Test de Professeur Layton vs. Phoenix Wright Ace Attorney

Professeur Layton vs. Phoenix Wright Ace Attorney, c’est un projet que l’on suit depuis son annonce fin 2010 et pour cause : les deux larrons ont fait les beaux jours de la DS et sont en train de faire ceux de la 3DS, même si le professeur rencontre plus de succès que l’avocat de la défense.  Quoiqu’il en soit, la première question que l’on se pose en se plongeant dans le titre, c’est de savoir comment Level-5 et Capcom ont réussi à justifier le rassemblement de l’archéologue à tête de canadien de South Park et de l’avocat à la coiffure aérodynamique.

Tout commence à Londres sur les terres du Professeur Layton, alors que ce dernier squatte peinard dans son bureau avec son fayot d’assistant Luke. C’est alors que débarque une jeune fille blonde répondant au nom d’Aria Novella qui vient quémander l’aide du professeur sur les conseils d’un ancien élève de ce dernier, un certain Giovanni Accidenti. Et le problème d’Aria n’est pas vraiment commun : elle est poursuivie par une sorcière, rien que ça. Pendant que le professeur donne un coup de main à Aria, l’américain Phoenix Wright arrive à Londres en compagnie de son assistante fouille-merde Maya pour assister à un colloque international de l’association des avocats. Les deux acolytes pensaient passer un séjour tranquille dans la capitale britannique, mais ils sont convoqués à l’improviste pour plaider dans une affaire de vol et d’agression, une affaire dont l’accusée n’est autre… qu’Aria Novella. Le chassé-croisé entre Layton et Wright commence alors, un destin commun qui va les mener à la mystérieuse ville moyenâgeuse de Labyrinthia. Labyrinthia, c’est une cité qui n’apparait sur aucune carte et qui subit la loi du Narrateur, son fondateur qui écrit l’histoire de la ville à l’avance et la distribue à son peuple, sans oublier les  sorcières qui menacent régulièrement les habitants. Quelle est cette ville ? Comment le Narrateur peut-il prévoir ce qu’il va se passer sur ses terres ? Pourquoi Aria est-elle persécutée ? Autant de question auxquelles on obtiendra des réponses après des heures de réflexion et de lecture.

Cohabitation, mais pas fusion

Maintenant que vous connaissez le subterfuge utilisé par Level-5 et Capcom pour rassembler les deux ténors de la réflexion, il est temps de s’intéresser à la manière dont les développeurs ont additionné les mécaniques de jeu des deux licences. A l’annonce du soft, on espérait un subtil mélange des codes des deux séries, et c’est là la déception de ce cross-over : il n‘y a pas vraiment de fusion, plutôt une cohabitation (il n’y a pas par exemple d’énigmes en plein procès qui font avancer l’interrogatoire). Professeur Layton vs. Phoenix Wright se contente en fait d’alterner les phases d’exploration teintées d’énigmes à la Layton et les procès avec contre-interrogatoire et objections à la Phoenix, le tout jouable au stylet avec quelques raccourcis grâce aux boutons. Si vous connaissez les deux séries, il n’y aura aucune surprise en termes de gameplay, ou presque.

Pour les portions de jeu estampillées Layton, on reste dans du traditionnel. On se déplace de tableau fixe en tableau fixe, et il est possible de décortiquer chaque décor pour y trouver des pièces SOS (qui donnent des indices en cas de blocage), des énigmes (70 au total), mais aussi pour converser avec les personnages afin de développer l’histoire. Concernant les énigmes, on reste aussi dans les classiques de la série (un exemple ici) avec quelques schémas qui reviennent par rapport aux épisodes précédents (L’Héritage des Aslantes, par exemple), mais les énigmes sont toujours plaisantes et leurs contextes divers font que même si certains types d’énigmes se répètent depuis les débuts de la série, il y a toujours un peu de changement pour varier les plaisirs. Pour ce qui est de leur difficulté, j’ai eu le sentiment que c’était moins compliqué que les autres Layton, mais peut-être qu’avoir joué aux six épisodes du professeur donne une certaine expérience dans le domaine. On reste en tout cas en terrain connu lors de ces passages, et il en est quasiment de même pour les phases Phoenix Wright.

Premier constat du côté Ace Attorney : les développeurs ont retenu le gameplay à la Layton pour les phases d’exploration, seuls les procès ont donc été conservés par les développeurs pour représenter la série de Capcom. Et c’est là que l’on constate un premier changement majeur : la justice de Labyrinthia étant plutôt… cocasse, les témoins d’un crime témoignent tous en même temps. On se retrouve donc régulièrement opposé à trois, quatre ou cinq témoins souvent acquis à la cause de l’accusation (un véritable lynchage public), ce qui permet d’introduire une nouvelle mécanique que l’on appellera réactions. Parfois, certains témoins réagiront à l’allégation d’un autre, et on peut alors interrompre l’interrogatoire en cours pour se concentrer sur celui qui semble être en désaccord, et ainsi éventuellement récolter de nouvelles contradictions afin de faire vaciller l’accusation. Cet ajout est malheureusement plutôt inutile puisque ça n’apporte rien au niveau du gameplay, juste un peu de rythme dans la narration.

