Test de Killzone : Shadow Fall

Les bouddhistes croient en la réincarnation et j’avoue que le concept me plaît particulièrement. Non que j’éprouve un désir pervers de me retrouver dans la peau d’un pachyderme comme mon karma me le laisse penser, mais c’est plutôt dans la fourrure d’une petite souris que j’aimerais migrer. Quoi de mieux que ce petit rongeur pour s’introduire dans tout un tas d’endroits saugrenus comme, pourquoi pas, les studios de jeux vidéo. Car mine de rien, découvrir de l’intérieur le studio Guerrilla Games lors de la conception de leur tout nouveau Killzone : Shadow Fall, aurait été instructif à plus d’un point. En effet, la société basée à Amsterdam a dû avoir une sacrée pression lors du développement de leur jeu qui, dès le départ, devait servir autant de produit de distraction que de démo technique démontrant la surpuissance de la PS4. Et force est de constater (poncif à la con numéro 2 chez les journalistes) que le titre des mangeurs de gouda (NDRC : Mettre un « force est de constater » + un « mangeurs de gouda » dans une même phrase révoque automatiquement la carte de presse pour 10 ans) s’en sort plutôt bien côté technique pour une première production sur un tout nouveau support, et laisse augurer de lendemains radieux pour la PS4.

Emmurés pour leur bien…

Le solo de Killzone : Shadow Fall prend lieu et place sur la planète mère des forces armées de l’ISA, plusieurs dizaines d’années après les événements de Killzone 3. Après avoir mis une sacrée rouste aux Helghasts (en rendant leur astre inhabitable au passage), les gentils militaires de l’ISA se disent qu’ils y sont allés un peu fort, et se retrouvent tout d’un coup pris du remords du juste. Ne voulant pas achever un ennemi à terre, et surtout sans maison, l’ISA propose de couper une partie de leur planète en deux pour recevoir les ennemis apatrides d’hier. Pour séparer les deux factions, un mur géant est créé, mais bien évidemment cette frontière de béton n’aide pas vraiment à cicatriser les plaies du passé. En résulte, comme sur notre bonne vieille Terre, deux camps qui n’ont d’yeux que pour cette frontière pas très naturelle, et qui n’utilisent leur énergie que pour se surveiller mutuellement au lieu de se forger un avenir commun. Comme quoi, nos différents conflits terriens seront toujours une source d’idées inépuisable pour légitimer les guerres du futur. Bien évidemment, tout cela débouchera sur des tensions de plus en plus vives, véritable terreau à des actes terroristes de plus en plus prononcés.

Et c’est dans cet univers futuriste mais terriblement contemporain dans son propos, que vous débuterez votre aventure. Dans la peau de Lucas, recrue émérite de l’ISA, vous allez parcourir la planète Vecta pour repousser les ennemis semant le trouble de votre côté du mur, avant de partir chez « ceux d’en face » pour voir que la vie n’y est pas vraiment rose. Encore une fois avec Killzone, l’histoire très manichéenne visible à la surface du jeu, va très rapidement prendre du plomb dans l’aile au fil de vos pérégrinations. Maintenant, vous en dire plus tuerait toute notion de surprises. Sachez simplement que les choses ne sont pas toujours aussi simples en apparence, et que certains pans du passé vont donner un tout autre éclairage au conflit qui gronde. Au final, le solo vous entraînera dans une aventure durant une petite dizaine d’heures et se dégustant d’un seul tenant. Aucun moment n’est ici de trop, en tout cas au niveau de la narration ou de la cohérence du monde proposé, et le jeu se termine avec un véritable plaisir manette en main. Seul bémol, l’IA est toujours un peu idiote, mais compense sa déficience intellectuelle par une violence au combat rendant la progression à couvert plus qu’essentielle. Ah et j’allais oublier : les passages en chute libre sont vraiment loupés et n’apportent rien au titre.

Oui, on est bien sur PC PS4 !

Bon, cet histoire de solo, ça va bien deux minutes, mais je vois bien que vous brûlez de me poser la question « Alors gros, cette next gen, elle déchire ou pas, bordel ? ». Oui. Car en plus de déchirer votre PEL, votre codevi et le livret A de tata Janine pour l’acquisition de la console, Killzone nous montre à minima pour le moment, ce que la PS4 a dans le ventre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la copie rendue par Guerrilla Games est plutôt propre sur elle (mais pas exempte de bugs). Les joueurs console vont enfin pouvoir découvrir ce que leurs homologues sur PC connaissent depuis pas mal de temps : des texture nettes même de près, presque pas d’aliasing, des effets visuels et des particules à gogo, et quasiment aucun ralentissement. Alors, autant dans un espace confiné et propre sur lui comme un complexe spatial futuriste, le jeu est beau mais pas vraiment plus impressionnant qu’un Killzone 3 dans l’absolu et qui faisait déjà fort visuellement de ce côté-là, autant quand on se retrouve en extérieur, c’est un peu la claque dans le museau! Profondeur de champ, effets lumineux de premier ordre et détails en tous genres nous font sentir que l’on a vraiment changé de matos. Très concrètement, le titre des néerlandais fait partie des plus beaux FPS actuels, et la direction artistique ne souffre que de peu de reproches.

