout chose, Forza ce sont des sensations. Excellentes avec un volant, elles restent jouissives avec le pad de la One qui fait toujours office de référence sur le marché (quoique les gâchettes semblent offrir moins d’amplitude que celles de la 360). Grosse nouveauté : les gâchettes vibrent dorénavant. Résultat, quand on part en burn et que les pneus patinent ou que l’on loupe son freinage en dérapant comme un sagouin, tout vibre dans la main. La manette, les gâchettes, c’est un peu comme si le jeu s’invitait entre vos doigts boudinés pour vous faire ressentir une partie de ce qu’un pilote doit vivre concrètement ou en tout cas, on aime à le croire ! Au final, en résulte un pilotage tout en finesse où l’on maîtrise (mais pas toujours) les dérives de sa voiture. Reste à mon sens que certaines réactions de certains véhicules sont étonnantes comme cette pauvre traction qui me laisse sur place au démarrage alors que j’ai une 4 roues motrices, ou encore cette voiture qui, en ligne droite, me rattrape en me mettant 50 km/h dans la vue avant de régler sa vitesse sur la mienne une fois qu’elle m’a dépassé. Des comportements très rares mais qui arrivent de temps à autre. Par contre au niveau des pneus, préparez-vous à glisser. Vos comprendrez en jouant… Bon, vous aurez compris que côté simu, Forza 5 assure. Turn 10 nous avait même mis l’eau à la bouche avec son système Drivatar. Exit ainsi l’IA classique qui contrôlait les véhicules dans les précédents Forza, et bienvenue à une IA next gen qui reproduit la conduite des joueurs pour proposer des adversaires (presque) non-humains dignes de ce nom. Un truc bien excitant sur le papier mais qui n’est pas vraiment mémorable dans les faits. Pour faire simple, au bout de – houlà, je ne sais pas – plus de 25 heures de jeu, j’ai juste envie que l’on me redonne l’IA de Forza 4. Après tout, c’est une histoire de goût et si vous êtes branché stock-car, frotti-frotta avec les portières des autres ou coups de boutoir dans les pare-chocs arrière, vous allez aimer les Drivatars. Par contre, si vous êtes pour une conduite fine à la « gentleman driver », vous pouvez rester bien au chaud dans votre garage. Jamais je n’ai vu autant d’abrutis sur la route (mis à part sur le périphérique), et chaque virage sera l’occasion pour vous de ressentir la peur d’une bouteille de vodka quand Rodolphe aura posé les yeux dessus (NDRC : ce racisme anti polonais !). Et le niveau de difficulté (paramétrable) de ces pilotes virtuels change à peine leur comportement. Pour faire simple, ils seront soit très lents ou très rapides (voir irrattrapables) en course, mais se comporteront toujours comme des sagouins sur la piste. Un vrai gâchis à mon sens, mais un gâchis qui peut, et ils l’ont d’ailleurs promis, être grandement atténué au fil des mises à jour de Turn 10. D’un autre côté, il faut bien reconnaître qu’il n’y a rien de bien étonnant à cette conduite agressive de la part de ces clones de pilotes. Ainsi, en allant me mesurer à d’autres concurrents en ligne, concurrents bien « réels », j’ai subi les mêmes outrages à chaque virage trop finement négocié, comme si l’ordre du jour n’était pas course de véhicules, mais course de stock-car. Et pour y avoir joué tout une après-midi, les occasions ont été rares de tomber sur des pilotes respectueux et ne prenant pas votre voiture pour un crash test dummy (NDRC : c’était juste mes compatriotes évidemment saouls). D’autant plus que tous les serveurs ayant accueilli les courses ne semblaient pas paramétrés avec les dégâts, d’où cette propension naturelle des autres pilotes à vouloir quoi qu’il arrive, défoncer le véhicule placé devant lui dès le premier freinage venu. Le manque de pénalités en course n’étant à première vue pas de mise, sauf la possibilité dans le salon d’accueil de voter pour l’exclusion d’un chauffard (j’ai testé en voulant exclure un boucher et personne n’a réagi), les possibilités pour une conduite propre semblent assez hypothétiques. J’espère qu’un paramétrage allant dans le sens du beau jeu peut être réglé sur les serveurs, mais je le répète, en une après-midi de jeu multijoueur, je n’ai jamais vu un dégât ni une pénalité pour un tueur de la route. Et j’ai pourtant fait l’effort de me fader 15 serveurs/parties différents…

