Test de Malicious

Finalement apparu par surprise sur le PlayStation Store européen pour un prix à  peine plus élevé que son équivalent en yens (7,99 euros), Malicious allait enfin pouvoir nous révéler sa vraie nature, et peut-être même justifier cette aura qui l’entoure. Sous sa belle robe colorée, Malicious, nom du mal absolu qui revient hanter l’humanité à  intervalles réguliers, cache un concept qui va droit au but et qui ne fait que très peu de cadeaux. Totalement orienté hardcore, Malicious laisse au joueur la possibilité de choisir l’ordre dans lequel il veut accomplir les cinq stages du jeu. De là , on est forcément tenté de faire une comparaison avec le concept de Mega Man : on tue un boss, récupère sa compétence et on passe au niveau suivant. Sauf qu’en fait, même si leur ordre n’est pas imposé, les stages augmentent quand même en difficulté pendant la progression. Affronter la Mad Queen, par exemple, en tant que premier stage ou en tant que cinquième stage ne correspond donc pas du tout au même challenge. En mode Easy, l’ordre des niveaux ne semble pas déterminant, mais il peut en être tout autrement en Normal, où suivre l’ordre que l’on pourrait qualifier de canonique (de droite à  gauche, sens de lecture japonais) peut se conclure en cauchemar tant se coltiner la hargneuse souveraine en dernier représente un calvaire. Mais le boss-forteresse du Battlefield of Yore et sa résistance désespérante est également un adversaire coriace, quel que soit le moment où vous déciderez de l’affronter. Bref, en cas d’impasse, il convient de tenter différentes formules jusqu’à  trouver le cheminement qui convient. Une fois les cinq stages terminés, l’accès au dernier niveau s’ouvre. Une longue épreuve de patience contre le géant Malicious, à  base de plateformes à  activer, et de coeurs à  détruire pour accéder au point faible du mal en personne.

Sensations pures

Au début de sa mission, l’esprit silencieux que le joueur incarne (en choisissant une apparence de garçon ou de fille, un changement purement esthétique) peut effectuer un triple saut, une petite esquive, parer des coups faibles et attaquer de manière assez sommaire avec seulement deux armes. La première est un flot de projectiles peu puissants mais qui permettent d’amasser de l’Aura en restant à  distance, la seconde est un poing géant qui permet de frapper assez fort mais sans offrir de combos intéressants au départ (il faudra pour cela vaincre le titan du Triumphal Square). Le changement d’arme se fait de manière aisée puisqu’il suffit de presser la croix de direction. Le projectile est assigné en haut et le poing en bas, viendront ensuite se greffer la lance à  droite et l’épée de la Mad Queen, puissante mais très lente, à  gauche. Chaque arme possède deux attaques basiques, faible et rapide avec carré, plus puissante et lente avec triangle. L’attaque triangle de la lance est assez particulière puisqu’elle permet d’orienter la direction et de partir en trombe sur une distance folle, comme une fusée.

On touche là  au sentiment aérien qui domine dans Malicious à  mesure que l’on bat les boss et débloque les compétences. Pouvoir exécuter jusqu’à  6 sauts, marcher sur les murs, ou traverser toute l’arène en fonçant avec sa lance ne semble rien à  côté de la faculté de voler, capacité acquise en battant le chevalier de la forteresse flottante. De manière très simple, le joueur peut voler sur toute la zone avec un effet de vitesse délectable. Pas vraiment utile en phase offensive, le vol est surtout un plaisir ou un moyen de fuir rapidement une situation compliquée. Car si tous les stages de Malicious sont des arènes closes bordées de murs invisibles, leur taille est suffisamment respectable pour que l’on ne se sente pas à  l’étroit. Et le repli stratégique, bien que très temporaire, est donc possible.

Aura, ô désespoir

Malicious aurait pu être un simple beat-them-all basé sur des combats de boss avec un personnage polyvalent et plaisant à  jouer, mais il repose sur des mécaniques spécifiques qu’il faut absolument maitriser. Présenté simplement : dès le moment où vous entrez dans le stage, le boss est accessible, et l’unique but est de le terrasser. Or, ce boss n’est jamais seul, mais bien entouré par une multitude de sbires qui réapparraissent à  volonté. Mais contrairement à  ce qu’on peut croire, ce n’est pas forcément pour gêner le joueur. Ce menu fretin est en fait indispensable puisqu’il sert à  accumuler de l’Aura, un élément qui va servir à  trois choses. La première, c’est se soigner. En maintenant L1 et rond, le joueur dépense de l’Aura pour rétablir son énergie perdue. Celle-ci n’est pas indiquée clairement mais l’apparence du personnage, dont les membres s’évaporent peu à  peu, permet de deviner son état. Dans l’idéal, il convient de se soigner dès la première perte d’un membre (pour un coût de 400 Auras en Normal, deux fois moins en Easy). C’est toujours un meilleur calcul qu’attendre d’être au seuil de la mort et de devoir raquer 1800 Auras. Car l’Aura, c’est aussi ce qui sert à  entrer dans un état plus puissant, condition nécessaire voire indispensable pour entamer correctement ces gros sacs de HP que sont les boss. Concrètement, il existe 3 paliers de transformation : plus on choisit un palier élevé, plus les attaques gagnent en puissance, mais plus le compteur d’Aura se vide rapidement. Un choix pas toujours évident à  faire.

