Test de Tales of the Abyss

Sous la pression des fans, Namco a repris la localisation de quelques Tales of, chose que l’on n’avait plus vu depuis mi-2009 avec Tales of the Vesperia sur Xbox 360. Ce n’est pas pour autant que l’éditeur déroule systématiquement le tapis rouge. En dehors du fait que Tales of the Abyss est uniquement disponible dans une seule langue, l’anglais, votre premier défi avec ce jeu ne sera pas d’ordre linguistique mais plutôt logistique. Si vous dénichez un exemplaire de Tales of the Abyss sur Nintendo 3DS, sachez qu’il risque de valoir son pesant d’or à  la revente tant sa distribution européenne a été confidentielle à  l’extrême. Et vu que la console est zonée, impossible de s’en remettre à  la future sortie américaine, qui aura lieu le 14 février.

Pour les heureux possesseurs de la cartouche, Tales of the Abyss c’est donc l’opportunité de jouer à  un épisode cuvée 2005/2006 jamais paru en Europe du temps de la PS2. D’une version à  l’autre, les temps de chargement ont été fortement raccourcis, pour la petite histoire. Pas non plus génialement optimisée, cette version portable souffre de quelques gros ralentissements malvenus sur la carte du monde, pourtant pas spécialement détaillée. L’absence du doublage japonais ou des voix durant les dialogues optionnels peuvent à  la limite s’expliquer par un manque de place. Car soyez sûrs d’une chose : jamais vous n’aurez autant de choses à  lire dans une cartouche Nintendo 3DS.

Tales of blabla

Les RPG japonais sont bavards, et c’est un peu normal. Déployer une histoire riche, exposer des relations complexes entre les personnages, c’est le but. Mais Tales of the Abyss lui, n’est pas bavard, il est incroyablement bavard. Un fondamentaliste de la causette, un progressiste du commérage, un enragé de la paraphrase, un ultra de la dissertation, un extrémiste du rapport oral (oui, bon). Non pas que les cinématiques du jeu sont particulièrement longues, mais comme dans chaque Tales of, le joueur a la possibilité d’approfondir son sujet en répondant à  l’appel du skit, nom donné aux dialogues optionnels de la série. Ces skits, qui peuvent durer entre 30 secondes et 1 minute, il en existe 489 dans tout le jeu. On peut toujours ignorer leur existence en n’appuyant pas sur Start à  chaque appel, mais pourquoi se plonger dans un RPG si c’est pour en contourner la narration et tous ces petits détails qui rendent un monde virtuel vivant et palpable ?

Avec autant de dialogues, Tales of the Abyss donne parfois la sensation de radoter et surtout de perpétuer des explications superflues. Mais si ce Tales of parle autant, c’est pour tisser une toile relationnelle épatante entre chacun des 6 protagonistes principaux. C’est le plus gros point fort de Tales of the Abyss, et de la série en général : ses personnages. Rare sont les RPG à  réussir un tel sans faute. Luke, Tear, Guy, Jade, Anise et Natalia sont des figures que vous ne pourrez pas oublier en refermant la console après le générique de fin, car c’est peu dire qu’ils sont attachants. Servis par un doublage anglais très correct, ils développent chacun un caractère vraiment singulier, et surprennent par leurs multiples facettes ou leur faculté à  évoluer psychologiquement durant l’aventure. Bien sûr, pas un membre du groupe n’échappe à  un passé plus ou moins chargé, condition généralement sine qua non pour figurer dans un RPG japonais. Même si à  certains moments le surplus de dialogues peut clairement fatiguer, vous verrez que les crises identitaires de Luke, la douce froideur de Tear, la cupidité précoce d’Anise, la phobie très spéciale de Guy, la naïveté de sa majesté Natalia ou bien évidemment les sarcasmes jubilatoires de Jade vous manqueront très rapidement.

L’autre signe distinctif d’un Tales of, c’est d’être un RPG gentil. Pas niais, mais gentil, cordial, aimable. Ici, tout le monde s’entend généralement avec tout le monde et les moqueries restent bon enfant. à‡a ne veut pas dire que Tales of the Abyss ne réserve aucun moment tragique. Mais compte tenu de ce qu’ils endurent, nos héros ont la faculté épatante de passer à  autre chose très rapidement. Même s’il réserve quelques passages forts et émouvants dans la dernière partie du jeu, Tales of reste fidèle à  lui-même et affiche toujours sa bonne humeur générale, son ciel bleu et son herbe verte.

Tales of british

à‡a n’a échappé à  personne, Tales of the Abyss est uniquement disponible en anglais. Aux dernières nouvelles, cette langue était encore enseignée à  l’école. Mais soyons francs : oui, ici, l’anglais peut poser problème. Sans atteindre le niveau de langage d’un Final Fantasy XII, Tales of the Abyss propose un scénario alambiqué qui fait incessamment appel à  un lexique vraiment très chargé. Si vous avez eu du mal à  suivre les histoires de l’Cie et de fal’Cie dans Final Fantasy XIII, attendez-vous à  souffrir face aux Fonstone, Qliphoth, Seventh Fonist, Lorelei, Yulia, Fon Master et autres termes propres à  ce monde très codifié.

