Test de Okamiden

Evoquons d’abord le cas d’Okami. Une Œuvre à  la poésie unique qui n’a pourtant jamais réellement rencontré son public à  travers le monde. Si on ne trouve aucune raison sensée pour expliquer l’échec du titre au Japon, en Europe, on ne peut pas dire que Capcom ait mis le titre sur de bons rails. Sur PlayStation 2, le titre est sorti en février 2007 (presque un an après la sortie japonaise), soit un mois avant le lancement d’une PlayStation 3 qui monopolisait tous les regards. En adaptant le titre sur Wii, Capcom semblait pourtant avoir retenu les leçons pour tenter de donner une seconde vie à  un titre qui, indéniablement, le méritait. Pour une raison là  aussi difficilement compréhensible, la louve blanche de Clover ne rencontrait pas son public. Et bien que le futur de la série tienne en grande partie au succès d’Okamiden en Occident, celui-ci débarque sur Nintendo DS quelques jours seulement avant l’arrivée de la Nintendo 3DS sur le marché. Comme pour enfoncer le clou, ceux qui ne lisent pas l’anglais se retrouvent en outre écartés puisque Capcom n’a pas daigné offrir une traduction française de son jeu. Dans ces conditions, la sortie d’Okamiden apparaît pratiquement vouée à  l’échec en France…

Okami dans la poche ?

Passé ce coup de gueule, que nous réserve cette suite d’Okami ? En fait, Okamiden serait plutôt un remake condensé. Une version plus réduite, et de fait peut-être mieux rythmée, mais dont on ne retrouve pas le souffle panthéiste, l’exaltation picturale et la puissance poétique de l’original. Cela tient en grande partie à  la forme. Okamiden a beau être l’un des plus beaux jeux de la console portable de Nintendo, il n’arrive pas à  retrouver la folle beauté du jeu de Clover (la DS n’en offre pas les moyens, il faut dire). Certes, l’effet de surprise du parti-pris esthétique n’est plus et pèse dans la balance mais, tout de même, le cel-shading ne parvient pas à  reproduire ce fabuleux mélange entre bande dessiné interactive et tableau animé.

Et en même temps, tout est encore là , mais en mode mineur. Des bulles tremblotantes au-dessus de la tête des personnages, des borborygmes plus évocateurs que des phrases énoncées à  haute et intelligible voix, aux fleurs qui éclosent derrière chaque course du jeune loup-blanc. La différence se joue alors sur de petits détails. On se souvient par exemple qu’Amaterasu faisait apparaître de l’herbe fraîche en trottinant et de belles fleurs en galopant. Mais est-il vraiment nécessaire de comparer Okamiden à  son grand frère pour l’appréhender ? De toute évidence, on peut apprécier ce nouvel épisode sans connaître l’original mais on ne peut pas non plus décemment ignorer d’où il provient. D’autant plus qu’il en reprend le même monde et qu’il en fait constamment référence.

De l’attachement au détachement des personnages

Exit la déesse Amaterasu, Okamiden nous place dans la peau de Chibiterasu, descendant de la louve blanche. Quelques mois ont passé depuis les évènements d’Okami et ce dernier va devoir à  son tour éliminer le démon à  huit têtes, Yamata-no-Orochi. Si le sautillant Issun répond présent dans les premières minutes de l’aventure, il cède très vite sa place au jeune Kuninushi, le fils de Susanao, guerrier charismatique du premier volet. A califourchon sur le dos de Chibiterasu, il l’aide en frappant les ennemis de son épée en bois. Comme dans Okami, la relation entre les deux personnages montre un véritable soin qui rend le duo très attachant. Au fil de l’aventure, Chibiterasu est d’ailleurs amené à  rencontrer d’autres personnages dont la séparation s’avère à  chaque fois réellement poignante.

Le gameplay, au diapason, se met au service du couple et repose en grande partie sur la coopération, renforçant ainsi les liens entre les deux protagonistes. Comme son aîné, Okamiden emprunte beaucoup à  Zelda, sans jamais tomber dans la banale copie. On pense notamment à  ce pouvoir permettant de tracer le chemin guidant ainsi son partenaire humain, tel Link conduisant une grosse armure habitée de l’âme de la princesse Zelda. Par la suite, chaque personnage apportera ses particularités (maîtrise de l’eau, vision accrue), rendant la traversée des donjons moins redondante. On ne nage pas non plus dans une grande originalité mais l’ensemble se révèle efficace, à  l’image des affrontements contre des boss plutôt coriaces.

Pas assez stylet ?

Plus encore que la Wii, la Nintendo DS semblait parfaitement se destiner à  Okamiden du fait de son écran tactile associé au stylet de la console. Une manière d’associer le joueur au geste à  imprimer au Pinceau céleste. Ce dernier s’utilise de la même manière et permet toujours de découper l’ennemi, fleurir un arbre atrophié ou encore de faire lever le soleil (de manière générale, il s’agit là  aussi de redonner des couleurs au monde). Hélas, dans la pratique, le stylet pose problème. Non pas qu’il ne réponde pas au doigt et à  l’Âœil mais, en s’appuyant sur une maniabilité mettant à  profit les boutons de façade de la machine et le stylet, on finit presque par s’emmêler les pinceaux. Sans être pour autant éprouvant, ranger et sortir constamment le stylet de la console manque clairement d’ergonomie. Le titre aurait sans aucun doute gagné à  être entièrement jouable au stylet.

Moins riche, moins ouvert, moins grand, le monde d’Okamiden s’offre comme une version minimaliste de celui (identique) d’Okami. Même si le scénario joue sur la répétition de la légende (Zelda, encore) et se montre donc cohérent, on aurait aimé qu’il s’écarte un peu plus de l’original. Le titre aurait ainsi peut-être moins souffert de la comparaison. Surtout, on ressent parfois trop les intentions de Capcom de s’attirer un plus large public avec son héros craquant, trop facilement identifiable, en regard du plus complexe Amaterasu. Mais à  l’image de son nouveau héros, Okamiden pourrait se définir comme un titre mignon, là  où Okami était beau, élégant, majestueux. Qu’on ne s’y trompe pas, cette suite mérite de figurer dans votre ludothèque et l’aventure (longue d’une vingtaine d’heures) se suit sans temps mort à  travers un récit captivant, (très) drôle, et touchant. Il lui manque simplement ce trait de génie propre aux grands titres.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *