Test de Warface

Après une longue phase de bêta test plus ou moins public, Warface est enfin officiellement disponible sur PC. Ce FPS, à ranger dans la catégorie des Free To Play, ne manque pas d’arguments pour faire son petit effet chez les radins, mais également chez les joueurs n’associant pas spécialement la qualité intrinsèque d’un titre à sa propension à casser les caissons de basses dans les salons de jeu vidéo. Et si vous pensez que je vise Battlefield 4 et le plus lointain CoD : Ghosts, vous êtes dans le vrai. Car à trop vouloir imposer à une industrie des triples A certes de qualité, mais facturés plus de 110 euros avec leur abonnement premium, les éditeurs délaissent de facto pas mal de joueurs n’ayant pas les moyens de s’acheter ces Ferrari des FPS modernes. Heureusement pour eux, Crytek, le studio à l’origine du premier Far Cry et de la série Crysis, nous propose sa vision du FPS gratuit de qualité, qui au final et comme vous allez le voir dans ce test, risque de s’avérer presque aussi rémunérateur sur le long terme que les deux mammouths du secteur.

PvP vs PvE

Tous les joueurs un peu sérieux de FPS compétitifs, recherchent deux choses dans ces simulateurs de tueries virtuelles : se confronter à d’autres petits Ted Bundy en ligne ou faire de même contre l’ordinateur mais en coopération. Crytek l’a bien compris en nous proposant un jeu axé entièrement sur le « joueurs contre joueurs » ou la coop’, et balayant d’une rafale de kalash’ toute notion d’histoire ou d’aventure pompeuse aussi chiante que dénuée d’intérêt. Pour le le PvP (le multijoueur où l’on se balance des grenades sur la tronche), les papas de Far Cry ne réinventent pas la roue en reprenant simplement les recettes qui marchent. Au menu, quatre classes de combattants qui vont s’en mettre plein la poire dans du classique match à mort par équipe, match à mort chacun pour sa pomme ou encore le célèbre poser/désarmer une bombe comme dans tout Counter Strike qui se respecte. Mais on trouve aussi le mode Assaut, bien plus intéressant, où une des équipes devra capturer trois points successifs de la carte pour gagner, l’autre équipe devant bien évidemment, tout faire pour retarder cette domination jusqu’à l’épuisement du chrono. Le dernier mode, Destruction, vous demandera de capturer un point central de la carte pour déclencher une frappe aérienne sur l’ennemi. L’équipe qui fera tomber la mort par trois fois du ciel gagnera la manche.

Pour le mode Coop’, c’est par contre du tout bon. Suivant les cartes et la difficulté choisies, vous devrez progresser le long de niveaux spécialement garnis d’ennemis plus ou moins retors, et menant à des boss là encore, plus ou moins simples à vaincre. Soldat en armure armé d’un gatling, hélicoptère de combat ou robot géant qui trouverait sa place dans un jeu « mech warrior », ce sont autant de difficultés à surmonter, et de points faibles à trouver en équipe et donnant tout son sel au mode coop. Vous pourrez aussi, dans certains niveaux en arène, défendre une zone avant de passer à la suivante, escorter un tank en le protégeant des RPG ennemis ou bien grimper sur un véhicule roulant ou flottant, en éliminant les adversaires placés sur votre route. Alors très franchement, autant le PvP est classique et efficace mais sans surprise, autant le mode coopération est une vraie petite madeleine pour peu que vous ayez quelques amis pas trop bêtes, et pour qui jouer en équipe signifie aider les autres et non chercher à scorer.

ParKour

En plus de ces deux modes de jeux calibrés quasiment aux petits oignons, le titre propose un gameplay qui fonctionne bien. Les contrôles répondent au doigt et à l’œil et la nervosité de l’ensemble n’est pas sans rappeler un certain Counter Strike. Et vous avouerez qu’il y a pire comme référence. Mais là où le jeu fait fort, c’est dans les mouvements offerts au joueurs. Vous pourrez ainsi en courant, déclencher des glissades qui pourront vous faire passer sous les balles ennemies ou les murs (c’est moins dangereux), mais aussi vous permettre de foncer sur l’ennemi pour le surprendre et lui décocher un coup de chevrotine dans les gencives. Un bonus vous sera alors octroyé pour cette figure de style, bonus que vous retrouverez aussi pour tout un tas d’actions allant du tir dans la tête à celui du lancer de grenades faisant plusieurs morts en un coup. Rajoutez à cela la possibilité d’atteindre des zones surélevées en vous faisant aider d’un comparse, et vous retrouverez un arrière goût de Brink dans ce Warface.