Les crédits, la crise de nerfs de la guerre

Avant de commencer à descendre le jeu en flammes, penchons-nous sur le cœur de Forza 5. Niveau solo ou multi, la formule ne change pas. Vous enchaînerez différents championnats réunissant des voitures classées par catégorie (performance, puissance, etc.) et devrez batailler lors de courses sur circuit pour figurer en bonne place et ainsi glaner des crédits et de l’expérience. L’expérience fera grimper le niveau de votre personnage (ce qui vous donnera des crédits supplémentaires), et les crédits vous permettront d’acheter de nouveaux véhicules ou de les modifier à loisir. La grosse différence avec le Forza précédent viendra principalement dans les crédits qui redeviendront le nerf de la guerre. Avec Forza 4, les véhicules bonus étaient donnés régulièrement, et il fallait vraiment avoir envie d’un modèle particulier pour sortir votre porte-monnaie virtuel. Dans Forza 5, qui semble singer la réalité, c’est la crise ! Plus (ou presque pas) de voitures bonus, et des crédits qui tomberont régulièrement soit, mais en toute petite quantité (sans parler de l’impossibilité de renvendre ses voitures). Sur le papier, rien de choquant. Chaque peine mérite salaire et mettre ainsi de côté la générosité de Forza 4 ne me révolte pas plus que cela. On doit maintenant regarder à deux fois la voiture que l’on va acheter et les pièces que l’on voudra modifier. Seul problème, le prix de certains véhicules. Une Formule 1 coûtera 2 000 000 de crédits, et une voiture d’endurance plus d’un million par exemple. Alors autant acheter une Golf ou une Audi TT se fera sans forcer, autant acquérir une voiture d’endurance risque d’être une toute autre paire de manches. Pour faire simple, il m’a fallu enchaîner tout un week-end de jeu et plusieurs dizaines d’heures derrière un volant pour pouvoir m’acheter cette terriblement sexy Audi de chasse ayant gagné les dernières 24 heures du Mans. Maintenant, vous pouvez aussi payer vos véhicules avec des jetons. Si vous n’avez pas vu mon avant dernier Manu Militari, laissez-moi vous expliquer de quoi nous parlons. Les jetons sont la super monnaie virtuelle du jeu. Grâce à eux, vous pourrez vous payer n’importe quelle voiture, un boost d’expérience ou que sais-je encore. Ces fameux jetons, vous pourrez bien évidemment vous les payer contre de l’argent réel. Et le principal problème pour moi, est de savoir comment Turn 10 peut légitimer le fait d’inclure ce genre de micro-transactions dans un jeu premium vendu 70 euros. Autant cette dérive peut être acceptable dans un jeu gratuit type Free To Play, autant cela est totalement inadmissible dans un jeu vendu plein pot. Mais s’il n’y avait que les jetons encore. Ainsi, au grès des menus, vous tomberez tantôt sur un pack VIP payant, sur des voitures en DLC quand ce n’est pas carrément un bouton de la manette qui est réservé pour activer un boost d’expérience achetable bien évidemment, avec des jetons. Ah, les micro-transactions, ces furoncles ayant gangrené les générations de consoles précédentes, et qui semblent avoir leurs ambitions revues à la hausse sur les nouvelles venues… Mais ne pleurez pas, le pire est à venir.

Forza Prologue ou Forza 1/2 ?

Voilà, nous allons entrer de plain-pied dans ce qui me fait hurler de rage avec ce Forza 5. Mais avant de nous immerger plus en détails dans ce grand foutage de bouche signé Turn 10, laissez-moi vous donner quelques simples chiffres :
-Forza 5, c’est 200 véhicules et 14 circuits.
-Forza 4, c’était plus de 500 véhicules et 26 circuits.
Vous aussi ça vous pique ? Non parce que moi, ça gratte encore. Vous me direz « Dans l’absolu, 200 voitures, pourquoi pas ? ». Oui, surtout si vous êtes tolérant et ne regardez pas dans le rétro pour voir qu’on vous a enlevé plus de la moitié des véhicules de la version précédente. Non, là où le bât blesse, c’est plus au niveau des circuits. Très franchement, après un week-end entier de jeu, recommencer les mêmes championnats sur les mêmes 14 tracés, et encore dans la réalité on court plus souvent sur 11 à 12 d’entre eux, devient très, mais alors très vite pénible et ce n’est pas le plaisir que l’on ressent au volant qui pourra masquer la lassitude qu’on éprouve plus généralement. Le plus drôle dans tout cela est que cette hémorragie de contenu est légitimée par la technique. Pour faire simple, Dan Greenawalt le directeur de la création chez Turn 10, nous explique que les modèles de voitures et circuits étaient tous pourris sur 360, et qu’il fallait repartir de zéro en modélisant de nouveau ce qui pouvait l’être. En un mot, ce dernier préfère la qualité à la quantité (quelqu’un lui dit que les deux sont possibles ?). De toutes les excuses en mousse que j’ai pu entendre au cours de ma vie, celle-là est plutôt pas mal. Par contre, le fait que très rapidement des véhicules en DLC payant soient disponibles « ingame » ne lui a pas posé de problème au niveau du temps pour être modélisé… Je rappelle qu’un programme mensuel de véhicules payants est d’ailleurs prévu par l’éditeur. Non, je ne sais pas, mais en réfléchissant rapidement et puisque l’on parle chiffres, le fan de Forza 5 a donc déboursé mine de rien :
-Une Xbox One – 499 euros
-Forza 5 – 70 euros
-Un abonnement Gold (si ce dernier arrivait à sa fin) – 35 euros
Et pour ce prix ? Un jeu qui n’est que la moitié de Forza 4 et qui est truffé de DLC et autres micro-transactions. C’est ça l’avenir des jeux vidéo ? Sans moi et ce jeu sera certainement MA déception de l’année. Et pour finir, à cette question : « Mais dans l’absolu et intrinsèquement, Forza 5 est-il meilleur que Gran Turismo 6 ? » Je vous répondrais : « Et bien, je ne sais pas mes chattons, le Père Noël a dû manger notre version de test ou Sony a perdu notre adresse car nous n’avons pas reçu leur jeu ». Allez, promis, on fera le comparatif avec GT7. Enfin, si on le reçoit…

Test réalisé à partir d’une version non commerciale fournie par l’éditeur.

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