Tales of the Abyss se déroule sur une planète nommée Auldrant dont les ramifications souterraines vont s’avérer plus que complexes (le Abyss du titre signifie quelque chose) tout en proposant en surface une base géopolitique assez touffue, avec deux grandes puissances ennemies (Kimlasca-Lanvaldear et Malkuth) et un ordre religieux unique adopté par le monde entier. Cet ordre, celui de Lorelei, fournit à  toutes les nations une prophétie appelée le Score. Comparé à  la météo ou l’astrologie, le Score a l’avantage de se révéler tout le temps exact. Tout le monde suit le Score naturellement et personne ne le remet en cause, même quand celui-ci commande la destruction d’une île entière et de ses habitants. Bref, saisir toutes les subtilités de Tales of the Abyss sans un bon niveau en anglais est malheureusement très improbable. Une donnée que Namco a probablement pris en compte en diffusant le jeu au compte-gouttes. Petit détail pratique, Luke, qui est amnésique au début du jeu, rédige en permanence un carnet de bord. Disponible dans le menu du jeu, il permet de lire le résumé des nombreux événements si quelque chose vous a échappé, tout en indiquant le nom de la prochaine destination.

Portage fidèle de la version PS2 sur le plan de la réalisation, Tales of the Abyss accuse son âge lors des quelques gros plans sur les visages des protagonistes, qui parviennent quand même à  diffuser des expressions amusantes de temps en temps. Mais si Tales of the Abyss est doué pour raconter des histoires, il l’est moins pour les mettre en scène. Lorsque les évènements accélèrent, les cinématiques sont franchement maladroites et témoignent de l’absence d’un metteur en scène. On constate cependant de vrais efforts dans la dernière partie du jeu, si bien qu’on évite le gâchis durant le climax final.

Un climax final que vous ne verrez pas de sitôt. Tales of the Abyss est long. Sans même se préoccuper des tâches secondaires, comptez entre 45h et 50h pour en voir le bout. Une durée de vie qui ne doit pas masquer certaines faiblesses dans le découpage et le rythme de l’aventure. Ici, l’alternance classique ville-donjon tend plutôt vers le ville-ville-ville-donjon. Le scénario du jeu, méthodique, scientifique et politique plutôt qu’épique, implique un grand nombre d’allers-retours dans des lieux à  la réalisation irrégulière, tantôt très travaillés, tantôt plus fadasses. Jamais compliqués, à  une seule exception près, les donjons ne seront pas en mesure de vous ralentir. Pas plus que les combats.

Tales of bourrin

Toujours en temps réel, les combats de Tales of the Abyss se déroulent sur un seul plan. Mais par rapport à  un Tales of Symphonia, il est possible de contourner un ennemi en maintenant la touche L pour se déplacer momentanément dans toutes les directions. Les combats sont toujours basés sur les Artes, des coups spéciaux très nombreux que l’on associe à  différents raccourcis sur le stick analogique (l’écran tactile de la 3DS offrant un bonus de 4 raccourcis supplémentaires). Si les coups spéciaux sont nombreux, Tales of the Abyss n’est pas très regardant sur la stratégie. A vrai dire, répéter le simple enchainement A,A,A,A, B (quatre coups normaux et un Arte pour terminer) permet de se défaire de tous les ennemis, Tear et/ou Natalia s’occupant du soin. Restent quand même les boss pour offrir un vrai challenge et quelques défaites, mais Tales of the Abyss demeure globalement basique dans son approche du combat. Rythmées par les chants de la magnifique Tear, les batailles durent 30 secondes en moyenne (dixit les statistiques du jeu, qui m’indiquent aussi que je suis passé par 834 combats).

Quelques variations existent, notamment le système Field of Fonon (FOF). Parfois, après un sort magique, un cercle de couleur reste au sol quelques secondes. Le but est d’entrer en contact avec le cercle et de déclencher un Arte de la même couleur (puisque certains Artes sont liés à  des éléments) pour obtenir une version plus puissante de l’attaque. Les quelques autres subtilités proposées par le système de jeu (les Capacity Cores, bof) ne se montreront vraiment pas indispensables. Attention cependant à  toujours faire le plein de Life Bottles puisque seul Tear est douée de la faculté de résurrection. Par chance, faire les courses est toujours aussi pratique grâce à  l’interface commune aux Tales of. En termes de personnalisation, chaque héros peut équiper une arme, une armure et deux accessoires, alors que les objets (comme les gels pour récupérer des HP ou des MP) sont toujours limités à  16. Tout ça pour dire que Tales of the Abyss ne demande pas 3 heures de gestion dans les menus, ce qui est toujours appréciable.

Pour Tales of the Abyss, Motoi Sakuraba a dû composer un peu plus de 100 morceaux. Difficile d’évaluer une production aussi massive, mais l’OST de cet épisode s’inscrit dans une bonne moyenne. En vérité, il n’y a finalement que peu de musiques ou de moments vraiment inoubliables dans ce RPG. Ca n’est pas forcément un mauvais signe, c’est surtout que Tales of the Abyss est une aventure homogène qui s’apprivoise et s’affectionne dans son ensemble, au gré de sa lente progression.

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