Test de OkamiDen sur Nintendo DS

Okami est à la fois un jeu sublime et une malédiction pour ses créateurs. Il fut le projet le plus fou du studio Clover, et aussi celui qui le mena à sa perte à cause de son coup de production trop élevé et du manque d’intérêt des joueurs. Il était pourtant, à sa sortie sur PS2, l’un des plus beaux action-rpg de sa génération. L’idée principale du soft, ce qui en faisait son originalité, était de contrôler une déesse, Amaterasu, réincarnée en louve pour sauver les hommes des démons. Le tout se passait dans un japon féodal où les contes et légendes prennent vie, dans une esthétique en cell shading retravaillée pour donner l’impression au joueur de voyager à l’intérieur d’une véritable estampe japonaise animée.

Tout un programme.

Pour combler le tout, Amaterasu avait le pouvoir de peindre avec son pinceau céleste. Chaque dessin donnait à l’écran des effets divers. Un trait pour couper les ennemis ou les rochers, un rond pour faire refleurir un arbre, et ainsi de suite. En vérité ce jeu arrive trop tôt à l’époque, car ni la DS ni la Wii ne sont sortis, alors que ce gameplay au pinceau pouvait parfaitement coller au stylet ou à la Wiimote, pour encore plus d’immersion. Malheureusement le créateur de de cette aventure extraordinaire, en quittant Capcom, a aussi perdu ses droits d’auteurs sur le jeu. Pendant ce temps Capcom pavane en s’offrant un portage d’Okami sur Wii, tronqué de ses crédits de fin et maladroitement adapté par un petit studio nommé « Ready at dawn ». Puis Capcom décide de faire plaisir aux nombreux fans du loup blanc et créé une suite directe au jeu, utilisant la DS pour son écran tactile et son stylet. Voilà ce qu’est Okamiden, la suite d’une aventure qui n’appartient plus à ses auteurs, mais qui pourrait quand même nous surprendre.

La barrière de la langue

Avant de commencer le test du jeu à proprement parler, il faut apporter une petite précision qui a son importance : Okamiden n’a pas été traduit en français ! Encore une fois les joueurs européens sont considérés comme la cinquième roue du char, et nous devrons nous contenter de la traduction anglaise du jeu. Ce qui pose en définitif deux problèmes :

– déjà  pour l’immersion, tout le monde ne lit pas l’anglais couramment, et il sera assez difficile même avec un niveau moyen de comprendre les petites blagues ou jeu de mots dont le soft est rempli ;

– second problème, et celui-ci est spécifique à l’univers d’Okami, les noms ne sont pas tout à fait les mêmes que dans le premier opus. En fait les noms des personnages étaient traduits correctement dans la version française du premier Okami, mais dans sa version américaine/anglaise, la plupart avait bizarrement été simplifiés (Capcom prendrait-il les américains pour des tanches ?). Du coup cela donnait des choses comme Ushiwaka traduit par  » Waka », Kushinaga en  » Kushi », et ainsi de suite.

Résultat, le joueur français devra faire l’effort de traduire le texte dans sa tête, sachant que les cinématiques passent le texte automatiquement. Il devra donc avoir un bon niveau d’anglais, et en plus s’adapter à la version anglaise des noms de certains personnages rencontrés dans Okami. Une sacrée gymnastique de l’esprit imposée aux fans du premier épisode.

Retour dans le Nippon féodal

Les évènements d’Okamiden se situent neuf mois à peine après ceux de Okami. Il fut un temps où le Nippon faillit disparaître. Un démon puissant du nom de Yami avait étendu son emprise ténébreuse sur tout le pays, et jusqu’aux cieux, menaçant d’engloutir le Soleil. Mais grâce aux actions héroïques de la déesse Amaterasu et du petit Issun, le monde fut sauvé. Cette histoire est en fait tirée de légendes japonaises, remise un peu à la sauce manga pour plaire à un public de gamer. Le combat d’Amaterasu, déesse du Soleil, contre Yami, représentant le royaume des morts et l’obscurité (une éclipse solaire ?) prend fin avec la disparition de la déesse, qui s’enfuit sur la plaine céleste.

Après le départ d’Amaterasu, la vie suit donc sont cours et l’on retrouve notre petit Issun, bien décidé à assumer son rôle d’élu, même après sa disparition. Il parcourt le monde en offrant ses dessins de la déesse à tout le monde, pour que les gens se souviennent pour toujours de ses exploits, et finit pas tomber sur une réplique miniature d’Amaterasu. Ce petit loup blanc se nomme Chibiterasu (Chibi voulant dire petit en japonais), et sera le héros du jeu.

C’est ainsi que l’on retrouve le village de Kamiki, ainsi que ses habitants emblématiques rencontrés dans Okami. Le plus surprenant, c’est de voir que le héros du village, Susanoo vit en couple avec la belle Kushinada et qu’ils ont maintenant un fils de 9-10 ans. Vu que l’action se passe neuf mois à peine après la fin du premier, vous vous doutez bien que ce petit garçon a été adopté. Il s’appelle Kuni, et deviendra votre premier véritable partenaire dans le jeu, le premier à monter sur votre dos vous aidez dans votre quête si vous préférez. Plus tard, au fil de l’aventure, il s’en ira en laissant place à d’autres compagnons, qui apporteront tous leur aide à Chibiterasu dans sa quête contre les nouveaux démons qui hante le Nippon.

