Test Shadowrun Returns

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7.1

Après avoir été financé sur Kickstarter à plus de quatre fois la somme réclamée (1.800.000$ récoltés pour 400.000$ demandés), Shadowrun Returns montre enfin le bout de son nez. Vibrant hommage à un univers empruntant autant à l’heroic fantasy qu’à la science-fiction, ce jeu mêlant avec justesse le Seigneur des Anneaux et Blade Runner (voire Syndicat) nous plonge dans un monde Cyberpunk glauque au possible, où le pouvoir est détenu par des multinationales prêtes à tout pour façonner le monde comme bon leur semble. Pour cela, elles utilisent les Shadowrunner, des mercenaires, et se livrent une guerre sans merci faite de vol d’informations ou tout simplement d’assassinats. C’est dans ce contexte pour le moins sinistre que vous débuterez votre aventure dans les tréfonds d’une société ayant depuis longtemps oublié la signification du mot compassion.

Test de Shadowrun returns

Nain guerrier bi-classé Shaman

Comme tout bon RPG qui se respecte, Shadowrun Returns débutera avec la création de votre avatar. Sexe, race allant de l’humain au troll (et les bonus et malus allant avec), puis classe parmi les six proposées. Vous pourrez ici incarner un Samouraï des rues, soldat s’épanouissant dans les artères glauques des villes du futur, Mage ou Shaman utilisant la magie ou les esprits, Decker piratant les systèmes informatiques, Rigger utilisant des robots pour se défendre et soutenir un groupe et enfin l’Adepte, véritable Bruce Lee des rues et utilisant la magie pour rendre ses coups bien plus mortels.

En plus de ces archétypes prédéfinis, vous pourrez très bien débuter l’aventure sans classe distincte en façonnant votre personnage à votre convenance. Viendra ensuite le moment de répartir quelques points de karma dans un grand nombre d’arbres de compétences allant de la résistance physique à la maîtrise d’une arme particulière en passant par la possibilité d’invoquer les esprits. Encore une fois, suivant votre choix initial, vous devrez privilégier certaines branches au détriment d’autres que vous choisirez sciemment de ne pas explorer.

Pour avoir fini l’aventure principale en un peu plus de dix heures, je puis vous assurer que vous ne pourrez pas remplir toutes les branches et qu’il faudra faire des choix pour vous spécialiser. Car comme vous allez le voir, être moyen un peu partout sera plus synonyme d’impasse, voire de mort que d’autre chose. Au final, vous choisirez une étiquette qui pourra, lors de certaines conversations, débloquer des phrases spéciales servant de sésame pour récolter par exemple, de précieuses informations.

I see dead people

Vous débuterez votre aventure dans votre repaire, ou plutôt votre taudis en recevant un message d’un mort. Rassurez-vous, vous ne dialoguez pas avec les esprits mais recevez simplement sur votre terminal les derniers vœux d’un ancien compagnon d’armes. Assassiné, il a enregistré une vidéo vous demandant de retrouver son tueur en l’échange de sa grassouillette assurance-vie. Première chose qui saute au regard, les graphismes. Tout en 3D Isométrique, ils renvoient le joueur à une époque où la 3D n’était encore qu’anecdotique sur ordinateur et plutôt réservée à certains films ou trucages hors de prix. Pour autant le jeu est assez fin visuellement et n’est pas du tout daté. Maintenant si vous ne jurez que par la 3D, la tessellation ou les effets graphiques dernier cri, vous risquez de tiquer.

Ce premier écueil (pour certain) franchi, vous allez devoir répondre et passer une série de dialogues assez copieux. Car le jeu est bavard et vous propose souvent des réponses assez variées sur la forme et moins sur le fond. Tout cela induira des réactions plus ou moins amicales de vos interlocuteurs pouvant parfois déboucher vers des impasses. Rien de rédhibitoire dans l’absolu, la trame étant il faut bien l’avouer, assez similaire que vous vous comportiez comme le dernier des goujats ou comme un parangon de vertu, mais cette possibilité dans les dialogues permet d’apporter un côté Role-Playing bienvenu au jeu.

Seul hic, les dialogues étant intégralement en anglais et intelligemment écrits, il faudra un minimum de bagage dans la langue de 2Pac pour en comprendre toutes les subtilités. Pour le reste du jeu, malheureusement assez linaire il faut bien l’avouer, vous explorerez de courtes zones en cherchant des indices et en sortant vos armes dès qu’on vous regardera de travers. Et le nombre de fois où l’on vous regardera de travers sera élevé, croyez-moi.

Ratatatatatatatatata… bordel, loupé!

Comme tout bon RPG, Shadowrun Returns n’a pas peur de la castagne. Ainsi, dès que vous arriverez à un point chaud, un mode tactique au tour par tour débutera et vous pourrez alors laisser parler votre cerveau reptilien. Chaque personnage disposera ainsi de points d’action utilisables comme bon lui semble. Recharger ou utiliser une arme, un tir précis ou un pouvoir consommera des points d’action. Les déplacements aussi en consommeront, tout comme les actions particulières comme les soins ou tout simplement le piratage informatique.