Débarquer devant un boss avec un compteur de 9999 Auras n’est pas une utopie. Pour cela il faut absolument comprendre l’élément clé de Malicious : le système de chaines. Une constatation : les ennemis ont la (bonne) habitude de débarquer par troupeau. Ne soyez pas intimidés : plus ils sont nombreux et collés les uns aux autres, mieux c’est ! Car en maintenant L1 tout en attaquant, on sacrifie un peu d’Aura pour réaliser une chaine. Concrètement, un ennemi tué en maintenant L1 entrainera dans sa disparition tout autre ennemi collé à  lui. Cette technique permet d’amasser de l’Aura bien plus rapidement, mais il ne faut pas l’utiliser n’importe quand puisqu’elle en consomme également. Maintenir L1 pour ne tuer qu’un seul ennemi n’a rien d’intéressant puisque l’Aura gagnée sera inférieure à  l’Aura dépensée. Cette mécanique est très intéressante puisqu’il faut observer le placement des ennemis et l’employer quand un groupe est assez compact pour réaliser une chaine gagnante.

L’action intelligente

On pourrait presque qualifier Malicious de jeu d’action stratégique tant foncer dans le tas sans gérer son stock d’Aura, mais aussi la façon dont le dépenser, ne mènera le joueur nulle part. Ce judicieux mélange de maitrise pure et de gestion fait de Malicious un jeu sacrément bien calibré et gratifiant pour celui qui s’accroche et finit par parvenir à  ses fins. Pour ne pas voir un joueur perdurer dans une situation d’échec, les stages sont tous limités à  30 minutes. Le fait de pouvoir fuir un boss pour aller amasser de l’Aura dans un autre coin de l’arène est donc une échappatoire qui a ses limites. Intense de la première à  la dernière minute, Malicious est clairement interdit aux joueurs nonchalants. Il fait partie de ces jeux qui vous feront râler, grogner et passer pour une bête sauvage auprès de vos voisins tant on se crispe sur le pauvre Dual Shock qui n’a pas fait grand-chose pour mériter ça.

Dompter Malicious est un plaisir. Virevolter, esquiver dans les airs, parer au bon moment, s’échapper en battant des ailes, atteindre des hauteurs vertigineuses, s’acharner sur le menu fretin pour se recharger en Aura et bien gérer sa dépense en face à  face contre un boss. Tout ça ne se fera pas en quelques minutes. Sans dire que Malicious demande des semaines d’apprentissage, la courbe de progression du jeu est plutôt intéressante, ne serait-ce que pour parvenir à  maitriser l’éternel vilain petit canard des jeux en 3D : la caméra. Appuyer deux fois sur R1 permet de cibler le boss directement, mais choisir un angle de vue manuellement quand l’écran est envahi de troupes au sol et dans les airs peut s’avérer irritant. Décrocher de sa cible en cliquant sur R3 est aussi une possibilité à  ne pas oublier. Dans l’ensemble, Malicious demande de la mémoire pour retenir toutes les commandes…

Scénario en option

Le problème c’est que Malicious, et ce n’est pas vraiment une surprise étant donné son prix, n’est pas un titre auquel on jouera très longtemps. Dans son concept, le jeu n’a rien à  se reprocher. C’est plutôt ce qu’il ne propose pas, qui pose problème. Une fois le jeu terminé en Normal, un Free Mode se débloque pour rejouer n’importe quel stage avec toutes les armes et capacités. On peut donc affronter la Mad Queen avec sa propre épée, chose impossible dans le déroulement du mode Story, par exemple. Mais à  part comparer ses scores avec les autres joueurs en ligne, il manque quelque chose qui nous fera revenir dans Malicious. On aurait aimé par exemple que l’évolution ne se limite pas à  quelques armes et compétences supplémentaires, avec pourquoi pas un système de XP permettant de renforcer la puissance et la résistance de son personnage. Ce qui aurait permis de refaire le jeu plusieurs fois en augmentant le mode de difficulté. On pourrait également reprocher à  Malicious son système de crédits à  l’ancienne, c’est-à -dire limité. Le challenge intrinsèque du jeu semblait suffisant pour ne pas avoir à  composer avec un nombre de vies réduites. Il n’y a pas de Game Over pour autant puisqu’une fois les continus épuisés, on peut quand même retenter sa chance à  volonté, mais sans aucune vie en réserve. Et affronter le dernier boss du jeu sans filet a des chances de se transformer en impasse.

Si le joueur le souhaite, il peut découvrir le background de Malicious dans une rubrique dédiée à  partir du menu principal. Un long texte (en anglais) raconte alors une tragédie complexe dans laquelle la reine Ashlelei, épouse d’un roi tyrannique et lâche, perd ses deux enfants et pactise avec une force mystérieuse pour obtenir un pouvoir divin capable de repousser les ténèbres. Cette histoire superbement racontée nous permet en fait de comprendre l’identité qui se cache derrière chaque boss du jeu, eux qui furent autrefois des chevaliers dévoués à  leur reine. Une reine trop abimée par les tragédies qui refusera de rendre le pouvoir accordé temporairement par les prophètes, signifiant pour elle et ses gardiens la perte de toute humanité. Les prophètes font alors appel à  l’esprit que le joueur incarne pour éliminer les renégats, puis repousser le Malicious. Ceux qui ont aimé lire les récits de Kaim dans Lost Odyssey, ou ceux de Nier, apprécieront ce nouveau conte japonais intégré en annexe. De toute évidence, Alvion avait une belle histoire à  raconter, et on n’est pas spécialement surpris de voir que l’éditeur a publié en 2011 une application pour iPad nommée Malicious : Another Story. Un roman visuel qui tient sur 277 pages.