Okami no Zelda

Même si Okamiden tourne sur une console bien moins puissante qu’une PS2, et que cela se ressent fortement dans les graphismes du jeu, on peut dire que les développeurs de chez Capcom s’en sortent avec les honneurs. Plutôt que d’essayer l’impossible, ces derniers ont simplement adapté le gameplay original aux contraintes de ce nouveau support. Lorsque le joueur rencontre un démon, il entre en mode combat, mais ne peut équiper qu’une seule arme à la fois (au choix une épée, un miroir ou un rosaire servant de fouet) au lieu de deux comme avant, et le compagnon qui monte sur son dos lancera des attaques de lui-même si vous arrivez à lancer un combo de coups en entier.

C’est dans les phases d’explorations que le jeu révèle tout son potentiel, et se transforme en Zelda à la sauce old-school. Il n’est pas rare en effet de voir la caméra passer en vue de dessus, ou en 2D, comme dans Zelda Link’s Awakening par exemple. De plus, il y a certains ennemis qui peuvent être tué sans entrer dans une arène de combat, d’un seul coup avec l’arme de Chibiterasu, ou de pinceau céleste. A tout moment dans le jeu, vous pouvez appuyer sur R ou L, ce qui aura pour effet de faire venir l’image de l’écran du haut sur l’écran du bas, vous pourrez alors dessiner pour créer toutes sortes d’évènements. La plupart des mouvements possibles sont repris directement du jeu original, hormis celui de tracer un chemin pour votre compagnon. En faisant cela il pourra traverser des passage que vous ne pouviez atteindre vous-même, et vous aidera à ouvrir des coffres inaccessibles, ou à appuyer sur des interrupteurs.

L’utilisation du pinceau céleste est bien pensée dans l’ensemble, et sacrément bien intégré, surtout si vous jouez sur DSi XL, puisque l’écran géant vous donne bien plus de facilité.

Deux écrans valent mieux que 128 bits ?

Mais il faut tout de même ajouter un petit bémol à ce tableau idyllique. Nous sommes d’accord, Okamiden est un très joli jeu pour de la DS. Il est surement l’un des plus impressionnants même. Mais cela ne fait tout de même pas oublier qu’il aurait pu être meilleur sur une console plus puissante. A vrai dire le concept d’Okami était double : proposer à la fois un jeu original et intelligent grâce aux énigmes et au pinceau céleste, tout en offrant un système de combat riche en variations, dans la lignée des Viewtiful Joe et autre Devil May Cry. Le jeu avait en plus le mérite d’être extrêmement long et de proposer des décors immenses et variés pour l’époque. En d’autres termes, c’était un jeu d’envergure, qui aura marqué tous ceux qui s’y seront essayé.

Qu’en est-il de Okamiden ? Premièrement, vous vous en doutez, le jeu propose à peine la moitié des décors du premier opus, et ces derniers sont découpés en plusieurs morceaux séparés par des temps de chargement. Deuxièmement le système de combat est simplifié à l’extrême, offrant au joueur une expérience bien au-dessous de ce qu’il a pu voir dans Okami. Toutes ces restrictions mènent à des à-peu près, et donne l’effet d’un jeu purement commercial, sans aucune âme.

En parlant d’âme, il faut aussi parler de l’aspect artistique. A la base Okami offrait une expérience enrichissante, car les développeurs avaient choisi de nous propulsé dans un monde le plus ouvert qui soit, remplis de quêtes annexes, ou finalement l’histoire principale n’avait presque pas d’importance. Le soft donnait l’impression d’être une succession de quête secondaires qui, combinées entres elles, donnaient naissance à une véritable trame scénaristique. Le joueur n’était presque jamais pris par la main, et il pouvait se permettre d’évoluer librement dans le monde, à tel point qu’on ne savait plus vraiment si on était en train de poursuivre notre chemin, ou si on s’en écarter pour aller faire quelque chose d’inutile à notre quête. Cette philosophie était la base même d’Okami, et ne se retrouve pas dans Okamiden.

A la place nous avons droit à une succession de cinématiques, de villes, de donjons, dans lesquels les héros du jeu avancent sans se poser de question jusqu’au boss. Je n’aime vraiment pas faire dans la nostalgie, car c’est souvent un tort de croire que « c’était mieux avant », mais il faut admettre que pour le coup, Okamiden est décevant de banalité par rapport à l’original.

Trop mignon

Si on essaye de voir en Okamiden le digne successeur d’Okami, on ne peut qu’être déçu, mais cela n’en fait pas un mauvais jeu pour autant. Malgré toute la mauvaise foi qu’on pourrait y mettre, il faut bien avouer que les personnages rencontrés dans cette suite sont vraiment tous attachants. On trouve dans l’équipe de héros des gamins d’à peine 10 ans, dont une petite sirène, une danseuse de théâtre, un petit guerrier en herbe et d’autres encore. Les scénaristes jouent beaucoup sur l’aspect « moe » du soft. Si vous avez un faible pour tout ce qui est petit et mignon, vous aimerez surement.

L’histoire nous amène aussi à revoir des têtes connus, rencontrés auparavant dans Okami, et certaines rencontres sur la fin sont plus que surprenantes. Le problème qui se pose, c’est que le scénario ne vole jamais très haut, et flirt avec les incohérences par rapport à Okami. En définitive, il vaut mieux faire abstraction de ce dernier pour bien savourer Okamiden. Une fois cela fait, on se retrouve face à un jeu d’aventure épique, parfois drôle, parfois émouvant, et dont la fin donne envie d’en voir une suite.