Test de Saints Row IV

Jusqu’à présent, les Saints Row n’étaient pas vraiment pour moi. Pas assez profonds ni critiques, je leur ai toujours préféré les Grand Theft Auto bien plus corrosifs quand l’heure d’égratigner le vernis bien propret des USA (et du monde occidental en général) sonnait. Ainsi, loin de concurrencer la maestria d’un GTA 4, Vice City ou San Andreas, les différents titres de Volition m’ont au mieux fait légèrement sourire, au pire, laissé de marbre. Puis vint ce Saints Row IV, son grand bordel ambiant et ses références à la pelle n’hésitant pas à se payer, non sans humour, la trogne de pas mal de jeux vidéo plus ou moins contemporains.

Président par intérim

Saints Row IV débute lors de l’attaque d’une base terroriste dans un très sérieux TPS que n’aurait pas renié Tom Clancy lui-même. On avance dans un repaire ennemi, on élimine les gardes au silencieux avant de partir faire l’ultime sacrifice en s’occupant d’un missile balistique sur le point d’anéantir le monde. A ce moment-là jeu, on se demande vraiment si on a mis le bon titre dans la console (en tout cas, je me suis posé la question). Heureusement, tout va très vite déraper et après avoir opté pour un avatar parmi des affiches électorales, on se retrouve à déambuler dans les couloirs d’une maison blanche du vice, costume du président jeté sur les épaules et vannes cinglantes au bord des lèvres. Après avoir choisi d’éradiquer un des maux rongeant le monde et mis une droite à un sénateur, c’est le cœur léger que vous partirez donner une conférence de presse qui tournera court. C’est en effet à ce moment précis qu’une race d’extra-terrestres attaquera la Terre et réduira notre planète et ses habitants en esclavage. Et pour que tout cela se passe sans heurts, le grand méchant de l’histoire, Zinyak, enferme les humains dans un rêve virtuel sans fin en leur faisant croire que rien n’est arrivé. Bien évidemment, tel Neo dans le monde de la matrice, vous finirez par vous réveiller et tenterez de changer votre cruelle destinée dans le monde réel ET son pendant virtuel. Oui, si vous vous dites que vous avez déjà vu cela dans Matrix, vous avez raison. Enfin, en partie car ce qui va suivre est pour le moins singulier…

Héros, un boulot à plein temps

Comme tout bon TPS/bac à sable moderne, le principal héros de Saints Row IV sera la ville. Steelport, car c’est son nom (la même que dans SRIII), regorge de choses à faire. En plus de l’histoire et de ses missions plus ou moins principales (plus de 40), la cité fournira son lot de passe-temps plus ou moins dangereux. Quartiers à contrôler en les débarrassant de ses petits gris, magasins à pirater pour étoffer votre garde-robe/armes/tatouage, statues de l’envahisseur à détruire ou différents fragments audio ou écrits à trouver seront ainsi des à côté essentiels à effectuer pour récolter quelques bonus et points d’expérience. En tout cas de quoi sérieusement s’amuser en dehors de l’histoire principale ! Mais jusque-là, rien de très nouveau sous le soleil me direz-vous comparé à un GTA des familles. En effet, vous répondrais-je, et ça tombe bien, car ce Saints Row IV ne singe pas spécialement le titre phare de Rockstar, mais puise plutôt son inspiration dans de jeux comme Infamous, Prototype ou encore Crackdown. Car voler des voitures ou tirer des coups de feu sur les piétons, ça va cinq minutes, mais planer dans le ciel, courir aussi vite que la lumière ou déclencher des séismes sur le sol, ça a bien plus de classe.

Notre héros du jour sera, monde virtuel oblige, pourvu de pouvoirs déments et lui permettant de bouter les vilains aliens hors de notre jolie planète bleue. Tous ces pouvoirs qui se débloqueront au fur et à mesure de votre progression dans le jeu et donc, de la progression de votre niveau d’expérience, vont très rapidement faire passer les véhicules et autres hélicoptères de Steelport pour de simple jouets pour gamins. Ici, vous allez courir sur des gratte-ciels, planer au-dessus d’avenues plus ou moins bondées et manier au moyen de la télékinésie des ennemis qui surpris, gesticuleront comme mouches prises dans la toile d’une araignée. Tous ces pouvoirs seront bien évidemment évolutifs et grimperont en puissance en récoltant des clusters, monnaie virtuelle vous permettant d’acheter les évolutions hors normes de votre héros.  Pour autant, cette impression de jouer à un titre ayant débloqué tous les cheats codes du monde n’empêche pas à notre superman de service de redescendre les pieds sur et souvent, sous terre ! Car en face, la menace alien est bien organisée ! Il  faudra ainsi être malin dans le choix de vos cibles pour ne pas trop attirer l’attention sur vous, au risque de vous retrouver avec des montres mutants et des vaisseaux de combats aux trousses ! Et dans ce cas de figure, vos pouvoirs modifiés et vos armes upgradées ne seront pas de trop pour espérer survivre. Vous pourrez quand même compter sur des soutiens via d’autres personnages que vous libérerez dans le jeu, ou via des gangs de Saints qui viendront vous prêter main forte (eux aussi peuvent être boostés).  Globalement, entre combats, missions et à côtés, le jeu nous promet deux bonnes dizaines d’heures au minimum pour en voir le bout.

Référentiel qu’on vous dit !

Long, bourré d’à côtés, Saint Row IV se paye même le luxe d’être drôle (voire carrément barré) et de proposer de multiples clins d’œil, autant au septième art qu’à de vénérables ou actuels jeux vidéo. Pèle mêle vous reconnaîtrez en cours de jeu de fortes inspirations provenant de Matrix, Zero Dark Thirty, Iron Man ou encore Fight Club lors de certaines missions ou tout simplement, lors de références plus ou moins appuyées. Et si le côté « tribute » au cinéma vous a fait marrer, attendez de voir ce que cela donne au niveau des jeux vidéo. Commençons par l’hommage rendu à Portal 2 à travers la sphère robotisée qui vous suivra une bonne partie du jeu, et qui n’est pas sans rappeler Wheatley, ou encore le délire cartonné façon Metal Gear Solid. Tout cela induira de nouvelles mécaniques de gameplay dans des niveaux façon Tron, Space Invaders, Double Dragon ou encore BatlleCall of Honor ! Un régal pour peu que l’on soit un minimum sensible à la petite histoire des loisirs numériques. Maintenant, tout n’est pas parfait dans Saints Row IV. Moteur graphique vieillissant, baisse de framerate à certaines occasions ou carrément plantage pur et simple de ma PS3 ne plaident pas en sa faveur. La caméra aura aussi quelques fois du mal à suivre le fil de l’action, tout comme l’IA qui aura du mal à suivre le fil d’une quelconque intelligence ! Malgré tous ces problèmes, et à défaut d’être le jeu du siècle, Saints Row IV se joue avec un plaisir certain et assume son délire totalement décomplexé à mille lieues des questions philosophiques ou sociétales inhérentes aux productions de Rockstar, ou à aux jeux du genre Prototype/Infamous centrés sur les droits et devoir du héros. Oui cette phrase est longue, mais je fais ce que je veux non mais oh ! En tout cas, pour clore en beauté cette génération de consoles, Volition nous propose sa vision terriblement plaisante du genre bac à sable, sans aucune prise de tête mais avec suffisamment de fond pour rendre le tout cohérent. Et quand en plus le titre peut être joué en coopération, qu’attendez-vous de plus pour craquer ?