Test de Prototype 2

Que deviendrait le jeu vidéo sans ses innombrables suites, ses licences usées jusqu’à  la corde ? Il suffit de regarder le planning de fin d’année ou de jeter un œil sur les titres déjà  parus en 2012 pour constater que l’originalité n’est pas vraiment au rendez-vous. Si l’on excepte la filière indépendante (Journey, Fez) ou encore l’excellent Catherine, les exemples de nouvelle licence restent largement minoritaires. On peut le regretter mais, à  l’image du cinéma hollywoodien, si le jeu vidéo est devenu une industrie, de nombreux talents parviennent tout de même à  insuffler une vision, des idées dans leurs productions, qui nous poussent à ne pas tirer un bilan alarmant du marché. D’Uncharted à  Uncharted 2, impossible par exemple de reprocher à  Naughty Dog de n’avoir proposé qu’une banale suite, bien au contraire. Avec le prochain Bioshock Infinite, on pressent également que le jeu n’aura rien d’un « Bioshock 3 ». On pourrait également citer GTA V (Rockstar dressant, épisode après épisode, un portrait éblouissant, et de plus en plus riche, de l’Amérique) et bien d’autres titres encore. Hélas, on ne citera pas Prototype 2. Mais est-ce pourtant un problème ?

Paresse

Bien qu’il ait fallu presque trois ans pour découvrir cette suite, celle-ci vient se ranger aux côtés de ces séquelles qui se contentent d’incrémenter un numéro pour nous offrir une nouvelle version à  peine plus riche. Si Prototype 2 était sorti un an après le premier volet, la déception aurait peut-être été un peu moins grande. Mais le résultat reste de toute façon le même, cette séquelle a tout d’une œuvre de commande. En bon faiseur, Radical Entertainement s’est donc exécuté, en suivant scrupuleusement à  la lettre le cahier des charges. L’ambition du titre n’est manifestement pas de se révolutionner mais de proposer une (très) sage évolution. On dit souvent que les limitations stimulent la création, Prototype 2 se contente lui de régurgiter ce qu’il avait créé dans le précédent épisode sans vraiment chercher à  innover. Peut-on lui en vouloir dès l’instant où le jeu est bon ? Pas vraiment. Alors oui, il manque au titre une tête pensante, un game designer de talent capable de transformer le plomb en or, puisque sa seule idée, si l’on peut dire, consiste finalement à  changer de personnage principal.

Goodbye Mercer, hello Heller

Alex Mercer laisse donc sa place à  James Heller, un Marines envoyé en Irak. De retour au pays, il découvre que sa femme et sa fille sont mortes des suites du virus Mercer qui s’est propagé dans Manhattan. Le soldat tient donc Alex Mercer pour responsable et réclame vengeance. Ce dernier s’engage ainsi dans les troupes du Blackwatch, une force militaire chargée de contenir l’épidémie virale. Au cours d’une mission, il tombe nez à  nez sur Alex Mercer et se jette immédiatement dessus pour l’assassiner. Mais ce dernier dispose de trop grands pouvoirs pour que James parvienne à  le blesser. Et contre toute attente, Alex décide de lui laisser la vie sauve. Mieux, voyant en Heller un grand potentiel, il lui inculque le virus, lui conférant ainsi de grands pouvoirs, tout en lui révélant la vérité sur la situation. Si le retournement peut paraître un peu soudain, les choses apparaissent en réalité moins simples qu’elles ne paraissent. Sans être follement passionnante, ni même très originale, c’est sans doute l’ambiguïté du personnage d’Alex Mercer qui donne au scénario le plus d’intérêt. Dommage toutefois que le titre ne s’en serve pas vraiment pour aller un peu plus loin dans la psychologie du personnage, ses enjeux restant finalement assez classiques. Même chose en ce qui concerne le personnage du Père Guerra qui aurait pu permettre une réflexion intéressante sur la foi. Un constat qui s’applique finalement à  l’ensemble du jeu, le récit ne dépassant jamais le cadre de la simple série B. Mais on le sait depuis le précédent volet, l’intérêt est ailleurs.