Certains moments sont même assez marquants, comme votre arrivée dans la mégalopole de l’ISA, où d’un seul regard vous pouvez embrasser tout le gigantisme d’une ville aux limites incertaines. Alors oui, tout cela est pré-calculé et le jeu ne vous permet pas de vous balader partout, mais c’est quand même méchamment impressionnant. Pour les niveaux proprement dits, ils alternent couloirs ou arènes plus ou moins grands, et c’est bien là le seul reproche que l’on peut faire au jeu. Alors que l’on s’attend à des niveaux gigantesques, next gen oblige, les vieilles habitudes « couloiresques » ont encore la vie dure, et c’est ce relatif manque de liberté qui pourra en agacer certains. Pour autant, ouvrir beaucoup plus les niveaux se ferait peut-être au détriment de la narration et des scripts. Pourtant, et cela m’arrache la bouche de dire cela, Halo nous montre depuis très longtemps la voie à suivre. Comme quoi, niveaux relativement ouverts et scripts ne sont pas incompatibles. Malgré tout, ce manque de « liberté » n’est pas non plus rédhibitoire. Pour preuve, plusieurs stages vous donnent la possibilité d’atteindre un endroit donné de nombreuses manières, tout en remplissant ou pas des objectifs secondaires que vous découvrirez en explorant les zones. Vous pourrez aussi et assez souvent, vous la jouer au choix furtif ou bourrin suivant l’humeur du moment, et surtout apprendrez à contrôler avec le pavé tactile de la manette, le drone qui vous accompagnera. Là encore, vos actions guideront son utilisation. Tantôt arme de support volante, tyrolienne, ou véritable hacker servile, le drone sera plus qu’un simple gimmick dans le jeu. Une jolie réussite. A noter que les différents objets cachés allant d’une page de BD à un enregistreur audio apportent un véritable plus à l’histoire et aux tensions opposant les deux factions. Et pour une fois que ces à-côtés ont un sens, il serait dommage de ne pas fureter dans les coins pour en apprendre un peu plus sur le monde qui vous entoure.

Multijoueur. Les fondamentaux.

Le solo de Killzone est comme ses aïeux, plutôt dans la bonne moyenne, et nous propose d’aller affronter autre chose que des terroristes barbes vus maintes et maintes fois, et ça fait du bien. Côté multi, le titre du studio hollandais mise avant tout sur l’efficacité plus que sur l’originalité. Capture de balise en lieu et place d’un drapeau, match à mort par équipe ou contrôle de zones ne sont pas vraiment novateurs. Il faut plus se pencher du côté du mode zone de guerre pour trouver un peu de nouveautés, ou plus exactement de mixité. Dans ce mode, vous alternerez tour à tour plusieurs types de jeu (capture de balise, match à mort par équipe, sabotage d’objectifs) et rendant les parties assez dynamiques et loin d’un seul but identique. Le gameplay est, quant à lui, toujours un peu lourd dans le déplacement des personnages (la marque de fabrique Killzone) et les combats aussi violents que tactiques pour peu que vos partenaires comprennent ce que jouer en équipe veut dire.

Les armes sont toujours aussi bien calibrées, et le feeling répond présent. Pour faire simple, disons que Killzone se place dans son gameplay pur, entre un Call of Duty et un Battlefield. Pas vraiment speed, mais pas trop lent non plus, le titre propose une voie différente assez plaisante à l’usage. Côté classes, trois types de combattants répondront présents à l’appel : un troufion de base, un sniper et une grosse brutasse. Chacun aura bien évidemment ses propres pouvoirs, ses armes, et ses accessoires se débloquant en remplissant certains paramètres lors d’une partie (tuer 10 ennemis avec cette arme, etc.). Les cartes, au nombre de dix, permettent à 24 joueurs (c’est peu…) de s’ébrouer dans la joie et la chevrotine. Notez que vous pourrez aussi affronter des bots contrôlés par l’ordinateur pour vous faire la main sur les cartes, et ainsi ne pas risquer de pourrir vos stats une fois face à des joueurs humains bien plus retors. Les cartes dans l’ensemble sont bien construites et permettent différentes approches d’une ligne de front où la tactique d’une team prendra toujours l’ascendant sur le skill seul d’un UbErGamEr. Tout cela est en un mot, voire en plusieurs, bien classique, mais répond à un cahier des charges que tout joueur veut avoir dans son jeu. Disons simplement que ce Killzone fait le boulot avec efficacité, à défaut de révolutionner les codes du genre. Au final, le titre de Guerrilla Games est un bon jeu, montrant malgré sa jeunesse, ce que la PS4 a dans les mollets. Maintenant, et vu le nombre hallucinant de FPS noyant les current et next gen, difficile de s’émerveiller pour ce titre dont la plastique flatteuse, peine à cacher un classicisme ne réinventant pas la roue aussi bien dans son solo (plutôt pas mauvais) que par son multi (générique au possible).