Test de Ratchet & Clank Nexus

De ce Ratchet & Clank Nexus, personne n’attendait une révolution. Au contraire, après avoir vu la franchise s’éparpiller à deux reprises avec All 4 One et QForce, les fans n’avaient qu’un désir, celui de revoir le Lombax et son robot s’épanouir dans un cocktail classique d’action, de plateforme et d’exploration. Dans Nexus, nous retrouvons donc un design semi-ouvert permettant au joueur de naviguer sur différentes planètes, cinq au total. Si la plupart du temps il est question de se rendre du point A au point B, les niveaux sont souvent vastes et le joueur n’est pas outrageusement tenu par la main. Consulter la carte des lieux sera souvent nécessaire pour s’orienter et le jeu n’interdit pas de faire une pause dans l’aventure principale pour aller, par exemple, réaliser quelques défis dans l’arène. Ni trop fermé ni trop ouvert, Ratchet & Clank Nexus est surtout un jeu bien construit et bien rythmé. Il faut quand même mentionner le cas particulier de Thram, une immense planète marécageuse totalement ouverte. A ce stade du jeu, Ratchet a retrouvé ses hoverbottes qui lui permettent de sprinter et de bondir sur les tremplins, mais il peut en plus utiliser un réacteur dorsal pour s’envoler à volonté (en surveillant tout de même le combustible) et dénicher tous les secrets de cet immense espace rempli de gros monstres. Ce niveau en particulier se laisse explorer avec bonheur et apporte des sensations grisantes qui se fondent bien dans la moelle old school du jeu.

Old school, car s’il bricole bien quelques mécaniques basées sur la gravité (rien de bien révolutionnaire, des surfaces adhérentes placées dans tous les sens, ou un système de rayons tracteurs à activer soi-même) ce Ratchet & Clank n’a pas cherché à changer quoi que ce soit à la jouabilité déjà connue dans Opération Destruction et A Crack in Time. Ici, vous ne trouverez toujours pas de système de ciblage et ne parlons même pas de nous mettre à couvert. Ratchet affronte ses ennemis en face à face et le joueur, ne pouvant bloquer aucune attaque, doit faire preuve de mobilité en se déplaçant sur les côtés et en sautant pour éviter les tirs. Combat au corps à corps, à distance, déplacement, plateforme : tout est manuel, rien n’est automatisé. Et ça fait du bien de temps en temps d’explorer un monde en 3D sans avoir à escalader des plateformes en mode précalculé où l’échec est impossible. L’inventaire est également inchangé, triangle faisant apparaître la roue des armes tout en gelant l’action. Les chargeurs étant volontairement limités, le joueur est invité à alterner régulièrement l’usage de ses jouets. Chaque arme possède un grand arbre de compétences et d’améliorations (puissance, cadence de tir, rayon d’action) que l’on développe en ramassant du Raritanium. Les boulons, que l’on récolte par milliers en détruisant ennemis et caisses, font toujours office de monnaie pour s’équiper à boutique. Enfin, rien de neuf à signaler non plus pour le combat rapproché, Ratchet le mécano se limitant toujours à quelques coups basiques de Super Clé.

Malheureusement, l’arsenal de Nexus est assez inégal. Certaines armes comme L’Hibernator (rayon qui transforme l’ennemi en bonhomme de neige) ou la Boîte Cauchemar sont plus originales que vraiment utiles et au final, on se focalise sur les deux ou trois armes les plus simples et efficaces (les flingues de base, les grenades, les missiles ou éventuellement le sniper à la fin du jeu). De plus, Ratchet & Clank reste peu exigeant notamment au niveau des boss, qui ne nécessitent aucune technique particulière. Bien des jeux feraient en sorte de proposer des ennemis sensibles à un seul type d’armes, mais ici vous pourrez en voir le bout en ne jouant qu’avec les Plasmo-Mitrails, si ça vous chante. Quant à Mr Zurkon, le petit robot à la personnalité de tueur en série qui parle de lui à la troisième personne, ses répliques font un peu moins rire dans cet épisode, malgré l’arrivée de sa famille en renfort.

Au niveau de l’histoire, le Dr Nefarious est mis de côté au profit d’une nouvelle tête, celle de la criminelle Vendra Prog. Au début du jeu, Ratchet est chargé de conduire Vendra en prison, mais cette dernière est libérée par son frère Neftin. Le scénario ne casse évidemment pas trois pattes à un Lombax et n’approfondit peut-être pas la mythologie de la franchise autant qu’on le voudrait, mais il est néanmoins porté par un sympathique duo de vilains. On notera aussi la bonne qualité générale du doublage français. Très soigné graphiquement, les environnements sauvages étant les plus réussis, Nexus affiche des graphismes bien plus détaillés que dans le dernier Ratchet & Clank traditionnel, à savoir A Crack in Time, qui remonte à 2009. La fluidité s’en ressent par moment, d’ailleurs, et comme à chaque fois qu’on lance un jeu PS3 maintenant, les limites de la génération n’arrêtent plus de nous sauter aux yeux et de nous donner envie de brancher une PS4. A noter aussi quelques problèmes de collisions ici et là qui semblent trahir un développement parfois un peu hâtif pour cette sortie automnale. Comme toujours, Clank aura droit à ses propres phases de jeu. Il s’agit cette fois de quelques stages en 2D basés sur la gravité. Etant donné la façon dont ces séquences nous coupent de l’aventure principale, on apprécie surtout qu’elles ne soient pas trop complexes.

Conformément à son prix de 30 euros, Nexus affiche une durée de vie proportionnellement réduite de moitié. Disons 6 heures pour terminer l’aventure en ligne droite. Il y a cependant un certain nombre de secrets à trouver pour compléter les planètes à 100% et, bonne surprise, la présence d’un New Game+ permettant de recommencer le jeu en gardant toutes ses armes et en débloquant de nouvelles versions dites Omega. Le rapport densité|prix du jeu est loin d’être malhonnête, mais ça ne veut pas dire que les fans seront tous comblés. Car Ratchet & Clank Nexus, c’est un peu comme être invité par un grand chef pour se faire servir un demi-repas. Alors qu’on nous met sous le nez un jeu aussi efficace qu’amusant et bien rythmé, il est forcément frustrant que Insomniac n’ait pas eu le loisir (ou la volonté) de réaliser un vrai AAA en guise d’au revoir à cette génération, peut-être trop pressé de rejoindre la couche de son nouvel amant, Microsoft. Ecourtée par manque d’ambitions, la conclusion des aventures de Ratchet & Clank sur PS3 ne se fait donc pas sous la forme d’un feu d’artifice. Ceci dit, quand le breuvage a aussi bon goût, on ne le jette pas dans l’évier sous pretexte que le verre n’est qu’à moitié plein.