Test de Papers, Please

Avant l’avènement du terroriste arabe puis des nationalistes russes et chinois, le communiste fut un méchant de choix dans les jeux vidéo. Bien loin de l’indémodable bon vieux nazi, il endossait tout de même un costume de vilain plutôt convaincant dans des œuvres telles que Soviet Strike, Alerte Rouge ou encore Rambo III. Avec la disparition du Mur et malgré les louables efforts de la Corée du Nord pour reprendre le flambeau, la faucille et le marteau ont peu à peu déserté nos champs de bataille préférés. Pourtant, l’univers du jeu vidéo n’a finalement fait qu’effleurer la vraie nature de l’ex-Empire du mal, le réduisant à des représentations caricaturales d’impitoyables sacripants ponctuant toutes leurs phrases de « Tovaritch ! ». Avouons-le, voilà qui est bien sommaire pour dénoncer les ravages du stalinisme et à des années-lumière de L’Archipel du goulag… Soyons bon prince en remarquant que le nazisme n’a pas eu droit à un traitement différent et que l’influence d’Hannah Arendt a été assez discrète dans les scénarios des jeux les mettant en scène.

Papers, Please ne se situe pas dans un contexte historique ou géographique réel mais toute l’imagerie et le décorum ne laissent planer aucun doute. L’austère et fictive Arstotzka dans laquelle se déroule le jeu pourrait être n’importe quelle contrée située derrière l’ancien rideau de fer avec une petite préférence pour la RDA du début des années 80. C’est après avoir gagné à une loterie que vous accédez au poste envié de douanier, un des rouages de la bureaucratie étatique. En tant que maillon de la chaîne, votre activité unique sera d’accorder ou pas un visa d’entrée sur le territoire à toutes les personnes se présentant à votre guichet. Dans un premier temps, cela consistera à vérifier que les informations contenues sur les pièces d’identité présentées sont authentiques. En fonction de votre ardeur à la tâche et dans une logique productiviste que n’aurait pas renié Stakhanov, votre salaire sera indexé sur le nombre de cas que vous aurez traités. Toutefois, mieux vaut ne pas commettre d’erreurs car au delà de deux avertissements, vous devrez subir des amendes.

Bien que situé dans un univers collectiviste, l’argent a un vrai rôle dans Papers, Please puisque c’est lui qui vous permet de payer votre loyer ainsi que le chauffage et la nourriture de votre famille. Vous pourrez également acheter assez rapidement des améliorations pour votre guichet. Ce sont en fait des raccourcis clavier permettant de gagner un peu de temps pour utiliser certaines fonctions. Si l’argent venait à manquer et cela arrivera inévitablement, vous devrez donc sacrifier un de vos postes de dépense, seul le paiement du loyer étant incompressible sous peine de game over. Votre famille en subit alors les conséquences, entre froid et faim. Et si la situation perdure, la maladie ne tardera pas à faire son apparition et il faudra alors dépenser de l’argent pour acheter des médicaments. La tentation est alors grande de trouver d’autres sources de revenus, en acceptant un pot de vin, par exemple ou en emprisonnant à tour de bras grâce à une entourloupe avec un gardien. Cette démarche cynique pourrait toutefois être mise à mal par votre conscience. Que faire lorsqu’une femme vous prévient qu’un homme qui maltraite des femmes va bientôt chercher à rentrer sur le territoire ? Le laisser entrer ou le refouler alors qu’il a des papiers en règle et perdre donc de l’argent ? Avec les médicaments de votre fils malade à acheter, la question est épineuse et vous avez très peu de temps pour prendre une décision… Papers, Please est parsemé comme cela d’événements qu’ils soient micro ou à l’échelle du pays qui influent sur le jeu.

Les mécaniques de jeu, elles-mêmes assez simplistes de prime abord, vont s’enrichir au fil des événements. Certains prétendants à l’immigration devront répondre à des demandes spécifiques et parfois, il faudra aller au delà des apparences en dialoguant avec les personnes, en les scannant ou encore en vérifiant leurs empreintes digitales. Quant aux individus qui semblent en vouloir au régime en place, il faudra là encore choisir de collaborer avec eux ou de rester fidèle à vos institutions. Cela n’est pas aussi sans influence sur le jeu qui oscille entre la répétitivité déshumanisée du fonctionnaire d’état et le chaos du monde qui l’entoure. Ou comment inventer le jeu répétitif qui se modifie sans cesse. Le tout dans une ambiance anxiogène au possible, les graphismes rudimentaires et la musique martiale n’étant pas véritablement là pour détendre l’atmosphère.

Un des rares reproches à faire à Papers, Please est l’absence d’espace sur votre bureau de travail, nécessitant parfois de jongler entre les différents papiers et vos outils pour être efficace. Sachant que vous devez avoir votre manuel toujours à disposition pour vérifier, entre autre, les origines géographiques de chacun des postulants à l’entrée sur le territoire, il reste peu de place pour disposer les documents qu’il va vous présenter. L’anglais rebutera également les moins anglophones d’entre vous car il convient de bien saisir ce qui vous est demandé au début de chaque journée de travail. Pour le reste, on a droit à un jeu aussi riche qu’il est minimaliste dans sa présentation. Original dans la globalité de son fond et de sa forme, c’est un des rares jeux à ma connaissance à faire du totalitarisme et de ses conséquences sur le quotidien un thème essentiel. Incroyable tour de force pour un jeu développé par une seule personne.

En résumé !

Test de Papers, Please

Dans la dystopie de Papers, Please, vous incarnez le maillon d'une implacable machine d'état. Angoisse, totalitarisme et problèmes de conscience, bienvenue dans la vie des autres.
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