Test de Grid 2

Grid avait à l’époque mélangé deux types de gameplay particuliers et sur le papier, totalement antinomique. Mêlant au cours de son développement la simulation d’un Toca et l’arcade d’un Need for Speed, Codemaster avait accouché d’un titre étonnant réussissant à rallier sous un même drapeau, les fans hardcore d’une conduite toujours plus réaliste avec les kéké tuners ne concevant la course automobile qu’en écoutant des musiques idiotes et en faisant fumer leurs pneus. Un exercice de style pas simple au départ, mais qui rencontra malgré tout un certain succès auprès d’un large frange de joueurs adepte de la jante de 21 pouces.  Avec ce Grid 2, Codemasters ne peut plus jouer sur l’effet de surprise et va, comme vous allez le voir, pousser son concept d’arcade-réaliste au-delà de la zone rouge, et ce dans tous les domaines…

Allez Michel,  tu commences à exciter les fans !

Soyons un minimum synthétique en vous expliquant ce qu’est Grid 2. Séparé en deux jeux distincts, l’un solo, l’autre multijoueur, le monde de Grid 2 vous proposera de participer à de nombreuses courses variées et enchaînant les disciplines pour faire de vous, le meilleur pilote de tous les temps! Si cette phrase vous a mis les poils au garde à vous, continuons en commençant par parler du solo. Très dans l’air du temps, ce dernier s’articulera autour d’un seul axe, votre notoriété sur les réseaux sociaux. Nouvelle plaie du monde moderne où chaque abruti se grattant les fesses sur le net devient une star,  ce seront vos fans qui vous permettront de progresser au cours du jeu.

Vous débuterez votre carrière en montrant ce que vous savez faire, volant entre les mains, à Patrick Callahan riche mécène voulant créer son championnat de sport mécanique, le World Series Racing. Après, et comme c’est étonnant, avoir séduit le milliardaire avec votre sacré coup de volant, vous commencerez à enchaîner les courses lors d’une première saison (il y en a 5 au total). Vous défierez dans un premier temps tous les kékés de clubs de courses américaines pour les pousser à participer à la première manche des WSR. Chaque course remportée fera grimper votre nombre de fans, débloquant ainsi d’autres courses et tout un tas d’épreuves bonus réparties dans la catégorie promotion pour faire grimper votre notoriété, et défis automobiles pour récupérer des voitures supplémentaires qui viendront garnir votre garage. La saison terminée, vous irez défier les pilotes sur leurs plates-bandes en Asie puis en Europe, avant de réunir les meilleurs d’entre eux dans deux derniers championnats plus que relevés !

Attention Michel, tu vas casser ta voiture…ou pas !

La grande force de Grid 2 est sans conteste, celle des épreuves à multiples visages qui vous demanderont d’être bon dans toutes les disciplines pour devenir le numéro 1. Au nombre de neuf, ces courses vous feront alterner épreuves de drift, duels, courses classiques, à élimination ou encore à check points le long de tracés qui pourront, tantôt être fixes ou en constante modification (les LiveRoute). Il faudra ainsi vous adapter à l’épreuve en cours avec la bonne voiture et le bon style. C’est ce savant jonglage entre toutes ces épreuves qui rend le jeu plaisant et relance l’intérêt d’un titre qui aurait pu sombrer dans la monotonie de courses classiques et sans réelles différences.

Mais qui dit courses, dit avant tout sensation de pilotage. Et là encore, Grid 2 sert d’exemple en réussissant une fois de plus à amalgamer arcade et, à défaut de simulation, réalisme. Vous vous retrouverez ainsi avec un gameplay hybride où les voitures très vives et simples à contrôler, n’en resteront pas moins fidèles aux lois de physique avec tout ce que cela induit comme transfert de masse et dérapage plus ou moins contrôlé. C’est un peu comme jouer à Forza ou Gran Turismo sans le côté pointu et chiant pour certains de ces titres, mais avec le fun d’un Need for Speed en plus. Un tour de force parfaitement maîtrisé une fois encore par ce nouveau Grid et réunissant autour de la manette ou du volant, des joueurs à la sensibilité différentes. Toujours dans cette notion de jeu à multiples visages, Grid permet par ses nombreux niveaux de réglages, de rendre le jeu bien plus difficile ou au contraire, plus simple à maîtriser. Que vous soyez novice et vouliez une expérience sans prise de tête, ou plutôt pro avec des adversaires retors et une voiture dont les dégâts auront une réelle incidence sur le comportement de votre véhicule, chacun trouvera chaussure de sport  à son pied.

Mais Grid 2, c’est aussi un IA de premier plan avec des adversaires vachards et qui n’hésiteront pas à jouer du pare-choc pour se frayer un chemin dans le peloton. Encore une fois, une très bonne surprise et à mille lieues des concurrents idiots d’un Gran Turismo placés sur des rails et sans une once de fantaisie. Là, vous pourrez voir des adversaires se rentrer dedans, se sortir de la piste ou vous prendre pour un punching-ball à quatre roues ! Je n’ai pas pu le vérifier de manière scientifique, mais j’ai bien l’impression que plus vous vous comportez comme un chauffard avec un concurrent, plus ce dernier n’hésitera pas à vous percuter dès que l’occasion lui en sera donnée. Au final, tout cela donnera des courses extrêmement dynamiques et, suivant le niveau de difficulté choisi, extrêmement difficiles à remporter. Heureusement pour vous, un nombre limité de flash-back vous permettront de revenir quelques secondes avant un accident pour négocier un virage vous ayant été fatal. Une jolie option pour les lâches qui je dois bien l’avouer, m’a été utile une ou deux fois…J’ai honte.

Allez Michel, encore un effort et tu seras premier !

Oui je le confesse, mon pilote à la chance de s’appeler Michel. Et je peux vous dire qu’en course, votre responsable d’écurie aussi inefficace qu’inintéressant vous le rappellera souvent. Autant vous préparer à des Michel, double le premier pour prendre sa place ou encore, Michel, rentre moins vite dans ce virage pour ne pas taper le mur ! Des idioties dispensables mais qui donnent un côté vivant aux courses tout à fait plaisant. D’ailleurs, parlons un peu des courses et plus exactement, des circuits. Réussis sur le premier Grid, ils ne sont ici pour la plupart, pas vraiment palpitants. Circuits en ville peu inspirés et se ressemblant fortement Paris/Barcelone, Dubaï/Miami, on peut heureusement retrouver certains tracés plus connus comme Indianapolis ou Brands Hatch, ou encore certaines courses sur route ouverte fabuleuses comme les courses de côte de Okutuma ou Hong Kong.

Un mélange hétéroclite qui aurait demandé à être plus vaste et de meilleure qualité, pour éviter le syndrome de redite inhérent au relatif petit nombre de tracés. Côté longueur de jeu, avec plus de 80 courses réparties sur des circuits aux multiples embranchements, il y a de quoi faire et de quoi s’amuser. Surtout que lors des courses, et notoriété faisant, vous pourrez cumuler des sponsors qui vous demanderont de réaliser certains objectifs pour gonfler un peu plus votre nombre de fans. Malgré tout, le solo ce termine assez rapidement, comptez dans les dix/onze heures, voire moins suivant votre niveau de pilotage. Pour autant, et bonne nouvelle, vous pourrez continuer l’expérience à deux sur le même écran en splitté, et c’est assez rare pour le souligner de nos jours, ou encore confectionner des courses sur mesure pour continuer à faire déraper vos bolides.

D’ailleurs, côté garage, c’est assez fourni. A mille lieues d’un Gran Turismo et son nombre de voitures hallucinant (mais pas toujours palpitantes), Grid 2 propose dans quatre catégories, pas moins de 52 véhicules se débloquant au fur et à mesure de vos exploits. Et ici, pas de Logan Diesel DCi 80 chevaux, mais le top (en tout cas une partie) de ce que ce la planète propose. Certaines marques sont bien évidemment absentes du jeu, licence oblige, mais il y a de quoi faire, croyez moi. Maintenant que je vous ai parlé du solo, penchons-nous sur le canard boiteux du jeu, le multijoueur…

Michel, t’as pas senti comme un truc à l’arrière ?

Gros ratage, à mon sens de Grid 2, le mode mutijoueur s’annonçait pourtant sur le papier très bon. Première différence par rapport au solo, le multi vous permet de gagner de l’argent et de modifier votre véhicule. Vous pourrez ainsi le rendre plus rapide, plus précis ou bien, le booster à fond pour le faire grimper de catégorie et ainsi, aller affronter des « quatre roues » normalement supérieurs. Mais l’argent sert aussi à acheter de nouvelles voitures, voitures déblocables (et donc achetables) en passant des niveaux. En effet, à la différence du solo qui rapportait des fans, le multi lui, rapporte de l’expérience qui débloquera tout un tas de choses. Nouvelles voitures, nouvelles décorations ou nouvelles jantes devront ainsi être débloquées au fil du temps pour pouvoir ensuite être achetées. Un petit côté collectionnite sympathique qui permet de se faire plaisir. Seul hic, les courses en elles-mêmes. Pour faire simple, toutes les épreuves du solo seront présentes en multi, à cette différence près qu’elles vous opposeront à de vrais joueurs. Et c’est bien connu, dès que le facteur humain rentre quelque part, ça devient vite le bordel et Grid 2 en fait l’amère expérience. Pour être le plus synthétique possible, 99% de vos adversaires sont de véritables chauffards ! Préparez-vous ainsi à hurler comme un veau devant votre écran, car vous allez tomber de déception en déconvenue.

