Test de Wet

A peu de choses près, Wet aurait pu ne jamais voir le jour. Anciennement sous la houlette de Vivendi, le jeu avait failli disparaître, comme d’autres titres (Ghostbusters, Brütal Legend), suite au rachat de la société par Activision. Finalement, Bethesda Softworks (The Elder Scrolls, Fallout 3) a repris le projet en confiant le développement à  AM2, à  qui l’on doit récemment Indiana Jones et le sceptre des rois sur Wii.

Wet part avec un important capital sympathie. Avec son esthétique « pellicule rayée », ses personnages dignes d’un film de Tarantino et ses gunfights poseurs privilégiant le beau geste, on a envie de l’aimer ce jeu, sans même le connaître. Erreur. Car derrière son charme évident, Wet fait davantage penser à  une belle coquille vide.

Kill Ackers

Plus le temps passe et plus les liens entre le jeu vidéo et le cinéma se resserrent. L’un influence l’autre et inversement. Avec Wet, on se rend vite compte qu’il puise sa première inspiration dans celui du septième art, et plus particulièrement chez un certain Quentin Tarantino. L’histoire, tout d’abord, qui reprend de près ou de loin celle de Kill Bill. L’héroïne du jeu, Rubi, se retrouve en effet trahi par son patron et décide alors de se faire vengeance. Cette dernière rappelle évidemment La Mariée, et d’autres personnages s’inspirent également des protagonistes du film. Seulement, si Tarantino n’a pas son pareil pour croquer des personnages en quelques plans, via un sens du dialogue aiguisé, les développeurs d’AM2 n’ont à  l’évidence pas ce talent. Alors que le réalisateur de Pulp Fiction peut rendre une discussion autour d’un hamburger passionnante, les dialoguistes de Wet ne parviennent qu’à  produire des caricatures du genre. Les insultes fusent, l’esprit se veut mature, mais tout ceci paraît bien gratuit, presque forcé. Jamais, on n’atteint la cohérence d’un titre comme GTA IV où les personnages, là  aussi caricaturaux, finissent pourtant par toucher juste. A vrai dire, Rubi ou son rival Mr. Ackers ne sont que de pales copies numériques des héros de Tarantino, dont l’illusion ne tient pas la route bien longtemps.

Stranglehold… deux ans plus tard !

Cette illusion se reflète hélas dans tous les aspects du jeu. A commencer par un gameplay, tape à  l’Âœil, qui montre rapidement ses limites. Ce dernier est en grande partie copié sur celui de Stranglehold ou de Max Payne. Les gunfights de Wet s’exécutent façon Bullet-Time, bien que Rubi puisse également se battre au corps à  corps grâce à  son sabre. Une fois en action, le temps se ralentit et la belle dispose de plus de temps pour shooter l’adversaire. Munie de deux pistolets (par la suite elle disposera de fusils à  pompes ou de mitrailleuses), l’une des armes vise automatiquement un ennemi tandis qu’un petit réticule permet d’en cibler un autre avec la deuxième main. Qu’elle descende une échelle la tête à  l’envers, qu’elle glisse sur plusieurs mètres sans s’écorcher les genoux ou qu’elle touche un adversaire dans son dos sans même y jeter un regard, Rubi a la classe. Certes, les premiers gunfights se révèlent plaisants mais, très vite, l’utilisation du ralenti devient redondante, et surtout, n’apporte pas grand-chose. Même s’il s’avère conseillé d’exécuter diverses acrobaties pour empocher un maximum de points, lesquels sont nécessaires pour améliorer les caractéristiques de l’héroïne et de ses armes. Au final, les gunfights ont nettement moins la pêche que dans Stranglehold, où les tirs se montraient par ailleurs plus précis.

Pas au niveau

A la redondance des gunfights s’ajoute celle du déroulement de l’aventure toute entière. On le sait, le jeu d’action actuelle se résume souvent à  de longs couloirs où l’on ne fait que tirer. Certains réussissent à  le transcender (Gears of War 2) grâce à  divers arguments, quand d’autres finissent par s’y perdre. Wet se positionne indiscutablement du côté de la seconde catégorie. Le level-design s’avère anecdotique. Et ses mécanismes de jeu ne font qu’installer le joueur dans une routine lassante (les arènes en forme de leitmotiv concluant un chapitre).

L’autre gros problème de Wet provient aussi de sa faiblesse technique. Passées les premières minutes de jeu où l’image rayée fait son petit effet -l’image se détériore au fur et à  mesure que le personnage se rapproche de la mort-, on se rend vite compte que Wet possède un temps de retard sur la concurrence. Si Rubi rappelle parfois Lara Croft (les deux flingues dans la main, son quartier général comme terrain de jeu…), son animation est plutôt digne des premiers volets de la série d’Eidos. Le personnage se montre rigide et certains passages où celui-ci se balance sur des barres fixes font peine à  voir. Du côté des textures, ces dernières manquent clairement de finition, quand les développeurs ne se contentent pas simplement de poser des aplats sur certains éléments du décor pour masquer un moteur Havok bien mal utilisé, qu’on croirait ici en fin de vie. Wet, lui, jeu mort-né, aura beaucoup de mal à  se faire une place à  côté des ténors du genre attendus dans les semaines qui viennent.

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