Tout cela donne au final un jeu à plusieurs niveaux d’action où certains joueurs trouveront leur bonheur dans cette verticalité et les glissades, alors que d’autres préféreront rester calmement sur le plancher des vaches avec un rythme moins frénétique. Côté progression, c’est du plus ou moins classique là encore. En jouant, on cumule des points d’expérience et de l’argent virtuel. On débloque ainsi des grades, des accessoires et on peut acheter tout un tas de choses allant d’un rutilant fusil à pompe à ces magnifiques bottines de combat si mignonnes. Vous pourrez de plus cumuler des Crown, autre argent du jeu (et uniquement donné en coopération) et pouvant là encore, vous faire accéder à certains équipements hors de prix. Rajoutons au tableau que le jeu propose de gérer son clan en quelques clics, de participer à des guerres des clans, tout cela dans le but bien sûr, de pouvoir obtenir label eSportFriendly, et vous obtenez là un jeu très communautaire qui sait caresser les joueurs dans le sens du poil. Que dire d’autre ? Que le jeu fourmille de défis particuliers à remplir pour glaner plus d’argent, ou qu’il est animé de main de maître par le moteur maison CryEngine, qui en plus de proposer des graphismes plus que corrects pour un F2P, tourne parfaitement sur tous types de machines qu’elles soient plus ou moins puissantes. Mais malgré toutes ses qualités, le titre de Crytek souffre de quelques tares que je vais maintenant vous lister…

Free to Pay to Win ?

Des doléances contre Warface, il y en a presque autant que de compliments à lui apporter. Bon j’exagère un peu, mais Crytek nous a rendu une copie certes gratuite et pleine de saveur, mais une copie qui n’en est pas moins truffée de défauts. Premièrement, le jeu se jouant à partir d’un navigateur internet (compte Gface) et non d’un programme classique, préparez-vous à de cruelles déconvenues quand vous découvrirez la très relative stabilité du titre. Les déconnexions sont régulières, les plantages de votre navigateur le sont tout autant et les synchronisations avec votre compte et donc, la validation de vos exploits, répondent très souvent aux abonnés absents. Pour faire simple, 1 partie sur 3 a bugué chez moi. Alors oui, tout cela pourra se régler à coup de mise à jour mais en l’état, mieux vaut s’armer de patience. Vous voilà prévenus. Parlons maintenant de l’IA dans le coop. Oscillant entre crétine et suicidaire, elle n’est pas ce que j’appelle être une référence.

Les ennemis « poperont » devant vous en apparaissant comme par magie, ils seront tantôt léthargiques, tantôt assez aimables pour se jeter sous vos balles, mais avanceront généralement toujours vers vous pour tenter de vous noyer sous leur nombre. Dans l’absolu, un joli challenge en difficulté élevée, mais loin d’une IA retorse digne de se nom. Côté équilibrage des classes, il y a encore du chemin à faire. Le fusilier est tout simplement la meilleure classe du jeu et fait autant office de machine de guerre que de sniper, et le médecin dispose d’un fusil à pompe à la puissance absolue et venant à bout de tout ce qui se présentera sur son chemin. Dès lors, cette classe qui devrait être à la base une classe de soutien, devient celle des rushers qui n’hésitent pas à parcourir les cartes à toute vitesse en semant la mort avec leur tromblon ! Mais tout cela n’est rien au final comparé à LA tare du titre, tare plus ou moins acceptable par chacun. Je m’explique : dans Warface, on peut tout acheter, ou quasiment, en engrangeant les heures de jeu et l’argent virtuel qui va avec. Pour autant, certains équipements, ou armes, ne pourront pas être achetés définitivement, mais loués. Oui vous avez bien lu, loués. Un pistolet mitrailleur terrifiant, des gants pour recharger plus vite ou des bottes pour courir discrètement, tout ce stuff pourra être acquis mais de manière temporaire. Rien de rédhibitoire pour certains, inadmissible pour d’autres, c’est au choix. En ayant un peu écumé les serveurs européens, nous pouvons vous dire que les avis sont partagés. Reste aussi à parler de l’argent réel. Défaut, tare ou juste rétribution pour les développeurs, le jeu permet comme dans presque tous les free to play de passer par la case carte bleue pour acquérir plus rapidement certains équipements spéciaux. On se retrouve alors avec un jeu à deux vitesses ou ceux qui ont fait fumer la CB doublent leur niveau d’expérience, l’argent acquis ou tout simplement, ont les pétoires les plus mortelles alors que vous allez en baver sec pour tenter de refaire votre retard. Un reproche inhérent à beaucoup de free to play bien que ceux-ci vous permettent, et il faut garder cela en tête, de jouer de manière totalement gratuite…