Jamais un jeu de course n’aura semblé si proche des auto-tamponneuses. Sur la piste, on se croirait devant une épreuve de destruction derby ou la seule règle est de détruire le mec qui vous fait face ! Il est ainsi très rare de trouver de vrais « pilotes » adeptes du fair play (récompensé à la fin de la course par quelques dollars), et c’est plutôt le contraire que l’on expérimente au fil des épreuves. Jamais, et je le dis haut et fort, je n’ai vu autant d’abrutis au mètre carré dans un jeu vidéo. Vous pouvez être sûr que chaque virage sera synonyme d’accident, et que la course que vous faites en parfait gentleman, se terminera irrémédiablement avec un gros scud de métal dans votre pare-choc arrière dès que vous chercherez à négocier une courbe de manière propre ! C’est affligeant, d’autant plus qu’aucune pénalité ne viendra sanctionner vos percutants adversaires. Alors oui, le génocidaire mécanique pourra détruire sa voiture ou bien partir en tête à queue, mais une simple pression sur la touche flash-back le remettra dans la course (quasiment) comme si de rien n’était. Comment Codemasters a-t-il pu louper cette portion de son jeu ? Il aurait pourtant été simple, à l’exemple des virages que l’on coupe de manière illégale, de sanctionner le brutus mécanique d’une pénalité d’accélération pendant quelques secondes. On pourrait aussi imaginer enlever un flash-back au chauffard vous percutant, abîmer sa voiture définitivement, voire carrément le disqualifier ou lui enlever des points d’expérience ! Je ne suis pas contre le fait de louper un freinage ou de tasser un adversaire dans un virage, mais de là à transformer chaque voiture en munition balistique, non car vous pourrissez toute notion de plaisir de jeu.

Michel, je te vois plus sur les radars !

Autre souci, un netcode pas toujours stable. On enchaîne ainsi les courses de manière tout à fait fluide avant, on ne sait pourquoi, voir le jeu se mettre à laguer, rendant toute notion de conduite impossible. Et puis voir des voitures devant soit disparaître ou changer de place comme par enchantement, ça perturbe. Autre point noir, le matchmaking. Pour faire simple, cette option doit normalement réunir des joueurs de même niveau pour rendre les courses à peu près équitables. Et bien là aussi c’est loupé.

Je me suis retrouvé ainsi, jeune débutant avec ma voiture de base, à devoir affronter un adversaire de niveau 30 équipé d’un bolide préparé jusqu’à la moelle. Autant dire que quelle que soit votre manière de piloter, vous avez vraiment peu de chance de remporter une course. C’est d’autant plus dommage car des défis en ligne ont été ajoutés pour comparer votre adresse au volant avec des adversaires, et qu’une option rivaux, qui pédale dans la choucroute à l’heure actuelle, devait vous trouver des concurrents particuliers pour une compétition hebdomadaire. C’est incroyable de penser qu’avec de petits ajustements, un pan en partie loupé de Grid 2 aurait pu être fréquentable. Alors oui, il est possible après une course d’exclure certains joueurs (une pastille de couleur placée devant chaque concurrent indique son style de pilotage). Oui, potentiellement, vous pouvez tomber sur des pilotes adeptes de la trajectoire ciselée et s’excusant en cas de gros accrochage. Mais c’est tellement rare, voire jamais vu, qu’il faudra vous rabattre sur la course réservée à vos amis pour espérer jouer correctement.

Bon Michel, je l’achète ou pas ce jeu ?   

Difficile de noter un jeu comme Grid 2. Relativement beau (surtout sur PC) avec son moteur EGO flambant neuf, son plaisir procuré en solo mais une certaine déconvenue en multijoueur, on sent que le jeu de Codemasters est un très bon matériau brut ne demandant que quelques ajustements pour être vraiment excellent. Alors à la question, doit-on enlever des points à un jeu pour la piètre qualité des joueurs l’arpentant ? Non, définitivement! Par contre, on doit le faire quand les développeurs n’ont rien prévu pour punir les brebis galeuses qui pourrissent les parties ! Malgré tout, Grid 2 reste un jeu de course de qualité qui, sans son multijoueur frustrant, procure de vrais bons moments de conduite.

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