Pour le reste, on se retrouve devant du Ace Attorney classique : il faut décortiquer les témoignages, demander des détails supplémentaires sur telle ou telle déclaration en appuyant sur « Attaquer », et bien sûr lancer une sonore objection dès que l’on pense avoir trouvé la contradiction et la preuve qui démontera le témoignage. Et ne pensez pas que vous pouvez présenter les preuves à tire-larigot jusqu’à tomber par hasard sur la bonne car le joueur dispose de cinq points de crédibilité, et il en perd un à chaque mauvaise objection. Rien de nouveau ici, mais c’est toujours aussi jouissif quand dans son esprit s’échafaude le déroulement des évènements et que l’on comprend comment sécher le ou les témoins. Ce qui fait la beauté d’un Ace Attorney est donc toujours là, mais malheureusement aussi ce qui en fait la laideur.

En effet, il arrive toujours des moments où l’on ne sait pas comment faire évoluer l’interrogatoire, que ce soit parce qu’on est paumé, parce que l’on va trop vite en besogne (un dernier détail à souligner avant de pouvoir effectivement balancer la preuve compromettante), ou parce qu’on a compris la contradiction mais qu’on ne sait pas comment la mettre en avant. Ça n’arrive pas souvent, mais c’est particulièrement frustrant quand c’est le cas, et ce sont d’ailleurs les seuls moments où j’ai utilisé des pièces SOS pour obtenir un indice (elles fonctionnent aussi durant les procès). Et comme il y a un nombre de points de crédibilité limité, il vaut mieux éviter de présenter les preuves aléatoirement sous peine de plonger dans le Game Over. Comme dans tous les Ace Attorney, il est donc nécessaire de sauvegarder régulièrement si l’on ne veut pas subir le calvaire de revenir au tout début du procès et de devoir se retaper tous les dialogues.

Bavardages

L’autre défaut du jeu, ce sont ses dialogues. Professeur Layton vs. Phoenix Wright est une aventure textuelle, il y a donc de nombreuses conversations à lire. C’est nécessaire pour développer une histoire prenante et rendre les personnages attachants, mais c’est aussi une plaie quand on cale lors d’un procès et que l’on lit en boucle les mêmes phrases. L’autre problème posé par cette débauche de texte, c’est que l’on n’est parfois plus dans un jeu vidéo, mais dans un livre avec des dialogues pas toujours palpitant, comme par exemple à la fin du jeu avec un dénouement interminable durant lequel le joueur n’interagit que très peu. Et ce n’est malheureusement pas dû à une débauche de cinématiques. Il y en a quelques-unes doublées en français tout au long de l’aventure, et bien léchées qui plus est, mais notre gourmandise aurait aimé qu’il y en ait un peu plus.

Pour rester dans la narration, le ton troublera légèrement les fans de Layton au premier abord. Habitués à être estampillé PEGI 7, les jeux Layton évitent toute violence pour être accessible au plus grand nombre. Mais à l’occasion de ce jumelage avec Phoenix Wright, le ton change avec une ambiance lourde, des histoires de meurtres, des sorcières envoyées au bûcher et même de rares tenues ou sous-entendus coquins. C’est que la série des Ace Attorney traite de criminalité, elle est donc abonnée au « déconseillé au moins de 12 ans », voire même 16 ans pour le dernier volet Dual Destinies (dont on ne retrouve d’ailleurs pas les mécaniques inédites comme la lecture des émotions d’Athéna). Ce Professeur Layton vs. Phoenix Wright est d’ailleurs lui aussi déconseillé au moins de 12 ans. Cette atmosphère parfois oppressante est tout de même contrebalancée par quelques notes d’humour, notamment grâce aux absurdités et mimiques de Phoenix et Maya.

Mis à part la narration parfois indigeste et le problème inhérent à la série des Ace Attorney, ce Professeur Layton vs. Phoenix Wright reste un bon investissement pour les fans des deux séries. Retrouver les gimmicks des deux camps (bruitages, mélodies, interfaces voire certains personnages secondaires) fait plaisir, et malgré l’absence de véritable fusion des mécaniques des deux licences, l’alternance des gameplays laytonien et phoenixien apporte du rythme à l’ensemble. Quant à l’histoire qui est une composante importante de cette aventure, elle est palpitante et pleine de rebondissements comme souvent avec les Layton ou les Wright, mais on peut lui reprocher un final un peu capilotracté (une habitude des Layton). Ceci étant dit, Professeur Layton vs. Phoenix Wright constitue 25 à 30 heures de divertissement incontournables pour les amateurs de réflexion et d’aventure textuelle.

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