Prototype 1.2

Outre son héros, Prototype 2 nous ressert donc la même soupe. Mais comme on dit, c’est dans les vieux pots qu’on sert les meilleures soupes. Toujours est-il que le titre donne l’impression troublante de revivre la même aventure. Sans atteindre l’escroquerie Dead Rising 2 : Off the Record, qui nous invitait à  peu de choses près à  refaire Dead Rising 2 mais dans la peau de Frank West, ce second volet se repose un peu trop sur son prédécesseur. Qu’il en reprenne le principe n’a évidemment rien de choquant (une sorte de GTA-like à  la sauce beat’em all). Mais en reprenant le même environnement comme terrain de jeu (New York est divisé en trois zones auxquelles on accède de manière progressive), le titre manque de fraîcheur. Pire encore, les missions proposées ressemblent beaucoup trop à  ce que l’on pouvait effectuer dans Prototype (celles-ci se résument bien souvent à  aller d’un point A à  un point B, d’éliminer un adversaire, puis d’aller du point B au point C, et ainsi de suite). Les objectifs demeurent sensiblement les mêmes alors que les phases d’infiltration sont reproduites à  l’identique (et ad nauseam). Reconnaissons tout de même une plus grande diversité dans les quêtes annexes, lesquelles s’accomplissent beaucoup plus volontiers. Le plus énervant finalement, c’est que le jeu de Radical Entertainment n’a pas retenu des leçons du passé. On retrouve ainsi les mêmes défauts, et spécialement ce sentiment de répéter (doublement, pour ceux qui ont joué au premier épisode) les mêmes actions d’une mission à  l’autre. Et si le jeu est un peu plus beau, le résultat n’est pas non plus flagrant. Entre la brume épaisse que l’on aperçoit à  l’horizon (et qui nous rappelle aux bons souvenirs de la Nintendo 64, c’est dire) et une modélisation pas franchement heureuse de certains bâtiments/personnages/créatures, on a réellement l’impression de revenir des années en arrière. Par exemple, un titre comme GTA IV, sorti en 2008, offre une profondeur de champ nettement plus impressionnante, mais aussi une modélisation plus convaincante de la Grosse Pomme.

Grands pouvoirs, petit jeu


Forcément et fort heureusement, Prototype 2 conserve aussi les qualités de son aîné. Et le plaisir pris sur ce dernier se retrouve donc intact dans ce nouvel épisode. A savoir qu’il apparaît comme un joyeux défouloir. D’autant plus que la caméra a même été améliorée, même si elle montre toujours quelques signes de faiblesse lorsqu’il s’agit de suivre l’action. La surpuissance du personnage a également quelque chose de toujours aussi grisant, aussi bien lors des affrontements que dans la manière dont les pouvoirs du héros permettent de s’approprier l’espace, à  l’échelle d’une ville toute entière. Même si on regrette que le titre n’aille pas plus loin dans la démesure alors que tout est en place pour que le jeu lâche enfin les chevaux. Et si on sent par moment l’influence de God of War 3 dans les combats, l’absence de mise en scène lui fait alors défaut. D’ailleurs, ces influences traduisent une nouvelle fois un manque d’identité évident. Et on passera sur les séquences où James absorbe la mémoire de certains personnages, des images mentales, tournées avec de vrais acteurs, d’un kitsch absolu. Sur ce point comme sur quelques autres, on attendait que cette suite vienne rectifier le tir mais ce n’est pas totalement le cas. Incapable de décoller (un comble pour un jeu mettant en scène un personnage défiant toutes les lois naturelles), Prototype 2 est un tire-au-flanc mais un tire-au-flanc sympathique. Un sale gosse qui, s’appuyant sur un titre fort, s’est cru tout permis, au point de nous refiler une copie carbone de son précédent volet. Et si on en attendait plus, qu’on aurait aimé voir certaines choses corrigées, force est de reconnaître que le charme agit encore.