Lors de ces joutes où le plomb pleuvra de toute part, vous devrez suivant le ou les personnages vous accompagnant, calculer chacune de vos actions pour optimiser le combat en cours. Atteindre un élément du décor pour bénéficier d’un bonus défensif, tirer en rafale au risque de dépenser tous ses points d’action et d’ainsi se retrouver au milieu d’un couloir à la merci d’une riposte ennemie, tout devra être pris en compte pour éviter à vos runners de finir six pieds sous terre.

Il en va de même pour le piratage qui pourra en plein cœur d’un combat, vous permettre de hacker, par exemple, des tourelles automatiques pour qu’elles se retournent contre leurs anciens maîtres. Là encore, une phase au tour par tour débutera dans une représentation éthérée des circuits d’un ordinateur et vous permettra d’atteindre son noyau pour pirater ce que bon vous semblera. Dans ce cas de figure, votre avatar pourra utiliser des programmes de piratage pour attaquer les antivirus ennemis et ainsi, atteindre son but. Là encore, la mort de son avatar sanctionnera, le hacker dans le réel, coupable de s’être frotté à trop forte partie.

Rajoutez à cela que le hacker sera vulnérable lors du piratage, et vous pouvez imaginer le casse-tête de certaines situations où il faut choisir entre défendre sa peau ou celle du hacker! Un pan du jeu vraiment réussi et demandant un minimum de jugeote, à mille lieues des jeux d’action ne tablant que sur vos réflexes. Pour clôturer ce chapitre, sachez que les combats, ou plus généralement la progression dans votre aventure, vous octroieront des points de Karma pouvant garnir vos différents arbres de compétences.

Là encore, suivant les situations vécues, vous saurez quelle voie privilégier au détriment d’une autre. Côté équipement, vous croiserez au fur et à mesure de vos pérégrinations des vendeurs n’ayant pas spécialement pignon sur rue et qui pourront vous vendre tout et n’importe quoi. Nouvelle arme, nouveau sort, implant cybernétique ou compagnons pour la castagne, tout sera monnayable dans le monde de Shadowrun.

L’aventure ? C’est tout droit, vous ne pourrez pas la louper !

Il est temps de finir ce test, et autant le faire en grattant là où ça fait mal. Dans le fond, ce Shadowrun Returns est une vraie perle pour un vieux comme moi. Il me renvoie à mes jeunes années où autour d’une table de jeu, sandwich et bière à la main, je jouais toute la nuit avec des potes en beuglant comme un veau à chaque lancé de dés. Et c’est là le tour de force de ce jeu, arriver non à simuler nos parties la nuit, mais à restituer cet univers si particulier qu’est celui de Shadowrun.

Par contre, pour l’aventure en elle-même, pas sûr que le titre de Harebrained Schemes réussisse à se hisser parmi les canons du genre. Assez linéaire, votre quête vous conduira quels que soient vos choix vers le même dénouement, en empruntant des niveaux bien trop étriqués pour un RPG qui se respecte. Surtout qu’à presque deux millions de dollars le bout, on était en droit d’attendre un peu plus de ce titre. Les missions bonus s’y comptent ainsi sur les doigts des deux mains, et il n’y a bien que dans le personnage incarné que vous trouverez un minimum de différence lors du long couloir vous conduisant à la fin du jeu.

Côté technique, le titre n’est pas exempt de bugs. Ainsi les lignes de vues paraissent quelques fois fantaisistes lors des combats, et de gros ralentissements viennent sanctionner le jeu de manière incompréhensible et ce, malgré notre PC de test pouvant faire tourner sans broncher une partie de BF3 avec les taquets graphiques réglés sur élevés ! Maintenant, pour un titre à 20 euros (beaucoup moins pour ceux qui l’ont kickstarté ou précommandé sur Steam) Shadowrun Returns en donne pour son argent. 10 heures d’une aventure agréable (mais linéaire), et surtout, une communauté hyper active proposant à l’instant T, un bon paquet de modules téléchargeables gratuitement allant d’ajouts en rapport avec le jeu de rôle papier ou bien carrément, de nouvelles aventures comme ce remake de la version SNES de 1993.

Vous l’aurez compris, il ne manque au final qu’une aventure plus vaste et moins dirigiste et des environnements un peu plus ouverts pour faire de cette nouvelle mouture de Shadowrun un jeu d’exception. Il n’en reste pas moins que le titre de Harebrained Schemes peut se targuer d’être passionnant et enrichi par une communauté d’acharnés ayant trouvé dans ce support un écrin digne de leur passion créatrice.

Shadowrun Returns est une belle découverte mais qui ne plaira pas à tout le monde. Dans un style purement old-school et des mécaniques, un gameplay complexe pour certains. On a ici un jeu avec un très bonne histoire, une ambiance particulière et des graphismes très agréables. A découvrir sans hésitation.
Graphisme
8
Gameplay
7
Scénario
7
Bande-Son
6.5
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Un éditeur de campagne pour prolonger l'histoire et le contenu
Un style graphique et une ambiance agréable
Un style rétro, old-school
Une campagne linéaire
Le jeu est entièrement anglaise
Un style rétro, old-school
7.1